Aujourd’hui serait, dit-on, le jour le plus déprimant de l’année. Mais d’où vient ce fameux Blue Monday, traditionnellement fixé au troisième lundi de janvier ? Et pourquoi le moral flanche-t-il vraiment en hiver ? Décryptage.
Chaque mois de janvier, le Blue Monday refait surface, présenté comme le jour le plus déprimant de l’année. Une affirmation largement reprise, mais trompeuse. À l’origine, ce concept ne vient pas de la recherche scientifique, mais d’une campagne publicitaire britannique, lancée au milieu des années 2000 pour inciter à réserver des vacances en fin d’hiver.
Pour crédibiliser l’opération, un psychologue est alors chargé d’élaborer une prétendue formule mêlant météo, dettes post-fêtes, motivation et fatigue saisonnière. Une équation séduisante sur le papier, mais jamais validée scientifiquement et régulièrement qualifiée de pseudoscience.
Près de vingt ans plus tard, le constat est inchangé et aucune étude sérieuse ne démontre qu’un lundi de janvier serait plus déprimant qu’un autre.
Alors pourquoi ce mythe persiste-t-il chaque année ?
Si le Blue Monday refait surface chaque mois de janvier, ce n’est pas parce qu’un lundi serait réellement plus déprimant que les autres, mais parce que la période hivernale concentre bien tous les ingrédients nécessaires à un moral en baisse !
Une fois les fêtes passées, l’hiver n’a plus à imposer que journées trop courtes, ciel gris et froid qui s’installe durablement. Et biologiquement, cela compte. Moins de lumière, c’est une horloge interne qui se dérègle, avec à la clé une hausse de mélatonine (qui fatigue) et une baisse de sérotonine (qui joue sur l’humeur).
Résultat, on se sent plus lent, moins motivé, parfois plus vulnérable. Alors, rien à voir avec un lundi de janvier en particulier. Cette déprime hivernale est en réalité un trouble affectif saisonnier (TAS). Certaines personnes voient ainsi leur humeur décliner progressivement pendant plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, lorsque l’hiver s’installe.
Le trouble affectif saisonnier : quand l’hiver devient vraiment déprimant
Comment se manifeste-t-il ?
Contrairement au Blue Monday, le trouble affectif saisonnier (TAS), lui, est un phénomène reconnu par les professionnels de santé. Il s’agit d’une forme de dépression récurrente qui apparaît chaque année à la même période, généralement entre l’automne et le cœur de l’hiver. Le TAS peut provoquer :
- une fatigue persistante, même après une nuit complète ;
- une humeur triste ou un sentiment de lourdeur mentale ;
- un repli social plus marqué ;
- des troubles du sommeil, souvent avec une envie de dormir davantage ;
- une augmentation de l’appétit, surtout pour les aliments riches en glucides.
Ces symptômes apparaissent peu à peu, et peuvent durer plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, avant de disparaître au retour des jours plus lumineux.
D’où vient vraiment cette déprime hivernale ?
La cause principale du trouble affectif saisonnier, selon les spécialistes, est le manque de lumière naturelle. En hiver, l’exposition quotidienne peut chuter de manière spectaculaire, parfois réduite à quelques heures sous un ciel gris.
Cette baisse de luminosité perturbe directement :
- Le rythme circadien, notre horloge interne qui régule le sommeil et l’énergie.
- La production de mélatonine, l’hormone du sommeil, qui augmente lorsque la lumière diminue.
- La sérotonine, neurotransmetteur clé de l’humeur, produite en moindre quantité.
Résultat, on se sent plus fatigué, moins dynamique, plus enclin à l’hibernation qu’à l’action. Tout le monde ne réagit pas de la même manière. Certaines personnes sont particulièrement sensibles à la lumière, d’autres beaucoup moins. Des facteurs comme les antécédents de dépression, le stress chronique ou un rythme de vie déséquilibré peuvent accentuer le phénomène.
Trouble affectif saisonnier : quels traitements existent vraiment ?
Le trouble affectif saisonnier se traite plutôt bien : plusieurs solutions ont démontré leur efficacité pour atténuer la fatigue, réguler l’humeur et mieux traverser l’hiver. Parmi les plus reconnues :
- La luminothérapie : une exposition quotidienne à une lumière blanche intense (environ 10 000 lux) aide à recaler l’horloge biologique et améliore nettement le moral.
- L’activité physique régulière : marcher, bouger, s’aérer dès que possible stimule naturellement les hormones du bien-être.
- Une hygiène de vie adaptée : horaires de sommeil réguliers, alimentation équilibrée, limitation de l’alcool et exposition maximale à la lumière naturelle.
- Un soutien psychologique : un suivi avec un professionnel, notamment via les thérapies cognitives et comportementales (TCC), peut aider lorsque les symptômes deviennent pesants.
Et lorsque les symptômes deviennent vraiment envahissants, un médecin peut envisager un traitement antidépresseur, ajusté au profil du patient. Une option courante en période hivernale, qui vise surtout à rééquilibrer durablement l’humeur.
À SAVOIR
En hiver, la carence en vitamine D est fréquente en France et peut contribuer à la fatigue et à la baisse de moral. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, près de 80 % des Français présentent un déficit en vitamine D en fin d’hiver.








