
En France, où l’on recense plus de 25 millions de chiens et de chats, le cancer constitue l’une des principales causes de mortalité des animaux âgés. On estime qu’un chien sur quatre développera une tumeur au cours de sa vie, contre environ un chat sur trois. Avec l’allongement de leur espérance de vie, l’impact des conditions environnementales communes et les progrès réalisés en médecine vétérinaire pour améliorer la prise en charge diagnostique et thérapeutique, la fréquence des cancers est en augmentation comme chez l’homme.. Quels cancers touchent le plus nos animaux domestiques ? Quels symptômes doivent alerter ? Et quelles solutions existent aujourd’hui ? Le point, avec le concours de Frédérique Ponce, directrice générale adjointe de VetAgro Sup, campus vétérinaire, à Lyon, et professeure en cancérologie vétérinaire.
Le cancer n’est plus une maladie rare chez les animaux domestiques. Chez l’homme, l’incidence des cancers augmente. Cette augmentation s’explique à la fois par de meilleurs dépistages dus aux avancées de la médecine et par l’effet des facteurs environnementaux. De façon analogue, le chien bénéficie d’un meilleur suivi médical, partage le même environnement que l’homme et voit augmenter l’incidence de ses cancers. Fort heureusement, l’attention accrue des propriétaires d’animaux permet une détection et une prise en charge plus précoces.
Comme chez l’être humain, l’âge constitue le premier facteur de risque : plus un animal vit longtemps, plus la probabilité de voir apparaître une tumeur augmente.
Chez le chien, le cancer représente l’une des premières causes de décès après 10 ans. Chez le chat, il reste un peu moins fréquent, mais est souvent plus agressif et diagnostiqué plus tardivement.
Chiens et chats : deux réalités différentes face au cancer
Le chien est globalement l’espèce la plus touchée. Sa forte diversité génétique, liée aux races, entraîne des prédispositions importantes à certaines tumeurs. Les grandes races ou les lignées sélectionnées sont souvent plus exposées. En revanche, les cancers canins répondent parfois mieux aux traitements lorsqu’ils sont pris en charge précocement.
Chez le chat, le comportement biologique et clinique des cancers est souvent plus agressif. De plus, les félins masquent longtemps la douleur et les symptômes, ce qui retarde fréquemment le diagnostic.
Un chat qui mange un peu moins, s’isole ou maigrit discrètement peut déjà être malade depuis plusieurs semaines. Cette discrétion clinique explique des prises en charge parfois tardives.
Les cancers spécifiques du chien
Chez le chien, les tumeurs cutanées sont les plus fréquentes. Parmi elles, le mastocytome figure en tête : cette masse sur la peau peut sembler bénigne au départ mais se révéler cancéreuse.
Les lymphomes, qui touchent les ganglions ou certains organes, sont également très répandus. Viennent ensuite les tumeurs mammaires chez les femelles non stérilisées, les ostéosarcomes (cancers des os) chez les grandes races, ainsi que les hémangiosarcomes, tumeurs vasculaires souvent localisées à la rate ou au cœur.
Certaines races sont plus fragiles : c’est le cas du Golden Retriever, du Boxer, du Labrador Retriever, du Rottweiler, du Berger Allemand ou encore du Bouvier Bernois, qui présentent plusieurs prédispositions reconnues.
Le pronostic varie fortement selon la tumeur. Le retrait précoce d’un mastocytome peut permettre la guérison ou à minima plusieurs années de survie. Un lymphome traité par chimiothérapie offre souvent 8 à 18 mois de rémission, parfois davantage selon le sous type de lymphome. En revanche, un hémangiosarcome splénique ou cardiaque reste de pronostic plus réservé, souvent de quelques mois malgré traitement.
Les cancers spécifiques du chat
Chez le chat, le lymphome reste l’un des cancers les plus fréquents, notamment digestif. Les carcinomes mammaires sont redoutés car majoritairement malins et agressifs.
Les carcinomes épidermoïdes, touchant nez, oreilles ou bouche, concernent davantage les chats blancsexposés au soleil. Enfin, les fibrosarcomes sont des tumeurs localement invasives nécessitant souvent une chirurgie large.
Le pronostic dépend ici aussi de la précocité du diagnostic. Un lymphome digestif à petites cellules bien traité peut permettre plusieurs années de bonne qualité de vie. À l’inverse, un carcinome mammaire découvert tardivement peut évoluer rapidement avec développement de métastases.
Quels sont les facteurs de risque ?
Le premier facteur reste l’âge. Le risque augmente nettement après 7 ans chez le chien et après 10 ans chez le chat. La génétique joue également un rôle majeur, surtout chez les races canines prédisposées. Les hormones sexuelles influencent les tumeurs mammaires : la stérilisation précoce réduit significativement ce risque.
L’environnement intervient aussi : exposition solaire chez les chats blancs, surpoids, sédentarité, fumée de tabac dans le foyer, pollution intérieure, pesticides ou produits chimiques sont régulièrement suspectés. Chez le chat, certaines infections virales comme le FeLV ont également été associées à plusieurs cancers.
Cancer du chien ou du chat : ces signes qui doivent alerter
Une boule sous la peau qui grossit, même indolore, doit toujours être montrée à un vétérinaire.
Mais d’autres signaux existent : amaigrissement, fatigue inhabituelle, perte d’appétit, boiterie persistante, saignements inexpliqués, toux chronique, vomissements répétés, diarrhée durable, mauvaise haleine marquée, difficulté à respirer ou changement brutal de comportement.
Chez le chat, l’alerte est parfois plus subtile : isolement, toilette diminuée, baisse d’activité, posture inhabituelle ou simple diminution de l’appétit. Tout changement durable mérite une consultation.
Quels traitements et qui consulter ?
Le premier interlocuteur reste le vétérinaire traitant, qui réalisera examen clinique, analyses sanguines, radiographies, échographie, cytoponctions, biopsies. En cas de suspicion confirmée, il peut orienter vers un centre hospitalier vétérinaire spécialisé en oncologie.
Les traitements disponibles sont aujourd’hui nombreux : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie dans certains centres, immunothérapie pour certains cas, traitements ciblés, antidouleurs, nutrition adaptée et soins palliatifs.
Contrairement aux idées reçues, la chimiothérapie chez l’animal est souvent mieux tolérée que chez l’humain, car la priorité reste la qualité de vie.
Après le cancer : convalescence et risque de récidive
Une fois le traitement terminé, l’animal a besoin d’un suivi régulier. Contrôles vétérinaires, examens d’imagerie ou bilans sanguins permettent de détecter précocement une rechute. Le rythme du suivi dépend du cancer initial et est adapté par le vétérinaire: tous les trois mois au début, puis plus espacé.
À la maison, il faut privilégier confort, activité adaptée, alimentation appétente et maintien du lien affectif. Certains animaux retrouvent une vie quasi normale pendant plusieurs années. D’autres restent fragilisés.
Le risque de rĂ©cidive dĂ©pend de nombreux critères dont la nature de la tumeur,  son stade initial, la qualitĂ© de l’exĂ©rèse chirurgicale… Certaines tumeurs rĂ©cidivent frĂ©quemment localement, d’autres mĂ©tastasent Ă distance.
Les traitements possibles : un champ en plein progrès
L’oncologie vétérinaire a considérablement progressé ces dernières années en France. Des techniques chirurgicales de pointe avec des reconstructions/greffes, des conditions contrôlées d’anesthésie, un large éventail de prises en charge thérapeutiques adaptées disponible, évoluant sur de la prise en charge personnalisée, et des soins de support plus efficaces changent la donne. Dans certains cas, le cancer devient une maladie chronique que l’on contrôle, avec laquelle l’animal va vivre dans de bonnes conditions, plutôt qu’une condamnation immédiate.
Le choix du traitement dépend toutefois toujours de cinq critères : type de cancer, état général de l’animal, souhait du propriétaire, conditions éthiques, aspects financiers. L’objectif n’est jamais de s’acharner, mais d’accompagner le propriétaire dans ses prises de décision afin de préserver le confort et le bien-être du compagnon. C’est ce qui guide la médecine vétérinaire moderne.
Ă€ SAVOIR
Chez les autres animaux, le cancer existe aussi mais sa fréquence perçue est moindre. Chez le cheval, les tumeurs les plus courantes sont le sarcoïde équin (peau), le mélanome — fréquent chez les chevaux gris — et certains carcinomes. Le pronostic dépend de la localisation et de la possibilité chirurgicale.
Pour le bétail, les cancers sont moins souvent diagnostiqués car la durée de vie en élevage est plus courte. On observe surtout des lymphomes bovins, des cancers oculaires et des tumeurs cutanées. L’âge, la génétique, l’environnement et certaines infections virales augmentent le risque.







