Serena Williams en plein match de tennis, alors qu’elle suit un traitement avec des médicaments amaigrissants de type GLP-1.
Les traitements anti-obésité Wegovy et Mounjaro seront remboursés à 65 % par l’Assurance maladie en France dès le 15 juin. © Wikimediacommons/Alexandre Osipov

Après sa grossesse, la joueuse de tennis Serena Williams a reconnu utiliser un médicament amaigrissant de la famille du GLP-1 pour perdre du poids. Une révélation loin d’être anodine : l’ancienne championne américaine est aussi investisseuse et ambassadrice de Ro, une plateforme américaine de télémédecine qui commercialise ce type de traitements. 

Pendant longtemps, les médicaments comme l’Ozempic ou le Wegovy étaient surtout connus des patients atteints de diabète ou d’obésité sévère. Puis tout s’est accéléré. En quelques années, ces injections capables de réduire fortement l’appétit sont devenues omniprésentes sur les réseaux sociaux, dans les magazines people et jusque dans les discours de certaines célébrités.

En juin 2026, c’est donc au tour de Serena Williams de faire parler d’elle après avoir expliqué utiliser un traitement de la famille des analogues du GLP-1 afin de perdre du poids après sa grossesse. Le sujet dépasse largement la sphère privée. Car l’ancienne numéro 1 mondiale n’est pas seulement une sportive mondialement connue, elle possède aussi des intérêts financiers dans une entreprise qui propose précisément ces traitements à ses clients américains. Cette double casquette interroge. Peut-on promouvoir indirectement un médicament dont on tire soi-même un bénéfice financier ? Jusqu’où les célébrités influencent-elles le rapport du grand public à ces traitements ?

Les médicaments comme l’Ozempic, le Wegovy ou le Mounjaro appartiennent à une famille appelée “analogues du GLP-1”. Le GLP-1 est une hormone naturellement fabriquée par l’intestin après les repas. Elle augmente la sensation de satiété, ralentit la vidange de l’estomac et stimule la sécrétion d’insuline. Concrètement, ces traitements diminuent la faim et permettent à certains patients de manger moins sans ressentir la même sensation de frustration. Ils peuvent donc mener à une perte de poids parfois importante.

En France, l’Ozempic est autorisé pour le traitement du diabète de type 2. Le Wegovy, lui, dispose d’une autorisation européenne dans la prise en charge de l’obésité. Selon la Haute Autorité de Santé, ces médicaments doivent être prescrits à des patients souffrant d’obésité ou de surpoids associé à des complications médicales, et toujours en complément d’un suivi nutritionnel et d’une activité physique adaptée. Car l’obésité représente un enjeu majeur de santé publique. Selon Santé publique France, près d’un adulte sur deux en France est aujourd’hui en situation de surpoids ou d’obésité. De son côté, l’OMS rappelle que l’obésité mondiale a plus que doublé depuis 1990.

Mais avec leur spectaculaire efficacité sur la perte de poids, ces traitements ont progressivement quitté le seul champ du diabète et de l’obésité sévère pour devenir des produits associés à l’image corporelle et à la minceur.

Quand les célébrités brouillent la frontière entre santé et marketing

Depuis deux ans, les réseaux sociaux débordent de témoignages vantant les effets “impressionnants” de ces médicaments amaigrissants. Plusieurs célébrités américaines ont reconnu y avoir eu recours, parfois pour perdre quelques kilos seulement. Mais le problème, selon plusieurs spécialistes, est que cette médiatisation peut transformer un traitement médical en phénomène culturel. D’autant plus lorsque les personnalités concernées possèdent des intérêts économiques dans les entreprises qui les commercialisent.

Dans le cas de Serena Williams, les critiques portent précisément sur cette ambiguïté. Son témoignage personnel peut être perçu comme sincère, notamment dans le contexte du post-partum. Mais il peut aussi fonctionner comme une forme de publicité indirecte extrêmement puissante. Car contrairement à un simple produit de bien-être, les analogues du GLP-1 sont des médicaments soumis à prescription médicale. Ils ne sont pas dénués de risques. Depuis 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) alerte régulièrement sur les usages détournés de l’Ozempic chez des personnes non diabétiques cherchant uniquement à perdre du poids à des fins esthétiques. L’agence rappelle notamment que ces traitements peuvent provoquer des effets secondaires digestifs parfois importants : 

  • nausées, 
  • vomissements, 
  • diarrhées, 
  • douleurs abdominales,
  • déshydratation.

En France, la prescription de ces médicaments est par ailleurs strictement encadrée afin d’éviter les mésusages et les tensions d’approvisionnement pour les patients qui en ont réellement besoin.

Prise de médicaments : une question sensible dans le sport de haut niveau

Pour le moment, les analogues du GLP-1 ne figurent pas sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage. Mais l’agence surveille leur développement de près. Plusieurs spécialistes du sport s’interrogent en effet sur leurs effets potentiels chez les athlètes. Perdre rapidement de la masse graisseuse peut représenter un avantage dans certaines disciplines où le poids influence directement les performances physiques, l’endurance ou la récupération.

Mais ces médicaments soulèvent aussi des inquiétudes. Car la perte de poids ne concerne pas uniquement la graisse. Plusieurs études récentes publiées dans des revues scientifiques comme The Lancet montrent que ces traitements peuvent également entraîner une diminution de la masse musculaire. Chez des sportifs de haut niveau, cette question est loin d’être anodine. Une perte musculaire importante peut affecter la puissance, la récupération ou encore le risque de blessure.

Autre sujet de préoccupation : l’impact nutritionnel. En réduisant fortement l’appétit, ces médicaments peuvent parfois conduire à des apports insuffisants en protéines, vitamines ou minéraux lorsque le suivi médical n’est pas suffisamment rigoureux.

Malgré leur efficacité, ces médicaments ne règlent pas à eux seuls les causes profondes du surpoids ou de l’obésité. Selon la HAS, l’arrêt du traitement peut s’accompagner d’une reprise de poids parfois importante lorsque les habitudes alimentaires et l’activité physique ne sont pas durablement modifiées. Les spécialistes rappellent aussi que le recul scientifique reste encore limité sur les effets d’une utilisation massive pendant de nombreuses années.

Derrière les témoignages de célébrités et les photos “avant/après”, plusieurs experts voient donc un risque plus large : celui de banaliser des médicaments conçus à l’origine pour traiter des maladies chroniques sérieuses. 

À SAVOIR 

Selon un essai clinique publié en 2021 dans le New England Journal of Medicine, les personnes traitées par sémaglutide, la molécule du Wegovy, ont perdu en moyenne 14,9 % de leur poids corporel en 68 semaines, contre seulement 2,4 % avec un placebo. Des résultats inédits qui ont largement contribué à l’engouement mondial pour ces traitements amaigrissants. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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