Un groupe de jeunes adultes devant leurs écrans.
En moyenne, les Français passent environ 4 heures par jour devant leurs écrans, soit un quart du temps éveillé. © Magnific

Réseaux sociaux, vidéos, jeux, applications de rencontre… Deux nouvelles études américaines suggèrent que la généralisation du smartphone pourrait avoir contribué à la baisse des grossesses adolescentes et du taux de fécondité observée depuis la fin des années 2000. Sans conclure que le téléphone « empêche » de faire des enfants, les chercheurs décrivent une transformation profonde des relations sociales, de la sexualité et des modes de vie des jeunes générations.

Coût de la vie, précarité, études plus longues, difficultés à se loger ou encore recul de l’âge du premier enfant… Pendant longtemps, les démographes ont surtout regardé du côté de l’économie pour expliquer la baisse alarmante des naissances. Mais depuis quelques années, un autre facteur commence à intriguer les chercheurs : nos écrans.

Le smartphone, devenu omniprésent dans nos vies depuis la fin des années 2000, aurait-il aussi changé notre rapport à l’amour, au couple, au sexe… et finalement à la parentalité ? C’est la question explorée par deux récentes études américaines. L’une émane du National Bureau of Economic Research (NBER), un important organisme de recherche économique aux États-Unis. L’autre a été menée par des chercheurs de l’université de Cincinnati.

Elles observent toutes deux un lien entre l’arrivée massive des smartphones et la baisse des grossesses chez  les jeunes adultes américains. Il semblerait donc que plus les jeunes passent du temps dans des activités numériques, moins ils auraient de relations sexuelles, de vie de couple stable ou de projets parentaux “précoces”.

L’iPhone et Internet au cœur de la première étude

La première étude, publiée par les économistes Caitlin Myers et Ezekiel Hooper via le NBER, s’intéresse à une période très particulière : les débuts de l’iPhone aux États-Unis. Entre 2007 et 2011, l’iPhone n’était disponible qu’avec l’opérateur AT&T. Certaines régions américaines ont donc bénéficié plus rapidement que d’autres d’un accès performant à Internet mobile, selon la qualité de la couverture réseau locale.

Les chercheurs ont comparé ces territoires et observé qu’une meilleure couverture associée à l’arrivée du smartphone correspondait à une baisse plus marquée des naissances chez les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans. Selon leurs calculs, la diffusion des smartphones pourrait expliquer environ la moitié de la baisse de la fécondité adolescente observée aux États-Unis entre 2007 et 2019. Toutefois, les auteurs ne disent pas que le smartphone agit comme une « contraception numérique ». Selon eux, l’effet passerait surtout par une modification des comportements sociaux et des habitudes de vie.

Des jeunes qui sortent moins et passent plus de temps en ligne

Les chercheurs avancent plusieurs pistes pour expliquer ce phénomène. D’abord, les adolescents et jeunes adultes passeraient davantage de temps à domicile, devant leurs écrans. Réseaux sociaux, plateformes vidéo, jeux en ligne, streaming, messageries instantanées… Une partie des interactions sociales physiques serait progressivement remplacée par des activités numériques.

Ce phénomène avait déjà été documenté auparavant. Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) observent depuis plusieurs années une baisse de la proportion d’adolescents déclarant avoir déjà eu des relations sexuelles. Une tendance similaire existe dans d’autres pays développés. Au Japon, plusieurs travaux ont montré une baisse des relations sexuelles chez les jeunes adultes. En France aussi, les chercheurs de l’Ined décrivent des parcours amoureux et familiaux plus tardifs, avec des mises en couple retardées et un premier enfant de plus en plus tardif.

Selon les auteurs des études américaines, le smartphone pourrait aussi modifier la manière dont les jeunes occupent leur temps libre. Notifications permanentes, vidéos courtes, contenus ultra personnalisés… Certains chercheurs parlent désormais « d’économie de l’attention », dans laquelle les plateformes numériques captent une part croissante du temps et de la disponibilité mentale.

Les applications de rencontre changent aussi les relations

Paradoxalement, les smartphones permettent pourtant de rencontrer plus facilement de nouvelles personnes grâce aux applications de rencontre. Mais les effets observés ne seraient pas forcément ceux attendus. La seconde étude, menée par Nathan Hudson et Hernan Moscoso Boedo, estime que le numérique pourrait avoir profondément transformé la manière dont les jeunes construisent leurs relations affectives.

Selon leurs travaux, les outils numériques favoriseraient davantage les interactions rapides, les échanges intermittents ou les relations moins stables, sans nécessairement conduire à des projets familiaux durables. Les chercheurs évoquent une « réorganisation numérique des relations sociales ». En clair, le smartphone faciliterait les rencontres… mais pas forcément la construction de couples stables ou la parentalité.

Ces travaux arrivent dans un contexte de baisse de la natalité dans de nombreux pays occidentaux. En France, selon l’Insee, le nombre de naissances a atteint en 2025 son plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. L’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,62 enfant par femme, contre plus de 2 enfants par femme au début des années 2010. Les causes sont nombreuses et largement documentées : 

  • hausse du coût de la vie, 
  • difficultés d’accès au logement, 
  • précarité professionnelle, 
  • études plus longues, 
  • inquiétudes économiques ou climatiques, 
  • difficultés d’accès aux modes de garde… 

Les chercheurs américains ne prétendent donc pas que le smartphone serait « la » cause principale de cette baisse. Ils suggèrent plutôt qu’il pourrait constituer un facteur supplémentaire, souvent peu étudié jusqu’ici.

Le smartphone ne sert plus seulement à téléphoner. Il concentre désormais une grande partie des loisirs, des échanges sociaux, du travail, des achats et même de la vie amoureuse. Selon l’Arcep et le Crédoc, plus de 90 % des 18-24 ans en France possèdent aujourd’hui un smartphone. Les jeunes adultes passent également plusieurs heures par jour sur les réseaux sociaux ou les plateformes vidéo. Pour certains spécialistes, cette hyperconnexion pourrait modifier les rythmes de vie

  • coucher plus tardif, 
  • fatigue chronique, 
  • anxiété, 
  • isolement social,
  • diminution des interactions physiques. 

Plusieurs études internationales ont également mis en évidence une baisse globale de la fréquence des relations sexuelles chez les jeunes adultes depuis une quinzaine d’années. Une tendance parfois qualifiée de « sex recession » aux États-Unis.

À SAVOIR 

Les Français font moins souvent l’amour qu’auparavant. Selon l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 de l’Inserm, les personnes ayant eu une activité sexuelle dans l’année déclaraient en moyenne 6 rapports sexuels au cours des quatre dernières semaines en 2023, contre 8,6 en 2006 chez les femmes et 8,7 chez les hommes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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