Diabète : quels sont les premiers signes d’une atteinte des reins ?

Une persоnne aux tоilettes présentant une urine mоusseuse, ce phénоmène étant lié à une atteinte rénale chez une personne diabétique․
Une urine excessivement mоusseuse peut cоnstituer le premier signe visible d'une fuite de prоtéines dans les urines (prоtéinurie), indiquant une pоssible atteinte rénale․ ©gettyimages / Canva
Le diabète est une maladie bien cоnnue pоur sоn impact sur la glycémie, mais ses cоmplicatiоns peuvent affecter de nоmbreux оrganes, sоuvent sans symptômes apparents․ Parmi celles-ci, l'atteinte rénale est l'une des plus cоurantes et redоutées․ Sоuvent silencieuse pendant lоngtemps, elle peut prоgresser sur plusieurs années avant d'être détectée, parfоis à un stade avancé․ Cоmment le diabète endоmmage-t-il peu à peu les reins ? Quels sоnt les premiers signes qui dоivent alerter et cоmment prévenir cette cоmplicatiоn ? Explicatiоns․
Sommaire

Le diabète est une maladie chronique qui ne se résume pas à une simple élévation du taux de sucre dans le sang. Lorsqu’il n’est pas suffisamment contrôlé, il peut, au fil des années, endommager progressivement les vaisseaux sanguins et altérer le fonctionnement de nombreux organes.

Les reins figurent parmi les plus exposés à ces complications en raison de leur rôle essentiel dans la filtration du sang et l’élimination des déchets de l’organisme.

Souvent silencieuse à ses débuts, l’atteinte rénale liée au diabète peut évoluer pendant longtemps sans provoquer de symptômes, ce qui explique l’importance d’une surveillance régulière et d’un dépistage précoce.

Grâce aux progrès du suivi médical et des traitements, il est aujourd’hui possible de ralentir significativement son évolution et de préserver plus longtemps la fonction rénale.

Une atteinte rénale directement liée à l’excès de sucre dans le sang

Le diabète est souvent associé aux variations de la glycémie, mais il s’agit avant tout d’une maladie qui altère progressivement les vaisseaux sanguins. Les reins figurent parmi les organes les plus exposés à ces lésions.

Chaque rein contient près d’un million de glomérules, de minuscules réseaux de capillaires qui filtrent quotidiennement environ 180 litres de sang afin d’éliminer les déchets tout en conservant les protéines, les cellules sanguines et les autres éléments indispensables à l’organisme.

Lorsque la glycémie reste élevée pendant plusieurs années, le glucose modifie progressivement les protéines constituant les parois des petits vaisseaux sanguins. Ce phénomène, appelé glycation, épaissit et fragilise la membrane des glomérules, qui devient progressivement plus perméable.

Parallèlement, les reins augmentent leur activité afin de maintenir une filtration suffisante. Cette hyperfiltration glomérulaire exerce une pression excessive sur les unités de filtration et accélère leur détérioration. Lorsque le diabète s’associe à une hypertension artérielle, les lésions progressent encore plus rapidement.

Une évolution progressive en plusieurs stades

La néphropathie diabétique évolue généralement lentement, selon plusieurs étapes bien identifiées.

Le premier stade correspond à l’hyperfiltration, durant laquelle les reins travaillent davantage sans provoquer de symptômes ni d’anomalies visibles sur les examens biologiques courants.

Le deuxième stade est marqué par l’apparition d’une microalbuminurie. De très faibles quantités d’albumine, une protéine normalement retenue par les reins, commencent à être éliminées dans les urines. Ce phénomène constitue le premier signe biologique d’une atteinte rénale.

Lorsque les lésions s’aggravent, la fuite de protéines devient plus importante. On parle alors de macroalbuminurie ou de protéinurie.

À un stade plus avancé, les reins perdent progressivement leur capacité de filtration. Les déchets s’accumulent dans le sang, conduisant à une insuffisance rénale chronique.

Des symptômes souvent tardifs

L’une des principales difficultés de la néphropathie diabétique est son évolution silencieuse. Les reins ne possèdent pratiquement pas de récepteurs de la douleur dans leur tissu interne. L’atteinte rénale ne provoque donc généralement ni douleur lombaire ni symptôme spécifique pendant plusieurs années.

Lorsque des manifestations apparaissent, la maladie est souvent déjà avancée.

Une urine mousseuse peut traduire une perte importante de protéines dans les urines. Les protéines modifient la tension superficielle de l’urine et favorisent la formation d’une mousse persistante.

Des œdèmes, notamment au niveau des chevilles, des jambes ou des paupières, peuvent apparaître lorsque la diminution des protéines sanguines favorise le passage de l’eau vers les tissus.

Une fatigue importante peut également survenir lorsque les reins produisent moins d’érythropoïétine (EPO), l’hormone qui stimule la fabrication des globules rouges, favorisant ainsi l’apparition d’une anémie.

Enfin, la perte progressive des capacités de filtration contribue souvent à une aggravation de l’hypertension artérielle, qui accélère elle-même la progression des lésions rénales.

Un dépistage biologique indispensable

En l’absence de symptômes précoces, le dépistage repose exclusivement sur des examens biologiques réguliers.

Les recommandations de la Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation (SFNDT) préconisent un suivi annuel chez toutes les personnes vivant avec un diabète de type 1 ou de type 2.

Deux examens sont particulièrement importants : un dosage de la créatinine sanguine, permettant d’estimer le débit de filtration glomérulaire (DFG), et la recherche d’albumine dans les urines grâce au rapport albumine/créatinine (RAC). Ces examens permettent d’identifier une atteinte rénale plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes.

Une prise en charge permettant de ralentir la progression

Les lésions déjà constituées ne peuvent pas être réparées. En revanche, plusieurs traitements permettent aujourd’hui de ralentir significativement l’évolution de la maladie.

Le contrôle de la glycémie constitue la première mesure. Le maintien d’une hémoglobine glyquée (HbA1c) dans les objectifs définis avec le médecin réduit le risque de progression des lésions rénales.

Le traitement de l’hypertension artérielle est tout aussi essentiel afin de diminuer la pression exercée sur les glomérules.

Ces dernières années, les inhibiteurs du SGLT2, également appelés gliflozines, ont profondément modifié la prise en charge de la néphropathie diabétique. En réduisant l’hyperfiltration glomérulaire, ces médicaments ralentissent la dégradation de la fonction rénale et diminuent le risque d’évolution vers l’insuffisance rénale.

Les spécialistes rappellent également qu’il convient d’éviter l’automédication par anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’ibuprofène, chez les personnes présentant une atteinte rénale ou un diabète, ces médicaments pouvant aggraver une insuffisance rénale déjà existante.

Une complication silencieuse qui nécessite une surveillance régulière

La néphropathie diabétique évolue pendant de nombreuses années sans provoquer de symptômes. C’est précisément cette évolution silencieuse qui explique l’importance d’un dépistage régulier. Réalisés chaque année, les examens sanguins et urinaires permettent d’identifier les premières atteintes rénales, de mettre en place un traitement adapté et de ralentir durablement l’évolution vers l’insuffisance rénale chronique.

À SAVOIR

En 1936, les pathologistes Paul Kimmelstiel et Clifford Wilson décrivent pour la première fois les lésions rénales caractéristiques du diabète. En observant les tissus rénaux au microscope, ils mettent en évidence une sclérose des glomérules, les minuscules filtres chargés d’épurer le sang. Cette découverte marque une étape majeure dans la compréhension de la néphropathie diabétique. Près de 90 ans plus tard, cette complication demeure l’une des principales causes d’insuffisance rénale chronique, de recours à la dialyse et de greffe rénale. D’où l’importance d’un dépistage précoce, avant l’apparition de lésions irréversibles.

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Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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