Un médecin qui se prépare à réaliser une coloscopie à la suite d'un dépistage du cancer colorectal revenu poositif .
La coloscopie est l’étape obligatoire du suivi après un test positif au dépistage du cancer colorectal. © Freepik

Chaque mois de mars, la campagne nationale Mars Bleu rappelle l’importance du dépistage du cancer colorectal, l’un des cancers les plus fréquents en France. Mais une fois le test réalisé, encore faut-il que le parcours de soins suive. Car lorsque le résultat est positif, la coloscopie censée confirmer le diagnostic tarde parfois à être programmée. Délais qui s’allongent, accès inégal aux spécialistes, organisation du système de santé : le maillon le plus fragile du dépistage pourrait bien être… le suivi.

En France, le dépistage organisé du cancer colorectal est proposé tous les deux ans aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans. Il s’agit d’un test immunologique à réaliser chez soi permet de détecter la présence de traces de sang invisibles dans les selles. Si le test est négatif, tout va bien. S’il est positif, une coloscopie doit être réalisée pour examiner la paroi du côlon.

L’enchaînement est clair : test, résultat, puis examen. Dans la pratique, le parcours est parfois moins fluide.

Car un test positif n’est pas un diagnostic. Il s’agit d’un signal d’alerte. La coloscopie est l’examen qui permet de confirmer ou non la présence d’un polype, une petite excroissance bénigne pouvant évoluer vers un cancer, ou d’une tumeur. Or, ce second temps du dépistage est souvent retardé.

Selon Santé publique France, le délai médian entre un test immunologique positif et la réalisation d’une coloscopie était d’environ 62 jours dans certaines cohortes analysées sur la période récente. Dans certaines régions, ce délai dépasse désormais les deux à trois mois, ce qui interroge l’efficacité globale du programme de dépistage.

Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents dans l’Hexagone. Selon l’Institut national du cancer (INCa), près de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France. Il s’agit du troisième cancer le plus fréquent chez l’homme et du deuxième 

Dans la majorité des cas, le cancer colorectal se développe à partir d’un polype qui peut mettre plusieurs années à devenir cancéreux.

C’est précisément pour cette raison que le dépistage est si précieux. Détecté tôt, le cancer colorectal peut être guéri dans près de 90 % des cas, selon l’Institut national du cancer.

Le test immunologique vise justement à repérer ces lésions précancéreuses avant qu’elles ne deviennent dangereuses. Mais encore faut-il que la coloscopie suive.

Recevoir un résultat positif peut être inquiétant. Pourtant, dans la majorité des cas, cela ne signifie pas qu’un cancer est présent.

Selon Santé publique France, environ 4 % des tests de dépistage réalisés sont positifs. Parmi ces personnes, seule une minorité sera finalement diagnostiquée avec un cancer.

La coloscopie permet de faire la différence entre plusieurs situations :

  • absence d’anomalie ;
  • présence de polypes bénins ;
  • lésions précancéreuses ;
  • cancer colorectal.

L’examen est donc à la fois diagnostique et thérapeutique. En effet, les gastro-entérologues peuvent retirer les polypes directement pendant la procédure, ce qui empêche leur évolution vers un cancer.

Retarder la coloscopie après un test positif peut augmenter le risque de découvrir un cancer à un stade plus avancé.

Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association a montré qu’un délai supérieur à un an entre test positif et coloscopie était associé à une augmentation du risque de cancer colorectal et à des stades plus avancés au moment du diagnostic. L’examen devrait idéalement être réalisé dans les semaines qui suivent le résultat positif.

En France, les autorités de santé estiment généralement qu’une coloscopie devrait être programmée dans un délai d’environ un à trois mois. Mais ce calendrier n’est pas toujours respecté.

Pourquoi ces retards ?

La réponse tient en grande partie à l’organisation du système de santé. En France, la coloscopie est réalisée par des gastro-entérologues, le plus souvent en établissement hospitalier ou en clinique. Or, l’accès à ces spécialistes peut varier fortement selon les territoires.

Dans certaines zones, les délais de rendez-vous sont particulièrement longs.

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), la densité de gastro-entérologues est très inégale sur le territoire français, avec des écarts marqués entre régions urbaines et rurales. Plusieurs facteurs contribuent à ces tensions :

  • une demande croissante liée au vieillissement de la population ;
  • un nombre limité de spécialistes ;
  • une activité hospitalière déjà très sollicitée ;
  • des contraintes logistiques (préparation, anesthésie, disponibilité des plateaux techniques).

Entre le moment où le test est positif et celui où la coloscopie est réalisée, les semaines s’accumulent parfois.

Coloscopie : un maillon fragile du programme de dépistage

Le programme de dépistage du cancer colorectal vise à détecter tôt pour mieux soigner. Mais pour que cette stratégie fonctionne, chaque étape doit s’enchaîner rapidement.

Selon Santé publique France, la participation au dépistage reste encore insuffisante. Environ 34 % des personnes concernées réalisent le test, alors que l’objectif européen se situe autour de 45 %. Encourager la participation est donc déjà un défi.

Mais un autre enjeu se dessine : garantir un suivi rapide pour les personnes dont le test est positif. Sans coloscopie dans des délais raisonnables, le dépistage perd une partie de son efficacité.

Le vécu des patients : l’attente et l’incertitude

Au-delà des statistiques, ces délais ont aussi un impact humain. Recevoir un test positif, même si le risque de cancer reste faible, peut générer une forte inquiétude. Les semaines d’attente avant la coloscopie deviennent alors une période d’incertitude.

Dans plusieurs enquêtes sur l’expérience des patients, la période entre dépistage positif et diagnostic est souvent décrite comme une phase stressante, marquée par la peur d’une mauvaise nouvelle.

Réduire les délais n’est donc pas seulement un enjeu médical. C’est aussi une question de qualité du parcours de soins.

Plusieurs solutions sont aujourd’hui discutées pour améliorer la fluidité du parcours. Parmi les pistes évoquées par les acteurs de santé :

  • mieux coordonner les étapes du dépistage ;
  • faciliter l’accès aux gastro-entérologues ;
  • améliorer l’orientation des patients après un test positif ;
  • développer des organisations territoriales plus efficaces.

Certaines régions expérimentent également des dispositifs pour accélérer la prise de rendez-vous. L’objectif est de réduire le temps entre le signal d’alerte et la confirmation diagnostique.

À SAVOIR

Le risque de cancer colorectal augmente nettement avec l’âge. Selon l’Institut national du cancer (INCa), plus de 9 cas sur 10 surviennent après 50 ans. C’est pour cette raison que le dépistage organisé en France cible spécifiquement les femmes et les hommes âgés de 50 à 74 ans, même en l’absence de symptômes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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