
Ils se disent bien informés, mais continuent de croire que le VIH se transmet par un baiser ou qu’un vaccin existe. Une nouvelle enquête OpinionWay pour Sidaction montre que chez les 15-24 ans, l’illusion de connaissance nourrit à la fois les comportements à risque et la stigmatisation des infections sexuellement transmissibles. Le point, à l’heure de la mobilisation annuelle du Sidaction, du 27 au 29 mars.
À première vue, tout semble rassurant. Selon l’enquête OpinionWay pour Sidaction publiée en mars 2026, 74 % des jeunes de 15 à 24 ans estiment être bien informés sur le VIH.
Un chiffre stable depuis plusieurs années, qui pourrait laisser penser que les campagnes de prévention portent leurs fruits. Mais derrière ce sentiment de maîtrise, les connaissances restent fragmentaires, parfois erronées, et souvent contradictoires.
Des idées reçues tenaces, malgré des décennies de prévention
Une part importante des jeunes continue d’adhérer à des croyances fausses sur le VIH, pourtant largement contredites par les connaissances scientifiques actuelles.
Par exemple, l’enquête révèle que :
- 39 % pensent qu’un vaccin contre le VIH existe ou qu’on peut en guérir
- 77 % croient qu’une personne séropositive sous traitement peut transmettre le virus
- 39 % pensent que le VIH peut se transmettre par un baiser
- 33 % évoquent les toilettes publiques comme source de contamination
Autant d’idées fausses qui persistent, malgré les messages répétés des autorités sanitaires.
Or, depuis plusieurs années, le principe dit « I = I » (Indétectable = Intransmissible) est reconnu. Une personne vivant avec le VIH, sous traitement efficace, ne transmet pas le virus lors de relations sexuelles.
Quant aux modes de transmission, ils sont bien identifiés. Le VIH se transmet principalement par rapports sexuels non protégés, par le sang (partage de seringues) ou de la mère à l’enfant. Il ne se transmet ni par la salive, ni par le contact quotidien, ni par les objets.
Une mauvaise compréhension qui alimente les prises de risque
Ces erreurs ont des conséquences directes sur les comportements. L’enquête montre que :
- 62 % des jeunes sexuellement actifs n’utilisent pas systématiquement de préservatif
- Seuls 38 % ont réalisé un test de dépistage du VIH dans l’année
Un niveau de prévention insuffisant, d’autant plus préoccupant que 60 % des jeunes déclarent avoir eu au moins un partenaire sexuel dans les 12 derniers mois.
68 % de ces jeunes disent ne pas se faire dépister par « confiance » envers leur partenaire. Une confiance qui remplace souvent l’évaluation réelle du risque. Et qui s’appuie sur une perception biaisée, si bien que 69 % des jeunes jugent peu probable d’être eux-mêmes infectés un jour.
En d’autres termes, le VIH est perçu comme un risque lointain, abstrait, presque théorique. Une tendance déjà observée par Santé publique France, qui souligne régulièrement la difficulté à maintenir une perception du risque dans les populations jeunes.
Quand la désinformation nourrit aussi la stigmatisation
Autre conséquence, plus insidieuse : la persistance d’idées fausses entretient la peur et la discrimination envers les personnes vivant avec le VIH.
Ainsi :
- 39 % des jeunes estiment qu’une personne séropositive sous traitement peut représenter un danger pour les autres
- 66 % considèrent que connaître le statut sérologique est important avant une relation amoureuse
- 56 % déclarent qu’ils ressentiraient de la honte s’ils étaient eux-mêmes séropositifs
Ces chiffres traduisent une sérophobie persistante, c’est-à-dire la peur ou le rejet des personnes vivant avec le VIH.
Pourtant, les progrès médicaux ont profondément transformé la maladie. Grâce aux traitements antirétroviraux, les personnes séropositives peuvent aujourd’hui vivre normalement, avec une espérance de vie proche de celle de la population générale.
Un enjeu d’éducation plus que d’information
Alors, faut-il simplement mieux informer ?
Le problème ne semble pas être un manque d’exposition à l’information, mais plutôt une mauvaise appropriation des connaissances.
L’enquête montre d’ailleurs que certains sujets clés sont mal maîtrisés :
- le fonctionnement des traitements
- l’existence d’un traitement d’urgence après prise de risque
- les modalités du dépistage
Autrement dit, les jeunes savent « qu’il existe quelque chose », sans toujours comprendre quoi ni comment.
C’est là que l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) prend tout son sens. Prévue dans les programmes scolaires, elle vise justement à dépasser les idées reçues et à développer une compréhension concrète des enjeux de santé sexuelle.
Le VIH, une maladie toujours d’actualité
Non, le VIH n’a pas disparu. En France, il continue de circuler. Selon Santé publique France, environ 5 000 à 6 000 nouvelles découvertes de séropositivité sont enregistrées chaque année, et une part importante ne le sait encore pas.
Dans le même temps, les autres infections sexuellement transmissibles (IST) progressent nettement, en particulier chez les jeunes. Santé publique France observe une augmentation marquée des infections à chlamydia et des gonorrhées, deux IST très fréquentes chez les 15-24 ans.
Ces infections sont souvent peu ou pas symptomatiques, ce qui favorise leur transmission sans que les personnes concernées s’en rendent compte.
À SAVOIR
En France, il est possible de se faire dépister gratuitement et sans rendez-vous dans les CeGIDD (Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic). Des autotests sont également disponibles en pharmacie.







