Un patient subissant une chimiothérapie à l'hôpital.
De nombreuses chimiothérapies aboutissent à des échecs : un manque de visibilité qui pourrait être contourné grâce à un test génétique. © Freepik

À l’heure où la chimiothérapie reste un pilier des traitements anticancéreux, la variabilité des réponses entre patients pose un défi majeur. Et des chercheurs espagnols seraient parvenus à identifier des biomarqueurs capables de prédire l’efficacité des chimiothérapies. L’intérêt ?Éviter ainsi des traitements onéreux, inutiles ou toxiques chez certains patients, et orienter vers des alternatives plus adaptées. Le point sur une découverte qui pourrait révolutionner la prise en charge du cancer, toujours plus personnalisée.

La chimiothérapie reste, depuis plusieurs décennies, un pilier de la lutte contre le cancer. Pourtant, elle ne fonctionne pas dans 20 à 50 % des cas – et expose les patients à des effets indésirables graves, sans bénéfice thérapeutique. Comprendre pourquoi certains patients ne répondent pas est donc crucial, notamment à l’heure où le nombre de cas explose chez les jeunes.

Les travaux récents du CNIO, salués par la Société Espagnole d’Oncologie Médicale, ouvrent une nouvelle voie : un test génomique prédictif permettant d’éviter la chimiothérapie inutile et d’orienter vers des options alternatives.

Les chercheurs Geoff Macintyre, Barbara Hernando et Joe Sneath Thompson ont identifié une signature de l’instabilité chromosomique – une accumulation d’irrégularités dans le nombre et la structure des chromosomes – présente dans les tumeurs résistantes à la chimiothérapie.

Publiés dans Nature Genetics, ces résultats reposent sur l’analyse de plus de 800 patients atteints de cancers du sein, de l’ovaire, de la prostate et de sarcome. Ces biomarqueurs permettent non seulement de deviner si une chimiothérapie à base de platine, taxanes ou anthracyclines sera inefficace, mais aussi de stratifier les traitements.

Jusqu’ici, les biomarqueurs permettaient surtout de dire si un traitement fonctionnait. Cette approche change le paradigme : elle repère les patients pour qui la chimiothérapie serait inefficace, les protégeant ainsi des effets toxiques inutiles .

Les chercheurs ont utilisé un essai clinico‑informatique reposant sur des données anonymisées : les “essais emulés”. Concrètement, ils ont étudié les réponses à la chimiothérapie de 840 patients déjà traités, mettant ainsi au point un test génomique solide, sans recourir immédiatement à un essai prospectif long et coûteux.

Maintenant que ces biomarqueurs ont été validés sur les anciens dossiers, l’étape suivante est le test en milieu hospitalier. Des essais cliniques devraient être lancés dès 2026 à Madrid.

Identifier les patients résistants évitera non seulement des effets secondaires évitables, mais permettra également d’envisager dès le début des alternatives : immunothérapie, thérapies ciblées ou essais cliniques.

Les bénéfices sont en effet clairement établis :

  • Eviter la toxicité inutile : les patients non‑répondants ne subiront pas de chimiothérapie inefficace et douloureuse.
  • Optimiser les coûts de santé en limitant les traitements inutiles et les hospitalisations liées aux effets indésirables .
  • Assurer une meilleure orientation thérapeutique : le test oriente vers des traitements plus adaptés dès l’amorce.

Le vrai test sera l’efficacité du biomarqueur en conditions réelles, au sein d’essais auprès de patients modernes. Le “passage à l’échelle” est souvent long et complexe.

Il faudra définir des seuils cliniques précis, obtenir les agréments européens et espagnols, avant une diffusion large. Le contact proposé avec les agences sanitaires est déjà envisagé .

Pour le moment, le test couvre quatre types de cancers (sein, ovaire, prostate, sarcome). Il devra être confirmé pour d’autres tumeurs (poumon, pancréas, vessie, col, estomac…) .

Ce biomarqueur repose sur une approche innovante : analyser la signature globale de l’instabilité chromosomique, plutôt que de chercher un gène seul. Cette stratégie plus large pourrait ouvrir la voie à des diagnostics similaires pour d’autres traitements – ciblés, hormonaux, immunothérapies. Elle s’inscrit dans l’ambition plus vaste de la médecine personnalisée, déjà en cours dans le cancer.

À SAVOIR

La chimiothérapie est née dans les années 1940, après la Seconde Guerre mondiale, avec l’utilisation des gaz moutarde comme traitement contre certains cancers du sang. Rapidement, des agents alkylants et antimitotiques ont été développés pour cibler la division cellulaire des cellules cancéreuses. Depuis, elle est devenue un pilier des traitements oncologiques, bien que souvent associée à d’importants effets secondaires.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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