Douleur chronique : 23 millions de Français attendent une meilleure prise en charge

le 21 octobre 2026 à 16h36
Une femme assise à une table, le visage crispé et les yeux fermés, semble souffrir de douleurs chroniques qui l'épuisent.
Les douleurs chroniques peuvent entraîner une véritable souffrance psychologique, accentuée par l'incompréhension de l'entourage. © Magnific
En France, 23 millions de personnes vivent avec des douleurs chroniques, souvent difficiles à diagnostiquer et à soulager. Face aux difficultés d'accès aux soins, plusieurs associations de patients et sociétés savantes ont appelé, le 19 octobre 2026, à faire de la douleur chronique une Grande Cause nationale en 2028.
Sommaire

Vivre avec une douleur qui ne disparaît jamais vraiment, c’est le quotidien de 23 millions de Français. Pour certains, elle dure depuis des mois, voire des années, au point de compliquer les gestes les plus simples. Et lorsqu’il faut attendre longtemps pour obtenir un diagnostic ou consulter un spécialiste, la situation devient encore plus difficile.

Face à ce constat, plusieurs sociétés savantes et associations de patients, réunies au sein du collectif France Douleur autour de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), ont lancé un appel le 19 octobre 2026. Leur demande est claire : faire de la douleur chronique une Grande Cause nationale en 2028 et mettre en place un plan d’action pour 2027-2032, afin d’améliorer le diagnostic, l’accès aux traitements et l’accompagnement des malades.

Douleur chronique : de quoi parle-t-on exactement ?

Une douleur est considérée comme chronique lorsqu’elle dure ou revient régulièrement depuis plus de trois mois. Elle peut être présente tous les jours, apparaître par crises ou être plus forte à certains moments. Parfois, la douleur continue même lorsque la blessure est guérie. Le système nerveux reste en quelque sorte en état d’alerte et continue de transmettre des messages douloureux, sans qu’une nouvelle blessure en soit forcément responsable.

Les causes sont nombreuses. L’arthrose, les rhumatismes, le diabète ou encore les suites d’une opération peuvent provoquer des douleurs persistantes. Dans d’autres cas, comme la fibromyalgie, les personnes ressentent des douleurs parfois très fortes, sans qu’une blessure ou une anomalie visible puisse les expliquer. Mal de dos, migraines, douleurs aux articulations, au ventre ou dans plusieurs parties du corps… La douleur chronique peut prendre de nombreuses formes et toucher tout le monde, même si elle devient plus fréquente avec l’âge.

23 millions de Français concernés, mais des soins encore insuffisants

En France, près de 23 millions de personnes vivent avec des douleurs chroniques. Pour certains, elles restent supportables. Pour d’autres, elles deviennent si fortes qu’elles empêchent de dormir, de travailler ou même d’accomplir les gestes les plus simples. Et se faire soigner n’est pas toujours évident. 70 % des patients ne recevaient pas de traitement adapté et moins de 3 % étaient suivis dans un centre spécialisé. Des chiffres qui montrent que les difficultés de prise en charge ne datent pas d’hier.

Les délais sont également un problème. Il faut en moyenne cinq ans après l’apparition des douleurs pour accéder à une structure spécialisée. Pendant ce temps, les symptômes peuvent s’aggraver et peser de plus en plus lourd sur le quotidien. Certaines personnes sont aussi davantage concernées. Les douleurs chroniques touchent plus souvent les femmes, les personnes âgées, mais aussi les ouvriers et les agriculteurs, dont les métiers sont souvent plus exigeants physiquement.

Douleurs chroniques : une souffrance qui va bien au-delà du corps

Pourquoi la douleur chronique est-elle si difficile à soigner ?

Le principal obstacle tient à la complexité de la douleur elle-même. Deux personnes atteintes de la même maladie peuvent ressentir des douleurs très différentes. Leur intensité dépend notamment de l’état du système nerveux, du sommeil, de l’activité physique et de nombreux facteurs individuels. Le diagnostic peut également prendre du temps. Certaines douleurs sont difficiles à identifier avec les examens habituels. Une radiographie ou une IRM peut ne révéler aucune anomalie permettant d’expliquer les symptômes. Le médecin doit alors s’appuyer sur le récit du patient, l’examen clinique et l’évolution des douleurs pour rechercher leur origine.

Cette difficulté est particulièrement présente dans certaines maladies comme la fibromyalgie, où les douleurs diffuses peuvent s’accompagner d’une fatigue importante et de troubles du sommeil. Le traitement représente un autre défi. Les antidouleurs classiques ne fonctionnent pas de la même manière selon les mécanismes responsables des symptômes. Une douleur liée à une inflammation ne se traite pas nécessairement comme une douleur provoquée par une atteinte nerveuse. Pour certains patients, les médicaments permettent une amélioration notable. Pour d’autres, il faut associer plusieurs approches et ajuster régulièrement les soins.

Sommeil, travail, moral : quand la douleur envahit le quotidien

Vivre avec une douleur qui ne disparaît jamais vraiment peut vite devenir épuisant. Au fil du temps, ses conséquences dépassent largement la douleur physique et finissent par peser sur le sommeil, le travail, les relations avec les autres et le moral. La nuit, difficile parfois de trouver une position confortable ou de dormir sans être réveillé par la douleur. Résultat, la fatigue s’accumule et peut rendre les douleurs encore plus difficiles à supporter le lendemain.

Au travail aussi, les difficultés se multiplient. Rester assis longtemps, porter des charges, conduire ou simplement se concentrer peut devenir compliqué. Certains doivent adapter leurs horaires, réduire leur activité ou même arrêter temporairement de travailler. La vie personnelle n’est pas épargnée. Les sorties entre amis, les loisirs ou les activités en famille deviennent parfois difficiles à suivre. Les douleurs étant souvent invisibles, les proches peuvent avoir du mal à comprendre ce que traverse la personne.

À force, le moral peut en prendre un coup. Les personnes souffrant de douleurs chroniques sont davantage exposées à l’anxiété et à la dépression. Le stress, la fatigue et le manque de sommeil peuvent alors accentuer les douleurs, créant un cercle vicieux difficile à briser.

Douleurs chroniques : des centres spécialisés encore difficiles d’accès

Pour les personnes dont les douleurs résistent aux traitements habituels, il existe des centres spécialisés. En France, 274 structures étaient reconnues en 2023, contre 243 en 2017. Parmi elles, 180 consultations spécialisées et 94 centres disposant de moyens médicaux plus importants. Ces établissements réunissent plusieurs professionnels de santé, comme des médecins, des infirmiers, des psychologues ou encore des kinésithérapeutes. Leur objectif est de comprendre l’origine des douleurs, de trouver les traitements les plus adaptés et d’aider les patients à mieux vivre avec leurs symptômes.

Ils accueillent principalement les personnes dont les douleurs persistent malgré les premiers traitements ou nécessitent l’avis de plusieurs spécialistes. Mais obtenir un rendez-vous reste compliqué. Selon les régions, les délais peuvent atteindre plusieurs mois, notamment lorsque les équipes manquent de personnel. Certains patients doivent également parcourir de longues distances pour consulter, ce qui complique encore leur prise en charge.

Douleur chronique : pourquoi les associations réclament une Grande Cause nationale en 2028 ?

Face aux difficultés rencontrées par les patients, le collectif France Douleur souhaite faire de la douleur chronique une véritable priorité de santé publique. Pour cela, il demande qu’elle soit reconnue comme Grande Cause nationale en 2028, afin de mieux faire connaître cette maladie et de mobiliser les pouvoirs publics. Mais les associations veulent surtout des mesures concrètes. Elles réclament un plan national pour la période 2027-2032, avec plusieurs objectifs :

  • Diagnostiquer plus rapidement les douleurs chroniques pour éviter des années d’errance médicale.
  • Mieux former les médecins et les soignants pour reconnaître ces douleurs et proposer des traitements adaptés.
  • Faciliter l’accès aux spécialistes, notamment dans les régions où les structures manquent.
  • Améliorer l’accompagnement des patients, en prenant davantage en compte les conséquences sur leur santé mentale, leur travail et leur vie quotidienne.

La France a déjà mis en place trois plans nationaux de lutte contre la douleur entre 1998 et 2010. Depuis, aucun nouveau plan de cette ampleur n’a vu le jour, malgré les demandes répétées des professionnels de santé et des associations. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas annoncé que la douleur chronique serait désignée Grande Cause nationale en 2028. La demande reste donc à l’état de proposition.

Douleurs chroniques : quels traitements pour les soulager aujourd’hui ?

Il existe plusieurs façons de soulager les douleurs chroniques, mais tout dépend de leur origine et de leur intensité. Un traitement efficace contre l’arthrose ne sera pas forcément adapté à une douleur provoquée par un nerf abîmé. Les médicaments peuvent aider. Le paracétamol ou certains anti-inflammatoires sont parfois prescrits, tandis que des traitements agissant sur le système nerveux peuvent être utilisés contre les douleurs d’origine nerveuse. Mais les médicaments ne suffisent pas toujours. D’autres solutions peuvent être proposées, souvent en complément :

  • La kinésithérapie et l’activité physique adaptée pour retrouver de la mobilité, renforcer les muscles et reprendre progressivement certaines activités.
  • Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) pour mieux gérer la douleur, le stress, les troubles du sommeil et leurs conséquences sur le quotidien.
  • La neurostimulation électrique (TENS), qui consiste à envoyer de petites impulsions électriques à travers la peau pour atténuer certaines douleurs.

Dans certains cas, les douleurs ne disparaissent jamais complètement. L’objectif est alors de les rendre moins présentes et moins handicapantes, pour permettre aux patients de mieux dormir, de bouger plus facilement et de retrouver une vie aussi normale que possible.

À SAVOIR 

Le cerveau possède son propre système antidouleur ! Lorsqu’une personne se blesse, il peut libérer des substances naturelles, notamment des endorphines, qui diminuent la sensation de douleur. Ce mécanisme explique en partie pourquoi certaines personnes ne ressentent presque rien sur le moment après un accident et commencent à avoir mal plus tard.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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