Les écrans des parents sont-ils plus problématiques que ceux des enfants ?

le 29 juillet 2026 à 16h27
Un père scotché à son écran alors qu'il tient son enfant dans les bras.
Les premiers écrans que les enfants regardent sont souvent… ceux de leurs parents. © Magnific
On passe notre temps à surveiller les écrans des enfants. Mais qui surveille ceux des parents ? Une étude française inédite, dévoilée le 22 juin 2026 par Bayard Jeunesse et l'Observatoire Santé PRO BTP, bouscule quelques idées reçues. Elle montre que le smartphone des adultes s'invite bien plus souvent qu'on ne le pense entre eux... et leurs enfants.
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« Arrête de regarder ton téléphone ! » Combien de parents ont déjà lancé cette phrase à leur ado ? Sans réaliser qu’eux-mêmes dégainent leur smartphone dès qu’une notification vibre. Un mail à lire, un message auquel répondre, un coup d’œil sur Instagram, les infos ou la météo… Le téléphone est partout. Même au milieu d’une partie de Lego, pendant le repas ou lorsqu’un enfant essaie simplement de raconter sa journée.

C’est ce comportement, devenu presque automatique, qu’a analysé la nouvelle étude française FOCUS, dévoilée le 22 juin 2026 par Bayard Jeunesse et l’Observatoire Santé PRO BTP. Menée auprès de 980 parents d’enfants âgés de 2 mois à 17 ans, elle montre que le vrai sujet n’est peut-être pas seulement le temps que les enfants passent devant un écran, mais aussi celui que leurs parents passent… le nez dessus.

Et si le vrai sujet n’était pas le temps d’écran des enfants ?

Quand le téléphone s’invite dans la relation parent-enfant

Les chercheurs parlent de « technoférence ». Ce sont ces moments où un écran vient interrompre ou détourner l’attention d’un parent pendant qu’il interagit avec son enfant. Un message auquel on répond, une notification que l’on consulte, un rapide passage sur les réseaux sociaux ou une télévision allumée en permanence peuvent sembler anodins. Pourtant, ces micro-interruptions se répètent parfois des dizaines de fois par jour. Selon les auteurs de l’étude, la technoférence réduit la disponibilité du parent, aussi bien sur le plan de l’attention que des émotions. Autrement dit, le parent est physiquement présent, mais son attention est régulièrement captée ailleurs.

Cette réalité est particulièrement marquée durant les premières années de vie. L’étude révèle qu’environ 55 % des parents d’enfants de moins de cinq ans présentent un niveau élevé de technoférence, alors même que cette période est considérée comme essentielle pour le développement du langage, des capacités cognitives et des compétences sociales. Les chercheurs rappellent que plusieurs travaux internationaux associent une technoférence précoce à un développement moins favorable dans ces différents domaines.

Les parents sous-estiment l’impact de leurs propres écrans

Les parents interrogés expriment des craintes très importantes concernant les effets du numérique sur leurs enfants. Chez les parents d’enfants de moins de cinq ans, 68 % se disent très inquiets des conséquences possibles des écrans sur le développement, les apprentissages ou encore le risque perçu de troubles neurodéveloppementaux. Pourtant, dans leur quotidien, beaucoup reconnaissent adopter eux-mêmes des comportements susceptibles de nuire à la qualité des échanges familiaux.

Pour Marie Danet, enseignante-chercheuse en psychologie du développement à l’Université de Lille et coautrice de l’étude, le véritable enjeu est là : les parents concentrent leurs inquiétudes sur les écrans utilisés par leurs enfants, alors que leur propre usage du smartphone constitue souvent le risque le plus concret et le plus méconnu. Elle souligne également que la petite enfance est précisément la période où la qualité des interactions avec les parents joue un rôle déterminant dans le développement de l’enfant.

Les parents protègent-ils vraiment leurs enfants des écrans ? 

Ce que les parents craignent le plus des écrans

En tête des préoccupations arrivent l’exposition à des contenus inappropriés, les effets des écrans sur le développement de l’enfant, le cyberharcèlement, les troubles du sommeil et les problèmes de vue. Des inquiétudes globalement cohérentes avec les connaissances scientifiques actuelles. En revanche, certains risques suscitent des craintes plus modérées, comme les effets sur le développement du langage, de la communication ou les apprentissages scolaires, alors que ces dimensions sont pourtant largement étudiées par la recherche.

À l’inverse, une idée largement relayée ces dernières années semble moins convaincre les parents. La crainte que les écrans puissent provoquer l’autisme obtient le score d’inquiétude le plus faible de toute l’étude. Les auteurs rappellent d’ailleurs que cette hypothèse est contredite par les connaissances scientifiques actuelles.

Écrans : les parents misent sur les interdits plus que sur le dialogue

Près de 90 % déclarent mettre en place un encadrement important : 

  • contrôle des contenus consultés, 
  • limitation de l’accès aux appareils
  • définition d’un temps maximal d’utilisation. 

Ce contrôle est particulièrement marqué autour de l’âge de cinq ans avant de diminuer progressivement avec l’autonomie de l’enfant. En revanche, les chercheurs observent que la médiation active reste moins fréquente. Cette approche consiste à discuter avec son enfant de ce qu’il regarde, répondre à ses questions, partager certains contenus ou encore regarder ensemble un programme. Pourtant, c’est précisément ce type d’accompagnement qui est associé à un meilleur développement des compétences numériques et de l’autonomie des enfants. Chez les plus jeunes, le co-visionnage, c’est-à-dire regarder un contenu ensemble, apparaît également comme un levier important, encore peu mis en avant dans les recommandations actuelles.

Inquiets des écrans… mais contraints d’y avoir recours

Les parents les plus préoccupés par les effets des écrans ne sont pas forcément ceux qui les utilisent le moins. Au contraire, 70 % des parents qui se disent préoccupés ou très préoccupés reconnaissent utiliser parfois les écrans pour occuper ou calmer leur enfant, contre 55 % chez ceux qui se déclarent moins inquiets. Ces mêmes parents présentent également les niveaux de technoférence les plus élevés.

Pour les chercheurs, ce paradoxe traduit surtout la réalité du quotidien. Les écrans apparaissent à la fois comme une source d’inquiétude… mais aussi comme un outil pratique lorsqu’il faut préparer le dîner, répondre à un appel professionnel ou simplement souffler quelques minutes. L’objectif n’est donc pas de culpabiliser les familles, mais de mieux comprendre leurs usages afin de proposer des solutions réalistes.

Plus que le temps d’écran, la qualité des échanges

Depuis plusieurs années, le débat se focalise surtout sur le temps que les enfants passent devant les écrans. Les chercheurs estiment pourtant qu’une autre question mérite tout autant d’attention : quelle place les écrans prennent-ils dans les moments passés ensemble ?

Bien sûr, il ne s’agit pas de culpabiliser les parents. Entre les journées chargées, les sollicitations permanentes et les impératifs du quotidien, il est difficile d’échapper totalement à son téléphone. Mais quelques minutes d’attention pleine et entière pendant un repas, une histoire du soir ou une partie de jeu peuvent faire toute la différence. Ce sont ces échanges, ces regards et ces conversations qui nourrissent le développement du langage, les apprentissages, le sentiment de sécurité et le lien affectif.

À SAVOIR 

Les enfants copient aussi les habitudes numériques de leurs parents. En psychologie, on parle d’apprentissage par observation. Si un parent consulte souvent son téléphone, son enfant est plus susceptible de considérer ce comportement comme normal et de le reproduire à son tour.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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