Quelques jours après une baignade dans un lac ou une rivière, une forte fièvre apparaît brutalement. Elle s’accompagne de frissons, de maux de tête et de douleurs musculaires suffisamment importantes pour donner l’impression d’avoir attrapé une grosse grippe. Les yeux peuvent également devenir inhabituellement rouges.
Ces symptômes peuvent correspondre à une leptospirose, une infection bactérienne transmise principalement par un environnement contaminé par l’urine d’animaux infectés, en particulier des rongeurs.
La maladie reste le plus souvent guérissable lorsqu’elle est prise en charge, mais certaines formes peuvent atteindre les reins, le foie ou les poumons.
Quels sont les premiers symptômes de la leptospirose ?
La leptospirose ne provoque généralement pas de symptômes immédiatement après la baignade. Santé publique France indique une période d’incubation habituellement comprise entre 4 et 19 jours. L’Institut Pasteur retient de son côté une durée fréquemment observée de 5 à 14 jours.
Le début est souvent brutal. Une fièvre élevée, généralement supérieure à 39 °C, apparaît avec des frissons. Elle s’accompagne fréquemment de forts maux de tête ainsi que de douleurs musculaires et articulaires. Les muscles peuvent sembler courbaturés comme après un effort important.
Les yeux peuvent devenir très rouges sans forcément présenter l’écoulement habituel d’une conjonctivite. Des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements et parfois une toux peuvent également survenir.
Le problème ? Ces premiers symptômes ressemblent à ceux de nombreuses maladies infectieuses. Une leptospirose peut initialement être confondue avec une grippe, une infection virale ou une gastro-entérite. Le contexte des jours précédents devient alors essentiel.
Comment attrape-t-on la leptospirose pendant une baignade ?
Les bactéries responsables, appelées leptospires, sont éliminées dans les urines de mammifères infectés. Les rongeurs, notamment les rats, constituent d’importants réservoirs, même si d’autres animaux peuvent également héberger la bactérie.
Une rivière, un lac, un étang, de la boue ou un sol humide peuvent être contaminés. La bactérie pénètre ensuite dans l’organisme par une coupure ou une petite plaie, parfois presque invisible, mais également par les muqueuses des yeux, du nez ou de la bouche. Il n’est donc pas nécessaire d’avaler de l’eau pour être contaminé.
Les activités en eau douce exposent davantage lorsqu’elles sont pratiquées dans un environnement fréquenté par les rongeurs. Le risque concerne aussi certains professionnels travaillant dans les égouts, les canaux, les stations d’épuration ou au contact régulier d’eaux souillées.
La transmission directe entre deux personnes est en revanche exceptionnelle. La leptospirose n’est donc pas une maladie contagieuse comparable à la grippe.
Quand la leptospirose devient-elle grave ?
La présentation de la maladie est très variable. Dans de nombreux cas, elle reste limitée à un syndrome grippal. Mais certaines infections évoluent vers une atteinte de plusieurs organes.
Les reins peuvent notamment ne plus filtrer correctement le sang, provoquant une insuffisance rénale aiguë. Le foie peut être atteint et entraîner un ictère : la peau et le blanc des yeux prennent alors une coloration jaune.
Des complications hémorragiques sont également possibles. Dans les formes pulmonaires sévères, des saignements peuvent survenir au niveau des poumons et provoquer des difficultés respiratoires. Le système nerveux peut lui aussi être touché, avec notamment une méningite.
Une forte fièvre après une exposition à de l’eau douce ne signifie évidemment pas automatiquement leptospirose. En revanche, l’association entre exposition à risque, fièvre brutale, douleurs musculaires importantes et maux de tête doit être signalée au médecin.
Comment savoir si l’on a réellement attrapé la leptospirose ?
Le diagnostic ne repose pas uniquement sur les signes cliniques, car ils ressemblent à ceux de nombreuses autres infections. Le médecin recherche donc une exposition compatible au cours des jours précédant les premiers symptômes : baignade, pêche, canoë, contact avec de la boue ou travaux dans une zone potentiellement contaminée.
Des analyses permettent ensuite de rechercher directement la bactérie ou la réponse immunitaire de l’organisme. Santé publique France indique notamment l’utilisation de la PCR au début de l’infection et de la sérologie appelée Elisa IgM.
Il est donc important de préciser au médecin une baignade ou une activité en eau douce récente. Sans cette information, un tableau ressemblant à une grippe peut être plus difficile à relier à la leptospirose.
Comment soigne-t-on la leptospirose ?
La leptospirose est une infection bactérienne : son traitement repose sur des antibiotiques. Leur administration précoce permet de réduire les symptômes, leur durée et le risque de complications. Il n’est donc pas recommandé d’attendre que la maladie s’aggrave avant de consulter lorsqu’elle est suspectée.
Les formes bénignes peuvent être prises en charge selon l’état du patient et la décision médicale. Les formes sévères nécessitent une hospitalisation, notamment lorsque les reins, le foie ou les poumons sont atteints. Une réhydratation et des traitements destinés à soutenir les organes peuvent alors être nécessaires.
Il ne faut pas prendre un reste d’antibiotiques retrouvé à domicile. Le choix du traitement, sa dose et sa durée doivent être décidés par un médecin.
Comment réduire le risque après une baignade en eau douce ?
La prévention consiste principalement à limiter le contact avec une eau ou une boue potentiellement contaminée lorsqu’on présente des plaies. Pour certaines activités professionnelles ou de loisirs à risque, le port de protections adaptées peut réduire l’exposition.
Une vaccination contre la leptospirose existe en France, mais elle n’est pas destinée systématiquement à toute la population. Elle peut être proposée au cas par cas aux personnes régulièrement exposées, notamment lors de certaines activités en eau douce ou dans le cadre professionnel. Le vaccin disponible ne protège par ailleurs que contre une partie des bactéries responsables.
Ainsi, une fièvre élevée qui apparaît plusieurs jours après une baignade en rivière ou dans un lac, associée à de forts maux de tête, des douleurs musculaires et des yeux rouges, mérite d’être signalée rapidement à un médecin.
La leptospirose peut ressembler au départ à une simple infection grippale, mais identifier l’exposition à l’eau contaminée permet d’accélérer le diagnostic et de commencer l’antibiothérapie avant l’apparition de complications.
À SAVOIR
À partir de 1915, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, des soldats contractent des formes sévères de leptospirose, favorisées par l’eau contaminée et la forte présence de rats․ Cette maladie, notamment dans sa forme grave dite maladie de Weil, constitue un enjeu sanitaire majeur pour les armées confrontées à des conditions d’hygiène particulièrement précaires․ La lutte contre les rongeurs s’intensifie alors sur le front, avec des campagnes de dératisation mobilisant soldats, chiens et divers moyens pour éradiquer les rats․





