Polyarthrite rhumatoïde : trois patients en rémission grâce à un nouveau traitement !

le 7 septembre 2026 à 11h19
Une femme atteinte d’un début de polyarthrite rhumatoïde à la recherche d’un traitement pour ralentir la progression de la maladie.
Les femmes sont deux à trois fois plus souvent touchées par la polyarthrite rhumatoïde que les hommes. © Magnific
Une nouvelle thérapie a permis à trois patients atteints d’une forme sévère de polyarthrite rhumatoïde d’entrer en rémission après une seule perfusion. Testé sur six personnes chez qui les traitements habituels ne fonctionnaient plus suffisamment, ce procédé a fait reculer la maladie chez tous les participants, selon une étude publiée le dans Nature Medicine.
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Douleurs, gonflements, raideurs… La polyarthrite rhumatoïde est une maladie chronique qui touche principalement les articulations et peut devenir particulièrement handicapante. Si les traitements permettent aujourd’hui de la contrôler chez de nombreux patients, certaines formes sévères restent difficiles à traiter. Une thérapie jusqu’ici principalement utilisée contre certains cancers du sang pourrait ouvrir une nouvelle voie. Selon une étude publiée dans Nature Medicine, elle a été testée chez six adultes dont la polyarthrite résistait à plusieurs traitements.

Après une seule perfusion, la maladie a reculé chez les six participants et trois sont entrés en rémission, malgré l’arrêt de leurs traitements habituels. Les résultats restent toutefois très préliminaires. Seulement six personnes ont participé à l’essai et ont été suivies pendant 36 à 52 semaines. Il faudra donc davantage de patients et de recul pour savoir si cette amélioration peut durer dans le temps.

Polyarthrite rhumatoïde, quels sont les symptômes et les causes ?

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune. Le système immunitaire se dérègle et s’attaque par erreur aux articulations, provoquant une inflammation qui peut s’installer dans le temps. Son origine reste encore mal comprise. Il n’existe pas une cause unique, mais plusieurs facteurs peuvent favoriser son apparition, notamment une prédisposition génétique, certains facteurs hormonaux et le tabagisme, aujourd’hui considéré comme un facteur de risque bien établi. La maladie se manifeste principalement par :

  • des douleurs dans plusieurs articulations, notamment les mains, poignets et pieds
  • des articulations gonflées
  • des raideurs importantes au réveil
  • une fatigue parfois marquée

Les symptômes évoluent souvent par poussées et, sans contrôle suffisant de l’inflammation, les articulations peuvent progressivement s’abîmer. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), 217 600 personnes étaient reconnues en affection de longue durée pour une polyarthrite rhumatoïde en France en 2017. Les femmes sont deux à trois fois plus souvent touchées que les hommes.

Polyarthrite rhumatoïde : en quoi consiste ce nouveau traitement ? 

Des cellules reprogrammées pour changer de cible

La thérapie CAR-T consiste à utiliser les propres cellules de défense du patient pour combattre sa maladie. Les médecins prélèvent dans son sang des cellules immunitaires appelées lymphocytes T. Celles-ci sont ensuite envoyées en laboratoire, où elles sont modifiées pour apprendre à reconnaître une cible précise, avant d’être multipliées puis réinjectées au patient par perfusion. Cette technique est déjà utilisée contre certains cancers du sang. Les cellules ainsi modifiées peuvent alors repérer les cellules malades et les éliminer beaucoup plus facilement.

Dans la polyarthrite rhumatoïde, la cible est différente. Les chercheurs cherchent à éliminer certaines cellules du système immunitaire, appelées lymphocytes B, qui participent au dérèglement à l’origine de la maladie. Elles contribuent notamment à fabriquer des anticorps qui, au lieu de défendre l’organisme, peuvent s’attaquer à ses propres tissus. En éliminant une grande partie de ces cellules, l’objectif est donc de casser le mécanisme qui entretient la maladie et de permettre au système immunitaire de repartir sur de meilleures bases. C’est ce qui distingue cette approche des traitements habituels. Plutôt que de seulement freiner l’inflammation sur la durée, les chercheurs tentent ici d’agir plus profondément sur certaines cellules qui alimentent la réaction auto-immune.

Une seule perfusion et trois rémissions

L’étude a été menée auprès de six patients, trois femmes et trois hommes, tous atteints d’une forme sévère de polyarthrite rhumatoïde. Malgré plusieurs traitements déjà essayés, leur maladie restait active. Avant de recevoir la nouvelle thérapie, les participants ont arrêté leurs médicaments habituels contre la polyarthrite. Ils ont ensuite reçu pendant quelques jours un traitement destiné à réduire temporairement certaines de leurs cellules immunitaires afin de préparer leur organisme, puis une seule perfusion de cellules CAR-T.

Les patients ont été suivis pendant 36 à 52 semaines. Au terme du suivi, la maladie avait reculé chez les six participants, malgré l’arrêt de leurs traitements habituels. Les résultats sont particulièrement marqués chez trois d’entre eux. La maladie était devenue suffisamment faible pour qu’ils soient considérés en rémission, avec une amélioration d’au moins 70 % de plusieurs signes utilisés par les médecins pour suivre la polyarthrite.

Le système immunitaire peut-il repartir sur de meilleures bases ?

Au-delà de l’amélioration observée chez les patients, les chercheurs ont constaté des changements importants dans leur système immunitaire après la perfusion. Le traitement a éliminé une grande partie des cellules qui participent au dérèglement à l’origine de la polyarthrite. Dans le même temps, certains anticorps qui s’attaquent par erreur à l’organisme et sont associés à la maladie ont fortement diminué. Chez plusieurs patients, ils sont même devenus indétectables.

C’est tout l’intérêt de cette approche. Plutôt que de seulement calmer l’inflammation, comme le font de nombreux traitements, elle pourrait agir directement sur certaines cellules qui entretiennent la maladie. L’objectif serait ainsi de permettre au système immunitaire de repartir sur de meilleures bases après le traitement. Une sorte de « remise à zéro » partielle, même si l’expression doit être prise avec précaution. Les CAR-T n’effacent pas l’ensemble du système immunitaire, mais pourraient modifier durablement certaines des cellules responsables de son dérèglement.

Quels sont les risques de cette thérapie ?

La thérapie CAR-T reste un traitement lourd qui demande une surveillance médicale étroite. Les cellules du patient doivent d’abord être prélevées, modifiées en laboratoire puis réinjectées. Un traitement est également administré quelques jours avant la perfusion pour préparer l’organisme. Comme tout traitement, les CAR-T peuvent entraîner des effets indésirables. Dans cette étude, les chercheurs ont notamment observé :

  • chez les six patients, une réaction inflammatoire pouvant provoquer de la fièvre ou une baisse de la tension, restée légère à modérée
  • chez un patient, une hausse importante de certains marqueurs du foie, revenue ensuite à la normale sans séquelle
  • aucune complication neurologique ni effet indésirable grave chez les six participants

Ces premiers résultats sont donc plutôt rassurants sur la tolérance du traitement à court terme. Mais avec seulement six patients et moins d’un an de recul, il est encore impossible d’évaluer précisément tous les risques de cette thérapie, notamment sur le long terme.

Quand ce traitement pourrait-il être disponible ?

Pour l’instant, ce traitement n’est pas disponible contre la polyarthrite rhumatoïde. L’étude actuelle correspond à une phase 1, la toute première étape des essais chez l’être humain. Elle sert avant tout à vérifier que le traitement peut être utilisé sans provoquer de risques trop importants.

Place désormais à la phase 2. Elle permettra de tester la thérapie chez davantage de patients et de voir si les résultats observés jusqu’ici se confirment. Si c’est le cas, une phase 3, menée à beaucoup plus grande échelle et avec un groupe de comparaison, pourra ensuite être nécessaire pour déterminer si le traitement fait réellement mieux que les solutions déjà disponibles. Le chemin est donc encore long avant une éventuelle arrivée chez le rhumatologue. Mais si les prochaines étapes sont concluantes, cette thérapie pourrait offrir une nouvelle solution aux patients dont la maladie résiste aux traitements actuels.

À SAVOIR 

Certains patients atteints de polyarthrite rhumatoïde souffrent également du syndrome de Gougerot-Sjögren, une maladie qui diminue notamment la production de larmes et de salive. Elle peut entraîner une sécheresse importante des yeux et de la bouche, et favoriser l’apparition de caries.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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