Des plaquettes de médicaments non utilisés, encore dans leur date de validité, s'apprêtent à être détruites.
Près de quatre médicaments sur dix rapportés en pharmacie sont encore non périmés, mais tous sont systématiquement détruits. © Magnific

Chaque année, des millions de boîtes de médicaments quittent les armoires à pharmacie des Français pour finir à l’incinérateur. Le 24 juin 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Assurance maladie ont dévoilé les résultats de l’étude PERIMED. En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées dans les pharmacies françaises puis détruites, représentant un coût estimé à 517 millions d’euros par an pour l’Assurance maladie. 

Chaque année, des millions de boîtes de médicaments sont délivrées en France, mais toutes ne seront jamais utilisées. Une partie finit oubliée dans les armoires à pharmacie avant d’être rapportée en officine, où elle est systématiquement détruite.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l’Assurance maladie ont mesuré précisément l’ampleur de ce phénomène. Les résultats de l’étude PERIMED, publiés le 24 juin 2026, révèlent un gaspillage encore massif, aux conséquences sanitaires, économiques et environnementales, malgré une baisse observée ces dernières années.

Plus de 7 600 tonnes de médicaments finissent à la destruction

Selon les résultats de l’étude PERIMED, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées dans les pharmacies françaises en 2024 avant d’être éliminées. Ces médicaments avaient pourtant été délivrés à des patients. Certains traitements ont été interrompus parce que l’état de santé s’est amélioré plus rapidement que prévu, et tant mieux. D’autres ont été remplacés par un nouveau médicament, provoqué des effets indésirables ou simplement été oubliés dans une armoire à pharmacie. Dans tous les cas, ils n’ont jamais été consommés jusqu’au bout.

Une fois rapportés à l’officine, ces médicaments sont pris en charge par Cyclamed, l’éco-organisme agréé par les pouvoirs publics chargé d’organiser leur collecte auprès des pharmacies. Ils sont ensuite acheminés vers des unités d’incinération spécialisées où ils sont détruits dans des conditions sécurisées. La chaleur dégagée par cette combustion est récupérée pour produire de l’énergie, notamment sous forme de chaleur ou d’électricité, c’est ce que l’on appelle la valorisation énergétique.

Un demi-milliard d’euros de médicaments remboursés… mais jamais consommés

Au-delà des milliers de tonnes de médicaments détruits, l’étude PERIMED met en lumière leur coût pour les finances publiques. Selon l’ANSM et l’Assurance maladie, les médicaments non utilisés rapportés en pharmacie représentent 517 millions d’euros de dépenses chaque année pour l’Assurance maladie. Cette estimation correspond à la valeur des médicaments remboursés puis finalement non consommés par les patients avant d’être rapportés en officine. En revanche, elle n’inclut ni les médicaments achetés sans ordonnance, ni ceux conservés à domicile ou jetés en dehors de la filière Cyclamed.

Aussi, 278 millions d’euros, soit plus de la moitié de ce coût, concernent des médicaments encore non périmés au moment de leur retour en pharmacie. Autrement dit, une part importante des traitements détruits était toujours dans sa période de validité, même si la réglementation interdit leur redistribution afin de garantir leur qualité, leur traçabilité et leur sécurité d’utilisation.

Quatre boîtes sur dix sont encore dans leur date de péremption

Selon l’étude PERIMED, 39 % des boîtes rapportées en pharmacie n’étaient pas encore périmées. Autrement dit, près de quatre médicaments sur dix détruits étaient toujours dans leur période de validité. Mais alors, pourquoi ne sont-ils pas redistribués à d’autres patients ? La réponse tient aux exigences de sécurité sanitaire. En France, un médicament qui a quitté la pharmacie ne peut légalement pas être remis dans le circuit de dispensation, même s’il est encore scellé et dans son emballage d’origine.

En effet, il est impossible de garantir qu’il a été conservé dans des conditions conformes aux recommandations du fabricant. Une exposition prolongée à une température trop élevée, à l’humidité, à la lumière ou encore un stockage inadapté peuvent altérer sa qualité, son efficacité ou sa sécurité, parfois sans modification visible de son aspect. Faute de pouvoir vérifier son historique de conservation, la réglementation impose donc sa destruction. Ce principe de précaution vise à garantir que chaque patient reçoit un médicament dont la qualité pharmaceutique est pleinement assurée.

Près de sept médicaments rapportés sur dix avaient été prescrits par un médecin

Contrairement à une idée reçue, le gaspillage ne concerne pas principalement les médicaments achetés en automédication. Selon l’étude PERIMED, près de 70 % des médicaments rapportés en pharmacie avaient été délivrés sur ordonnance, après une prescription médicale. Plusieurs situations peuvent expliquer qu’un traitement ne soit pas consommé jusqu’à son terme. L’état de santé du patient peut s’améliorer plus rapidement que prévu, le médecin peut décider de modifier ou d’interrompre le traitement, des effets indésirables peuvent conduire à son arrêt, ou encore une hospitalisation ou le décès du patient peuvent rendre les médicaments restants inutiles.

Le gaspillage médicamenteux ne résulte donc pas uniquement d’un manque d’observance ou d’un oubli des patients. Il reflète aussi la difficulté d’ajuster avec précision les quantités prescrites à l’évolution parfois imprévisible d’une maladie, tout en garantissant la continuité des soins et en évitant les ruptures de traitement.

Certaines familles de médicaments reviennent beaucoup plus souvent

Selon l’ANSM, quatre grandes familles thérapeutiques représentent près de 80 % des médicaments rapportés :

  • les médicaments destinés aux maladies respiratoires ;
  • les médicaments du système digestif ;
  • les médicaments agissant sur le système nerveux ;
  • les traitements cardiovasculaires.

Parmi les molécules les plus fréquemment retrouvées figurent notamment le paracétamol, le tramadol, le macrogol, utilisé contre la constipation, ainsi que l’amoxicilline, l’un des antibiotiques les plus prescrits en France. Ces résultats reflètent avant tout les traitements les plus couramment utilisés par la population française, mais ils permettent aussi d’identifier les domaines dans lesquels des marges de progression existent pour limiter le gaspillage.

Entre 2022 et 2024, le volume de médicaments rapportés en pharmacie a diminué d’environ 30 %. Cette baisse pourrait s’expliquer par plusieurs évolutions : 

  • une meilleure adaptation des prescriptions, 
  • des conditionnements parfois plus proches des durées de traitement, 
  • une sensibilisation accrue des professionnels de santé,
  • des patients ou encore une évolution des pratiques médicales.

Pour autant, les autorités estiment que le potentiel d’amélioration reste important. L’ANSM et l’Assurance maladie souhaitent notamment encourager des prescriptions plus adaptées, renforcer le bon usage des médicaments et poursuivre les actions de sensibilisation auprès des professionnels comme du grand public.

Certains pourraient être tentés de conserver leurs médicaments « au cas où » ou de les jeter à la poubelle. Pourtant, aucune de ces solutions n’est recommandée. Conserver des médicaments inutilisés augmente le risque d’automédication inappropriée, d’erreurs de traitement ou d’intoxication accidentelle, notamment chez les jeunes enfants. Les jeter dans les ordures ménagères ou dans les canalisations peut également contribuer à la pollution de l’environnement par des résidus médicamenteux.

Le bon réflexe reste donc de les rapporter à son pharmacien, qui les orientera vers la filière Cyclamed. Même si ces médicaments sont ensuite détruits, cette procédure garantit une élimination sécurisée et limite leur impact environnemental. Un médicament n’est jamais un produit de consommation ordinaire. Sa fabrication mobilise des ressources, son remboursement représente un coût pour la collectivité et son élimination nécessite une filière spécifique. Réduire le gaspillage ne signifie donc pas seulement faire des économies, c’est aussi mieux utiliser les traitements, éviter les prescriptions inutiles et préserver des ressources qui bénéficient à l’ensemble du système de santé français.

À SAVOIR 

Lorsque vous rapportez des médicaments inutilisés en pharmacie, conservez-les dans leur emballage d’origine, mais retirez les cartons d’emballage et les notices, qui doivent être recyclés avec le papier. En revanche, les aiguilles, seringues, lancettes ou stylos injecteurs ne doivent jamais être déposés dans la borne Cyclamed : ils relèvent d’une autre filière de collecte, Dastri, afin d’éviter tout risque de blessure pour les personnes chargées du tri.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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