
Votre genou se relâche parfois, gonfle après l’effort ou vous donne une sensation d’instabilité étrange, sans douleur intense : le choc a été léger, et vous pensez à une simple entorse ou à une banale blessure sportive. Vous êtes peut-être pourtant victime sans le savoir d’une rupture du ligament croisé antérieur, qui ne se manifeste pas toujours, contrairement aux idées reçues, de manière brutale et douloureuse. Le point, pour mieux reconnaître cette blessure insidieuse et éviter ainsi un diagnostic tardif.
On associe souvent les ligaments croisés au ski ou au football. La rupture du ligament croisé antérieur n’est pourtant pas réservée aux pistes enneigées ou aux parties de foot entre copains. Un simple accident du quotidien, à l’image d’une chute en trottinette ou à vélo, peut suffire à provoquer une atteinte de cette structure essentielle du genou.
Un stabilisateur central souvent méconnu
Le ligament croisé antérieur relie le fémur (l’os de la cuisse) au tibia (l’os de la jambe). Situé au cœur du genou, il empêche le tibia de glisser vers l’avant et contrôle les pivots. Avec le ligament croisé postérieur, il forme le pivot central (le système de maintien principal du genou).
Lorsqu’il est rompu, le genou peut fonctionner, mais il perd sa solidité. Contrairement aux idées reçues, la rupture n’est pas toujours douloureuse. Certains ressentent un simple craquement suivi d’un gonflement modéré, ce qui explique pourquoi le diagnostic est parfois posé des semaines plus tard.
Les signes discrets qui doivent alerter
L’instabilité : cette sensation correspond à une impression que le genou ne “tient pas”, notamment lors des mouvements de rotation. Elle est le signe d’une laxité ligamentaire (un jeu excessif entre les os lorsque le ligament ne joue plus son rôle)
L’épanchement articulaire : ce gonflement du genou après l’effort est dû à une accumulation de liquide synovial, le lubrifiant naturel de l’articulation, sécrété en excès lorsque le genou souffre.
La perte de confiance : le patient évite inconsciemment certains appuis pour protéger son genou, ce qui crée un déséquilibre des muscles comme le quadriceps (muscle de l’avant de la cuisse).
Pourquoi le diagnostic est-il parfois tardif ?
Dans les jours suivant le choc, le gonflement masque les signes. Les radiographies, utiles pour les fractures, ne montrent pas les tissus mous.
Seule l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique, une photo précise des tissus grâce à des aimants) permet de confirmer la lésion et de vérifier l’état du ménisque (le petit coussin en caoutchouc qui amortit les chocs entre les os).
Les risques d’un ligament non traité
Un genou instable s’use prématurément. À long terme, cela favorise l’arthrose (la dégradation irrémédiable du cartilage qui recouvre les os). Sans stabilisation, la pression sur l’articulation peut être multipliée par trois lors de la marche.
L’usure prématurée (arthrose): ce glissement permanent provoque la dégradation irrémédiable du cartilage (la couche protectrice des os). À long terme, cela favorise une gonarthrose précoce, transformant un genou de 30 ans en un genou de 60 ans en seulement quelques années.
La multiplication des pressions : sans la stabilisation du ligament, la pression exercée sur l’articulation peut être multipliée par trois lors d’une simple marche. Ce surplus de poids écrase les ménisques (les coussinets amortisseurs du genou), augmentant le risque de fissures ou de déchirures méniscales secondaires.
L’instabilité chronique : au-delà de la douleur, c’est l’insécurité qui s’installe. Le genou peut “lâcher” lors d’un simple changement de direction dans la vie quotidienne, provoquant de nouvelles chutes et des blessures associées.
Que faire en cas de doute ?
Il ne faut jamais banaliser un genou qui “lâche”. Selon votre profil, un spécialiste pourra proposer :
Un traitement fonctionnel : il repose sur des séances de kinésithérapie où le patient réalise des exercices de proprioception (des mouvements d’équilibre pour réapprendre au cerveau à contrôler la position du genou) afin que les muscles de la jambe compensent l’absence du ligament et stabilisent naturellement l’articulation lors des mouvements quotidiens.
Une ligamentoplastie : il s’agit d’une opération chirurgie réalisée sous arthroscopie. Le chirurgien utilise une mini-caméra et des instruments de précision introduits par de petites incisions (des ouvertures millimétriques dans la peau qui évitent d’ouvrir largement l’articulation) afin de remplacer le ligament rompu par une greffe prélevée sur un autre tendon.
Cette intervention permet de reconstruire physiquement le pivot central du genou pour restaurer une stabilité mécanique parfaite, indispensable pour la reprise d’une activité physique, y compris et surtout des sports de pivot comme le football ou le ski !
À SAVOIR
Selon la médecine du sport, le ski est la discipline la plus risquée pour le LCA, avec plus de 16 000 ruptures recensées chaque hiver en France. Cependant, grâce aux progrès de la chirurgie et de la rééducation, l’immense majorité des passionnés retrouve les pistes en toute sécurité. Une blessure bien soignée est aujourd’hui le point de départ d’une reprise sportive réussie !







