Elles vivent en moyenne cinq à six ans de plus que les hommes, et cela depuis des décennies. En France comme ailleurs, l’écart d’espérance de vie entre les sexes reste tenace. Mais pourquoi ? On vous explique.
En 2024, l’espérance de vie à la naissance atteignait 85,6 ans pour les femmes contre 80,0 ans pour les hommes. Les Françaises vivent donc 5,6 ans de plus que les Français selon l’Insee.
Cette différence ne date pas d’hier, elle existe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’écart s’est même creusé jusque dans les années 1980 avant de se stabiliser. Aujourd’hui, malgré les progrès médicaux, les campagnes de prévention et la baisse du tabagisme, les hommes continuent de mourir plus jeunes.
Longévité : le rôle de la biologie
Une question de chromosomes
Sur le plan biologique, les femmes disposent d’un petit avantage structurel. Elles possèdent deux chromosomes X (XX), tandis que les hommes sont porteurs d’un X et d’un Y (XY). Le chromosome X contient de nombreux gènes essentiels à la survie et à la réparation cellulaire. Lorsqu’une mutation délétère touche un gène sur le chromosome X, les femmes ont un second exemplaire capable de compenser cette faiblesse. Les hommes, eux, ne l’ont pas.
Cette hypothèse dite du « sexe hétérogamétique » a été confirmée dans une étude menée par le Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology. Les chercheurs ont étudié 1 176 espèces de mammifères et d’oiseaux vivant en captivité, pour limiter les biais environnementaux. Résultat, chez les mammifères (dont l’humain), les femelles vivent en moyenne 12 % plus longtemps que les mâles.
Chez les oiseaux, c’est l’inverse. Les mâles vivent un peu plus longtemps. Pourquoi ? Parce que chez eux, la femelle est hétérogamétique (ZW) et le mâle homogamétique (ZZ). Autrement dit, le sexe doté d’un double chromosome identique semble systématiquement bénéficier d’une meilleure résistance biologique.
Les hormones complètent cette explication
Les œstrogènes, présents à un niveau bien plus élevé chez les femmes avant la ménopause, ont un effet protecteur reconnu sur le système cardiovasculaire. Ils favorisent une meilleure élasticité des artères et un profil lipidique plus sain. À l’inverse, la testostérone, plus abondante chez les hommes, tend à accroître la pression artérielle et à influencer certains comportements à risque.
Ces mécanismes hormonaux expliquent en partie pourquoi les maladies cardiovasculaires frappent plus tôt et plus sévèrement les hommes selon l’Inserm.
Les comportements et le mode de vie : l’autre moitié de l’histoire
Si les femmes vivent plus longtemps, c’est aussi parce qu’elles se tuent moins vite. Les statistiques françaises montrent que les comportements à risque restent plus fréquents chez les hommes. Ils fument davantage, consomment plus d’alcool, sont plus souvent impliqués dans des accidents mortels et se suicident trois fois plus que les femmes.
À cela s’ajoute une dimension sociale. Les hommes consultent en moyenne moins leur médecin, participent moins aux campagnes de dépistage et ont tendance à minimiser les premiers signes de maladie. Les femmes sont plus attentives à leur santé, notamment en raison du suivi gynécologique régulier. Les hommes, eux, ont souvent un rapport plus distancié au soin.
Le travail pèse aussi dans la balance. L’INSEE rappelle que l’espérance de vie varie fortement selon la catégorie socio-professionnelle. Un cadre masculin vit en moyenne cinq ans de plus qu’un ouvrier. Or, les métiers physiquement pénibles ou exposés aux risques demeurent encore majoritairement masculins.
Une question d’évolution aussi
Sur le plan évolutif, les chercheurs avancent une idée simple : les femelles des espèces à reproduction sexuée ont souvent un intérêt biologique à vivre plus longtemps. Elles portent et élèvent les petits, ce qui confère un avantage adaptatif à la longévité. Les mâles, eux, investissent davantage dans la compétition ou la séduction, souvent au prix d’une santé plus fragile.
Chez l’humain, cette logique ancestrale a peut-être laissé des traces. Même si nous vivons dans un monde médicalisé, nos organismes demeurent le produit de millions d’années d’évolution. Cette différence n’a donc rien de culturel uniquement, elle est profondément inscrite dans notre biologie.
L’espérance de vie : vers un rapprochement ?
L’écart d’espérance de vie entre femmes et hommes tend à se réduire lentement. Dans les années 1990, il dépassait encore sept ans ; il est aujourd’hui proche de cinq ans et demi. Les comportements masculins évoluent, la prévention progresse et la médecine devient plus égalitaire.
Mais cette convergence s’explique aussi par un phénomène moins réjouissant. Depuis vingt ans, la santé des femmes, notamment issues de milieux modestes, s’est un peu dégradée (augmentation du tabagisme féminin, surcharge mentale, stress chronique). Les chercheurs de l’Inserm appellent d’ailleurs à une prise en compte systématique du sexe et du genre dans les politiques de santé.
À SAVOIR
Plusieurs études en psychologie et en santé publique montrent que les hommes ont tendance à prendre davantage de risques inutiles : conduite dangereuse, consommation excessive d’alcool, paris risqués, sports extrêmes…
Une étude britannique parue dans le British Medical Journal (BMJ, 2014) a même analysé des centaines de cas réels de morts absurdes répertoriées dans les “Darwin Awards”, qui récompensent ironiquement ceux morts en accomplissant des actes particulièrement stupides. Près de 90 % des lauréats étaient des hommes.








