Une pile de vaisselle ancienne empoisonnée aux métaux lourds comme le plomb, l'arsenic ou le cadmium.
De nombreux objets en céramique ou en faïence fabriqués avant le milieu du 20ᵉ siècle ont été émaillés avec des métaux lourds comme le plomb et le cadmium. © Freepik

Sous l’émail de la vaisselle ancienne peut se cacher du plomb, du cadmium, et parfois de l’arsenic, qui, invisibles, peuvent migrer insidieusement vers nos aliments. En pleine explosion du “vintage”, les experts tirent la sonnette d’alarme et appellent à la vigilance.

Brocantes, marchés aux puces, réseaux sociaux… La vaisselle ancienne a le vent en poupe. Qu’elle soit héritée ou chinée, chaque pièce ramène dans nos cuisines des objets produits à une époque où la sécurité sanitaire des émaux n’était pas une priorité réglementaire.

Depuis plusieurs décennies, les industriels utilisaient du plomb pour obtenir des émaux brillants et des couleurs éclatantes à basse température. Le cadmium, un métal lourd aujourd’hui classé cancérogène, entrait quant à lui dans la composition des teintes rouge-orangé particulièrement prisées. Quant à l’arsenic, bien moins courant, il fait parfois partie de certains pigments ou traitements anciens.

Les métaux lourds auraient la capacité de se libérer de l’émail pour migrer dans les aliments qui touchent la vaisselle. C’est ce que montre une enquête récente menée par 60 millions de consommateurs sur une centaine de pièces anciennes. Des niveaux préoccupants de plomb et de cadmium ont été détectés dans les émaux, avec des taux susceptibles de migrer dans la nourriture.

Et contrairement à ce que beaucoup espèrent, ce n’est pas seulement une question de fissures visibles. Même des assiettes apparemment intactes peuvent céder leurs métaux au contact de la nourriture. L’acidité des aliments (comme une salade vinaigrée), la chaleur d’un plat encore tiède ou une cuisson préalable dans ces récipients ne facilitent que trop bien cette migration.

Certaines formes de plomb ou de cadmium peuvent se dissoudre au contact d’acides organiques, puis se retrouver dans l’aliment, qui finit dans notre organisme.

Le plomb : un neurotoxique avéré

Longtemps utilisé dans les émaux de céramique, le plomb est aujourd’hui reconnu comme un neurotoxique environnemental majeur. Il s’accumule progressivement dans l’organisme, souvent sans symptôme immédiat. À long terme, une exposition répétée peut provoquer un saturnisme, une intoxication chronique qui altère le fonctionnement du système nerveux.

Chez l’enfant, les conséquences sont bien documentées : baisse des capacités intellectuelles, troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage. Chez l’adulte, l’exposition chronique est associée à des atteintes rénales, une hypertension et un risque cardiovasculaire accru.

Le cadmium : un cancérogène qui s’invite à table

Le cadmium est classé cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il a longtemps été utilisé pour fixer les pigments rouges et orangés de certains émaux anciens. Ce métal lourd s’accumule durablement dans l’organisme, principalement dans les reins et les os, où son élimination peut prendre plusieurs années, voire des décennies.

Une exposition chronique au cadmium est associée à des atteintes rénales, à une diminution de la densité osseuse et à une augmentation du risque de fractures. Des effets sur le système reproducteur ont également été mis en évidence lorsque l’exposition se prolonge dans le temps.

L’arsenic : un invité plus rare, mais tout aussi préoccupant

Moins connu du grand public dans le contexte de la vaisselle, l’arsenic n’est pourtant pas absent de certaines pratiques anciennes liées aux pigments et aux arts décoratifs. Il peut être présent dans quelques pièces très anciennes ou de fabrication artisanale, bien que de manière plus ponctuelle que le plomb ou le cadmium.

Lorsque c’est le cas, l’arsenic inorganique fait partie des substances classées cancérogènes pour l’humain. Une exposition chronique peut également entraîner des atteintes cutanées, cardiovasculaires ou neurologiques. Là encore, le risque ne réside pas dans un usage occasionnel, mais dans une exposition répétée et silencieuse, difficile à percevoir au quotidien.

Inutile de se débarrasser de toute votre vaisselle ancienne. En revanche, son usage alimentaire doit être réévalué. Les autorités sanitaires déconseillent de l’utiliser pour cuisiner, réchauffer ou servir des aliments acides ou chauds, car ces conditions favorisent la migration du plomb ou du cadmium.

Pour les pièces auxquelles vous tenez, faites analyser l’émail en laboratoire pour vérifier s’il libère des métaux lourds. Ce test, certes payant, offre une garantie réelle que l’inspection visuelle ne peut apporter.

Pour le reste, le plus prudent reste de réserver ces objets à un usage décoratif, ou à des usages sans contact direct avec les aliments. Une manière de profiter du charme du vintage, sans en subir les risques.

À SAVOIR 

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’alimentation est aujourd’hui la principale source d’exposition au plomb et au cadmium pour les Européens. L’agence précise même qu’aucun seuil n’est considéré comme sûr pour le plomb chez l’enfant.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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