Mortalité périnatale : pourquoi la France fait-elle désormais partie des mauvais élèves en Europe ?

le 7 juillet 2026 à 17h26
Un nourrisson qui s'accroche à la main de sa mère.
En 2024, en France, 7 398 enfants sont nés sans vie ou nés vivants et décédés dans leur première semaine de vie, pour 661 822 naissances totales. © Magnific
La situation continue de se dégrader. Après être passé de 10,2 décès pour 1 000 naissances en 2021 à 10,5 ‰ en 2022 puis 10,6 ‰ en 2023, le taux de mortalité périnatale a atteint 11 ‰ en 2024, selon l'Insee. Un niveau préoccupant qui place désormais la France parmi les pays les moins bien classés d'Europe en matière de santé périnatale.
Sommaire

Longtemps considérée comme l’un des pays les plus performants au monde en matière de suivi de la grossesse et de prise en charge des nouveau-nés, la France voit aujourd’hui ses indicateurs périnataux se détériorer. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’accentue. Les chiffres publiés par l’Insee le 7 juillet 2026 montrent qu’en 2024, la mortalité périnatale s’établissait à 11 décès pour 1 000 naissances, contre 10,6 l’année précédente.

Cette évolution interpelle d’autant plus que, dans la plupart des pays européens comparables, les indicateurs restent stables ou s’améliorent. Depuis plusieurs années, les professionnels de santé, les chercheurs et les institutions sanitaires alertent sur une dégradation progressive de la santé périnatale française. Plusieurs rapports récents, notamment ceux de la Cour des comptes (2024), de Santé publique France ou encore de l’Inserm, soulignent que cette évolution ne peut plus être considérée comme une simple fluctuation statistique.

Que mesure exactement la mortalité périnatale ?

L’indicateur de mortalité périnatale comptabilise les décès qui surviennent autour de la naissance et comprend :

  • les enfants mort-nés, c’est-à-dire les bébés nés sans vie après au moins 22 semaines d’aménorrhée ou pesant au moins 500 grammes à la naissance, conformément aux critères internationaux retenus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ;
  • les décès néonatals précoces, c’est-à-dire les décès survenant au cours des sept premiers jours de vie.

Parce qu’elle englobe toute la période entourant l’accouchement, la mortalité périnatale est considérée comme un véritable baromètre de la qualité de la prise en charge périnatale. Son évolution renseigne non seulement sur le suivi médical de la grossesse, le déroulement de l’accouchement ou les soins apportés aux nouveau-nés les plus fragiles, mais aussi sur des enjeux plus larges, comme l’état de santé des femmes enceintes, les inégalités sociales, l’accès aux maternités ou encore l’organisation du système de santé.

Pourquoi la France peine-t-elle à faire reculer la mortalité périnatale ?

Une dégradation qui s’installe depuis plusieurs années

Depuis une quinzaine d’années, plusieurs indicateurs de santé périnatale évoluent dans le mauvais sens en France. Selon les données de l’Insee, la mortalité infantile, qui correspond aux décès avant l’âge d’un an, est elle aussi repartie à la hausse, passant de 3,5 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2011 à 4,1 en 2024.

Les comparaisons européennes sont particulièrement préoccupantes. Alors que la France figurait autrefois parmi les pays les plus performants, elle se situe désormais dans le bas du classement de l’Union européenne sur plusieurs indicateurs de mortalité autour de la naissance, selon les données d’Eurostat et du projet européen Euro-Peristat. Pour la Cour des comptes, dans un rapport publié en 2024 consacré à la politique de périnatalité, cette situation traduit une véritable dégradation du système de prise en charge plutôt qu’un simple effet statistique.

Des grossesses de plus en plus complexes

Une partie de cette évolution s’explique par les transformations démographiques observées depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, les femmes deviennent mères plus tard. Selon l’Insee, l’âge moyen à l’accouchement dépasse désormais 31 ans. Or, avec l’âge augmentent certains risques obstétricaux : 

Parallèlement, davantage de femmes présentent des maladies chroniques avant leur grossesse, comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension artérielle. Ces pathologies peuvent compliquer le déroulement de la grossesse et accroître le risque de complications pour le bébé. Les progrès de la médecine jouent également un rôle paradoxal. Les techniques d’assistance médicale à la procréation permettent aujourd’hui à davantage de couples d’avoir un enfant, mais elles concernent souvent des grossesses plus fragiles, nécessitant un suivi renforcé.

La prématurité reste un enjeu majeur

Parmi les principales causes de décès périnataux figure la prématurité, c’est-à-dire une naissance avant 37 semaines de grossesse. Selon Santé publique France, environ 7 à 8 % des naissances sont prématurées chaque année en France, soit près d’un bébé sur douze. Or, plus un enfant naît tôt, plus ses organes sont immatures. Les poumons, le cerveau, le système digestif ou encore le système immunitaire ne sont pas encore pleinement développés, ce qui augmente fortement le risque de détresse respiratoire, d’infections, d’hémorragies cérébrales ou de complications digestives. Le risque est particulièrement élevé chez les très grands prématurés, nés avant 28 semaines de grossesse.

Les progrès de la médecine néonatale ont permis d’améliorer considérablement leur prise en charge. Les unités de réanimation disposent aujourd’hui d’équipements très performants et de traitements qui permettent de sauver des bébés de plus en plus petits. Malgré ces avancées, certains nouveau-nés, en raison de leur extrême fragilité ou de complications sévères, ne survivent malheureusement pas. La prévention de la prématurité demeure donc l’un des principaux défis de la santé périnatale.

Un système de maternité sous tension

Les spécialistes mettent aussi en avant des difficultés croissantes d’organisation du système de santé. Depuis plusieurs années, de nombreuses maternités ferment ou fusionnent, principalement dans les territoires ruraux. L’objectif est souvent de concentrer les équipes afin d’améliorer la sécurité des accouchements. Mais cette réorganisation allonge parfois considérablement les temps de trajet pour les femmes enceintes. Dans le même temps, les maternités font face à des pénuries de professionnels : 

  • sages-femmes, 
  • obstétriciens, 
  • anesthésistes,
  • pédiatres. 

Dans son rapport de 2024, la Cour des comptes souligne que ces difficultés peuvent limiter l’accès à un suivi régulier, notamment dans certaines zones géographiques déjà fragiles. Les tensions hospitalières observées depuis la pandémie de Covid-19 n’ont fait qu’accentuer ces difficultés.

Les inégalités sociales pèsent lourdement

Tous les bébés ne naissent pas avec les mêmes chances. Selon les travaux de Santé publique France et de l’Inserm, les conditions sociales influencent fortement le déroulement de la grossesse. Les femmes vivant dans des situations de précarité consultent parfois plus tardivement, renoncent à certains examens ou rencontrent davantage de difficultés pour accéder à des professionnels spécialisés.

Le tabagisme pendant la grossesse, certaines consommations d’alcool ou de drogues, une alimentation déséquilibrée ou encore un suivi prénatal incomplet augmentent également les risques de complications. Les inégalités territoriales viennent s’ajouter à ces facteurs : selon le lieu de résidence, l’offre de soins peut être très différente.

Mortalité périnatale : peut-on inverser la tendance ?

Le temps presse. Car si la hausse de la mortalité périnatale s’explique en partie par des grossesses de plus en plus complexes, elle n’est pas une fatalité. De nombreux décès pourraient être évités grâce à une meilleure prévention et à une prise en charge plus précoce des femmes les plus à risque. Les pistes d’amélioration sont désormais bien identifiées : 

  • renforcer le suivi des grossesses vulnérables, 
  • garantir un accès rapide à une maternité de proximité, 
  • lutter contre les déserts médicaux, 
  • développer la prévention dès le projet de grossesse,
  • mieux coordonner les différents professionnels qui accompagnent les futurs parents. 

Dans son rapport publié en 2024, la Cour des comptes appelle également à bâtir une véritable stratégie nationale de santé périnatale, assortie d’indicateurs plus précis afin d’identifier rapidement les territoires et les populations les plus fragiles.

À SAVOIR 

Le contact “peau à peau” peut améliorer les chances de survie des bébés prématurés. Depuis 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande, lorsque leur état le permet, de placer immédiatement les prématurés contre la poitrine d’un parent. Cette méthode, appelée « mère kangourou », aide à stabiliser la température, la respiration et le rythme cardiaque du nouveau-né, tout en réduisant le risque d’infections et de décès.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur

À la une

Un homme et une femme dos à dos présentant une émission de tv
Homme pointant du doigts dans avantages
groupe de personne posant devant un objectif
visuel publicitaire représentant un micro et des personnes qui échanges
personnes assises sur des chaise et lisant le magazine ma sante

Sur le même sujet