Une femme obèse hospitalisée à cause de son obésité.
Le taux d’obésité continue d’augmenter, en particulier chez les populations les plus vulnérables socio-économiquement. © Freepik

En dévoilant sa feuille de route 2026-2030 dédiée à la prise en charge de l’obésité, le gouvernement français reconnaît ce que beaucoup pressentaient déjà : l’obésité n’est plus une simple question de mode de vie, mais bien une maladie chronique de masse qui a échappé aux tentatives de prévention classiques. A-t-on encore les moyens d’enrayer le naufrage, alors que dix millions de Français sont déjà en surpoids prononcé ? Décryptage.

On a longtemps cru les Français relativement protégés. Protégés par leurs « habitudes alimentaires », leur rapport culturel à la table, leur supposé bon sens nutritionnel. Pendant que d’autres pays industrialisés voyaient leur taux d’obésité progresser à grande vitesse, la France se voulait à l’écart. 

Aujourd’hui, le constat est sans appel. Le surpoids et l’obésité se sont durablement installés dans le paysage sanitaire français. Selon l’étude ObEpi-Roche, 47 % des adultes français sont en situation de surpoids ou d’obésité, dont 18 % relèvent d’une obésité avérée (IMC ≥ 30 kg/m²). Soit près de 10 millions de personnes !

Face à cette progression continue, l’État n’a plus le choix que de changer de regard. C’est tout le sens de la feuille de route gouvernementale 2026-2030, dévoilée en janvier, qui acte une réalité longtemps minimisée. L’obésité n’est plus un phénomène marginal ni transitoire, mais une maladie chronique de masse, nécessitant une organisation spécifique des soins, au-delà des messages de prévention classiques.

Depuis plusieurs décennies, les politiques de santé publique se sont attachées à promouvoir une alimentation équilibrée et l’activité physique. Manger, bouger ; cinq fruits et légumes par jour… Des campagnes répétées, des recommandations nutritionnelles et des messages de prévention ont ponctué nos écrans et nos écoles. Et pourtant, l’obésité progresse toujours.

Pourquoi ? Parce que l’obésité n’est pas seulement une question de volonté ou de bonne hygiène de vie. Elle est le fruit d’interactions complexes entre génétique, environnement, alimentation ultra-transformée, sédentarité, conditions de vie et stress social. Autrement dit, on ne change pas une trajectoire épidémiologique simplement en martelant des slogans.

C’est précisément cette réalité qui conduit aujourd’hui à considérer l’obésité comme une maladie chronique, à l’instar du diabète ou de l’hypertension. Un état de santé durable, évolutif et susceptible de complications médicales graves, nécessitant une prise en charge à long terme et personnalisée plutôt que des solutions ponctuelles.

Feuille de route 2026-2030 : franchir un nouveau palier

Face à ce constat, l’exécutif a présenté, mi-janvier 2026, une feuille de route pour la prise en charge des personnes en situation d’obésité jusqu’à 2030. Ce plan donne une place stratégique dans la politique de santé publique, en structurant autour de quatre grands objectifs :

  • Infléchir la courbe d’évolution de l’obésité et améliorer la santé globale des personnes touchées ;
  • Renforcer l’accès à des soins personnalisés, de proximité et sur le long cours ;
  • Augmenter le nombre de professionnels formés et sensibilisés ;
  • Capitaliser sur les parcours innovants en couvrant les différents niveaux de prise en charge, du dépistage précoce au suivi spécialisé.

Au-delà des intentions, la feuille de route s’articule autour de trois axes structurants : le repérage précoce, la structuration des filières de soins et la formation des soignants.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de dire mangez, bougez, mais de penser l’obésité comme un parcours de soins, avec des acteurs identifiés, des outils, des formations, et des ressources.

Quelles mesures concrètes dans la vie des patients ?

Dans les faits, cette stratégie se traduira par une série de mesures opérationnelles :

  • consultations remboursées en diététique et psychologie, 
  • renforcement de l’offre d’activités physiques adaptées, 
  • structuration de filières sur les territoires pour garantir un suivi continu.

On attend aussi une meilleure coordination entre médecine de ville, structures hospitalières et professionnels formés, de façon à ne plus laisser un patient livré à lui-même après un diagnostic initial.

En revanche, et là se niche une des grandes zones de tension du débat, le remboursement des médicaments anti-obésité n’est pas intégré dans ce plan. Cela signifie que, pour l’instant, des traitements prometteurs mais coûteux (comme certains agonistes du GLP-1) demeurent hors de portée pour une large partie de la population faute d’accord de prise en charge par l’assurance maladie.

Si la prévention pure (campagnes de sensibilisation, recommandations alimentaires, promotion du sport) a ses vertus, elle bute sur plusieurs réalités persistantes :

Autrement dit, la prévention ne pouvait pas, à elle seule, enrayer ce phénomène. L’obésité a gagné du terrain parce que nos environnements et nos modes de vie l’ont favorisée. Et c’est bien toute la difficulté que reconnaît aujourd’hui le gouvernement.

Si la feuille de route 2026-2030 reconnaît l’obésité comme une maladie chronique digne d’une stratégie nationale, son succès dépendra de son appropriation par les professionnels, de l’allocation des moyens et de son articulation avec d’autres politiques publiques (éducation, urbanisme, alimentation).

L’enjeu ne repose plus sur une trajectoire individuelle, mais prend la forme d’un défi collectif qui touche presque un Français sur deux lorsque l’on englobe surpoids et obésité. Et comme souvent avec les maladies chroniques, la prise en charge est aussi sociale que médicale, tant la santé reflète nos modes de vie, nos conditions de travail et nos territoires.

À SAVOIR 

En France, la part des aliments ultra-transformés dans l’alimentation ne cesse d’augmenter, y compris chez les enfants. Selon les données de l’ANSES et de Santé publique France, ces produits représentent aujourd’hui environ 30 % des apports caloriques quotidiens chez l’adulte, et jusqu’à 35 % chez les enfants et adolescents.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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