
Les ventes de tabac ont encore fortement reculé en France. Selon les Douanes, les achats de cigarettes et de tabac à rouler chez les buralistes ont baissé de 8,2 % sur un an. Une tendance de fond qui dure depuis plus de quinze ans, portée par les hausses de prix, les politiques anti-tabac… mais aussi par l’essor de nouveaux modes de consommation. Explications.
Le tabac continue de perdre du terrain en France. Et c’est tant mieux pour notre santé et celle de nos enfants ! La preuve ? Ce mercredi 27 mai 2026, les Douanes françaises ont publié leurs dernières données mensuelles sur les ventes de produits du tabac chez les buralistes. Verdict, les achats de cigarettes et de tabac à rouler ont encore nettement diminué en avril 2026 par rapport à avril 2025, avec une baisse globale de 8,2 % sur un an.
Dans le détail, les ventes de cigarettes reculent de plus de 6 %, tandis que le tabac à rouler chute encore davantage. Une nouvelle baisse qui confirme une tendance désormais bien installée dans le paysage français. On fume moins qu’avant. Beaucoup moins, même.
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les ventes totales de tabac en France sont passées de plus de 65 000 tonnes en 2006 à environ 32 800 tonnes en 2024. En moins de vingt ans, le volume légal de tabac vendu dans le pays a donc été quasiment divisé par deux.
Plusieurs phénomènes se croisent : hausse répétée du prix des cigarettes, évolution du regard social sur le tabac, campagnes de prévention, développement de la cigarette électronique, mais aussi montée des achats transfrontaliers ou des marchés parallèles.
Tabac : une baisse historique des ventes depuis quinze ans
La diminution actuelle s’inscrit dans un recul beaucoup plus large amorcé dans les années 2010. Pendant longtemps, la France faisait partie des pays européens où le tabac restait fortement consommé.
Mais les politiques de santé publique ont progressivement durci le ton. Interdiction de fumer dans les lieux publics, paquet neutre, hausse régulière des prix, avertissements sanitaires renforcés… Le tabac est devenu à la fois plus cher, moins attractif et plus contraignant.
Et cela semble produire des effets réels. Selon Santé publique France, la proportion de fumeurs quotidiens chez les adultes est passée de 29,4 % en 2016 à environ 23 % en 2023.
Chez les jeunes, la baisse est également marquée. L’enquête ESCAPAD de l’OFDT montre notamment un recul important du tabagisme quotidien chez les adolescents de 17 ans depuis une dizaine d’années. Les générations les plus jeunes commencent globalement moins à fumer que leurs aînés. Un tournant majeur pour les autorités sanitaires, alors que le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France.
Selon Santé publique France, le tabac est responsable d’environ 75 000 décès chaque année dans le pays. Cancers, maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance respiratoire chronique… Les conséquences sanitaires du tabagisme restent massives.
Vente de tabac : comment expliquer cette baisse ?
Le prix des cigarettes joue un rôle clé
Difficile de parler de cette baisse sans évoquer l’éléphant au milieu du salon : le prix du paquet.
Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs cherchent à rendre le tabac progressivement moins accessible financièrement. Aujourd’hui, la plupart des paquets de cigarettes dépassent les 12 euros en France.
Or, toutes les études montrent que le prix constitue l’un des leviers les plus efficaces pour faire diminuer le tabagisme, en particulier chez les jeunes et les personnes ayant des revenus modestes.
L’OMS considère d’ailleurs l’augmentation des taxes sur le tabac comme l’une des mesures les plus efficaces pour réduire la consommation.
Pour certains fumeurs, ces hausses répétées deviennent simplement impossibles à suivre. Beaucoup réduisent leur consommation. D’autres tentent d’arrêter. Certains se tournent aussi vers des alternatives jugées moins nocives, comme la cigarette électronique.
La cigarette électronique a (aussi) changé les habitudes
Impossible également d’ignorer le rôle croissant de la vape dans cette transformation du paysage tabagique français. Selon Santé publique France, plusieurs millions de Français utilisent désormais la cigarette électronique, parfois comme outil de sevrage pour réduire ou arrêter le tabac classique.
Le vapotage ne fait pas consensus absolu dans le monde scientifique, notamment concernant ses effets à long terme. Mais de nombreuses autorités sanitaires considèrent aujourd’hui qu’il expose globalement à moins de substances toxiques que la cigarette combustible traditionnelle.
La Haute Autorité de santé (HAS) estime ainsi que la cigarette électronique peut représenter une aide pour certains fumeurs adultes engagés dans une démarche d’arrêt.
Dans les faits, beaucoup de buralistes constatent eux-mêmes cette bascule progressive. Certains clients achètent moins de cigarettes qu’avant ou alternent désormais entre tabac classique et vape.
Une génération qui change aussi son rapport au tabac
Il y a encore vingt ou trente ans, on fumait dans les cafés, dans les trains, au bureau, parfois même à l’hôpital. Certaines émissions de télévision montraient encore des animateurs ou des invités cigarette à la main en plein direct. Dans les années 1980, voir Yves Mourousi (présentateur TF1) fumer sur un plateau du journal télévisé ne choquait quasiment personne à l’époque.
Dans les années 1980 et 1990, plusieurs marques de tabac sponsorisaient aussi massivement des événements sportifs ou culturels, notamment en Formule 1 ou dans le cinéma.
Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé, surtout chez les jeunes. Selon l’enquête ESCAPAD 2022 de l’OFDT, le tabagisme quotidien des adolescents de 17 ans a été divisé par plus de deux en une dizaine d’années.
Le tabac est désormais davantage associé aux risques pour la santé, à la dépendance ou au coût financier qu’à une image glamour. Les campagnes de prévention, les photos choc sur les paquets et l’évolution des mentalités ont largement modifié le regard porté sur la cigarette.
La fumée passive est aussi beaucoup moins tolérée qu’autrefois. Pourtant, malgré cette baisse des ventes, la France reste un pays où le tabagisme demeure élevé, notamment dans les populations les plus modestes, rappelle Santé publique France.
Mais une partie du tabac échappe aux statistiques françaises
Attention toutefois, baisse des ventes ne signifie pas automatiquement disparition complète de la consommation. Car une partie du tabac consommé en France est désormais achetée hors du réseau officiel des buralistes français.
Selon une étude pilotée en 2025 par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives et la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), environ 17,7 % du marché du tabac consommé en France échapperait à la fiscalité nationale. Cela inclut notamment :
- les achats dans les pays voisins ;
- le duty free ;
- certains circuits de contrebande ou de revente illégale.
Le phénomène est particulièrement visible dans les zones frontalières, où les écarts de prix entre pays européens peuvent être très importants. En Espagne, au Luxembourg, en Belgique ou en Andorre, les cigarettes restent souvent nettement moins chères qu’en France, parfois même divisé par deux.
Certains fumeurs continuent donc à consommer autant, mais achètent ailleurs.
À SAVOIR
Le tout premier paquet de cigarettes avec photo-choc obligatoire en France n’a été commercialisé qu’en 2011. Avant cela, les avertissements sanitaires se limitaient essentiellement à de simples phrases écrites comme “Fumer tue” ou “Fumer nuit gravement à votre santé”.







