Une femme passe un scanner sans savoir que les rayons X ionisants peuvent augmenter le risque de cancer.
En moyenne, un Français passe un scanner tous les 4 à 5 ans. © Freepik

Chaque année, des millions de Français passent un scanner. Accident, suspicion d’AVC, recherche de tumeur, douleurs inexpliquées… L’examen est devenu un pilier de la médecine moderne. Mais l’irradiation liée aux scanners pourrait-elle, à long terme, favoriser certains cancers ? 

Le scanner, ou tomodensitométrie (TDM), fait aujourd’hui partie du paysage médical courant. En France, environ 15 millions de scanners ont été réalisés en 2022, selon Eurostat. En quelques minutes, il permet d’explorer le cerveau après un traumatisme, de confirmer une embolie pulmonaire, de rechercher une tumeur ou d’éclairer une douleur inexpliquée.

Mais cette performance repose sur l’utilisation de rayons X, donc de rayonnements ionisants. Or ces rayonnements, à forte dose, augmenteraient le risque de cancer. À faible dose, comme lors d’un examen d’imagerie, le risque est plus difficile à mesurer, mais il n’est pas inexistant.

Le 14 avril 2025, JAMA Internal Medicine publie une étude de modélisation sur l’exposition des Américains aux scanners en 2023. Les chercheurs y estiment :

  • 93 millions de scanners,
  • 61,5 millions de patients concernés,
  • et environ 103 000 cancers radio-induits projetés sur la durée de vie (intervalle à 90 % : 96 400 à 109 500).

Ces chiffres reposent sur les doses moyennes délivrées et sur des modèles de risque issus de données épidémiologiques. Autrement dit, il s’agit d’une projection statistique, pas d’un décompte de cancers observés. L’étude n’affirme pas qu’un examen individuel provoque un cancer, mais évalue un risque global au niveau populationnel.

Les auteurs estiment par ailleurs que, si les pratiques restaient inchangées, les scanners pourraient représenter jusqu’à 5 % des nouveaux diagnostics de cancers par an aux États-Unis. 

Les scanners utilisent des rayons X, une forme de rayonnement ionisant. Ces rayonnements ont la capacité d’arracher des électrons aux atomes. À forte dose, il peut endommager l’ADN des cellules. Si ces lésions ne sont pas correctement réparées, elles peuvent, théoriquement, favoriser le développement d’un cancer des années plus tard. Il est important de distinguer deux situations :

  • Les fortes doses, comme celles reçues lors d’accidents nucléaires ou en radiothérapie.
  • Les faibles doses répétées, comme en imagerie médicale : le risque est plus difficile à mesurer directement et repose souvent sur des modèles statistiques.

C’est précisément ce deuxième cas qui alimente le débat.

Un scanner ne provoque pas automatiquement un cancer. La probabilité qu’un examen isolé entraîne une pathologie cancéreuse est très basse. C’est l’accumulation d’examens, à l’échelle d’une population entière, qui peut devenir significative.

L’étude américaine montre que les examens les plus « contributeurs » en termes de projection de risque sont :

Certains organes seraient plus concernés dans les projections statistiques : poumon, côlon, leucémies, et chez les femmes, sein. Mais encore une fois, il s’agit de calculs probabilistes.

Les enfants sont en effet plus sensibles aux rayonnements ionisants. Leur organisme est en croissance, leurs cellules se divisent davantage, et leur espérance de vie plus longue laisse plus de temps à un éventuel cancer pour se développer.

Les publications françaises spécialisées, notamment sur le site Docteur Imago, rappellent que la vigilance est particulièrement importante en pédiatrie. Les radiologues adaptent d’ailleurs les doses aux morphologies des enfants et privilégient, quand c’est possible, l’échographie ou l’IRM, qui n’utilisent pas de rayonnements ionisants.

La médecine ne fonctionne pas sans compromis. Chaque acte comporte un bénéfice et un risque. Dans le cas du scanner, la balance penche très largement du côté du bénéfice lorsqu’il est justifié. Diagnostiquer rapidement un AVC, repérer une hémorragie interne, confirmer une embolie pulmonaire… Dans ces situations, le scanner peut sauver une vie. Le risque théorique à long terme devient alors secondaire face à l’urgence immédiate.

Le principe de radioprotection appliqué en France repose sur deux piliers :

  • La justification : ne réaliser un scanner que s’il est nécessaire.
  • L’optimisation : utiliser la dose la plus faible possible compatible avec une image exploitable.

C’est ce qu’on appelle le principe ALARA (« As Low As Reasonably Achievable », ou « Aussi bas que raisonnablement possible »). En France, l’exposition de la population aux actes d’imagerie médicale est étroitement suivie par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Selon l’Autorité de sûreté nucléaire, les actes de scanographie ont augmenté d’environ 11 % entre 2017 et 2022. Et l’augmentation du nombre d’examens est liée à plusieurs facteurs :

  • amélioration des équipements,
  • accès facilité à l’imagerie,
  • exigence diagnostique accrue,
  • médecine dite « défensive » face au risque médico-légal.

L’étude américaine ne conclut pas à un usage abusif, mais elle invite à réfléchir aux pratiques. En France, les sociétés savantes de radiologie insistent régulièrement sur la pertinence des prescriptions. L’objectif n’est pas de réduire l’accès au scanner, mais d’éviter les examens redondants ou peu utiles. 

À SAVOIR 

Selon l’IRSN, les examens d’imagerie médicale représentent environ 40 % de l’exposition totale de la population française aux rayonnements ionisants. La scanographie, à elle seule, concentre près de 70 % de cette dose médicale.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentCortisol : l’hormone du stress est-elle vraiment votre ennemie ?
Article suivantMénopause : les traitements hormonaux enfin disculpés d’un risque de surmortalité
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici