
Un saignement après être allé à la selle, une douleur persistante au niveau de l’anus ou la présence de sang dans les selles sont autant de désagréments attribués à des hémorroïdes. Pourtant, dans certains cas, ces symptômes peuvent révéler un cancer du rectum ou un cancer de l’anus. Souvent confondus, ces deux cancers correspondent pourtant à des maladies bien distinctes, avec des origines, des facteurs de risque et des traitements différents. Comment les différencier ? Quels signes doivent inciter à consulter ? Quelles sont les solutions thérapeutiques proposées selon le type de cancer ? Explications.
Du sang dans les selles, une douleur lors de la défécation, une gêne persistante au niveau de l’anus ou des troubles du transit sont souvent attribués à des hémorroïdes. Pourtant, ces symptômes peuvent parfois révéler un cancer du rectum ou un cancer de l’anus. Bien que ces deux maladies se développent à quelques centimètres l’une de l’autre, elles n’ont ni la même origine, ni le même comportement biologique, ni la même prise en charge.
Le cancer du rectum appartient à la famille des cancers colorectaux. Il apparaît généralement après la transformation progressive d’un polype (bosse interne) en tumeur maligne. Le cancer de l’anus suit un mécanisme très différent : dans la majorité des cas, il est associé à une infection persistante par certains papillomavirus humains (HPV). Cette distinction est essentielle, car elle influence directement le diagnostic, les traitements et les stratégies de prévention.
Pourquoi ces deux cancers sont-ils différents ?
Même s’ils sont anatomiquement voisins, le rectum et l’anus sont constitués de tissus très différents. Le rectum correspond à la dernière portion du gros intestin. Long d’environ quinze centimètres, il sert de zone de stockage temporaire des selles avant leur évacuation. Sa paroi est tapissée d’une muqueuse glandulaire semblable à celle du reste du côlon.
L’anus, également appelé canal anal, est beaucoup plus court puisqu’il mesure seulement trois à quatre centimètres. Sa surface est recouverte d’un tissu proche de la peau et entourée de muscles qui assurent la continence. Entre les deux se trouve une frontière anatomique appelée ligne pectinée. Cette limite marque la transition entre deux types de tissus, deux systèmes de drainage lymphatique et deux modes de propagation des cellules cancéreuses.
C’est pourquoi le cancer du rectum est le plus souvent un adénocarcinome, c’est-à -dire un cancer développé à partir de cellules glandulaires, tandis que le cancer de l’anus correspond généralement à un carcinome épidermoïde, issu des cellules de revêtement du canal anal.
Symptômes : des signaux d’alerte bien différents
Le cancer du rectum peut évoluer longtemps sans provoquer de symptômes très marqués. Les premiers signes sont souvent discrets : présence de sang dans les selles, modification durable du transit, alternance entre constipation et diarrhée, sensation d’évacuation incomplète ou encore selles devenues plus fines qu’à l’habitude. Une fatigue persistante liée à une anémie ou des douleurs abdominales peuvent également apparaître.
Le cancer de l’anus se manifeste généralement de façon plus localisée. Les patients décrivent souvent une douleur lors du passage des selles, des saignements rouge vif, des démangeaisons persistantes, une sensation de brûlure ou la présence d’une petite masse près de l’anus. Ces symptômes ressemblent fréquemment à ceux d’une maladie bénigne, ce qui explique parfois un retard au diagnostic.
Dans tous les cas, un saignement anal ou rectal qui persiste plusieurs semaines justifie une consultation médicale.
Des traitements très différents
Pour le cancer du rectum, la chirurgie constitue généralement le traitement principal. Selon le stade de la maladie, elle peut être précédée d’une association de radiothérapie et de chimiothérapie destinée à réduire le volume tumoral. Dans certaines situations très spécifiques, une surveillance étroite peut être envisagée lorsque la tumeur disparaît complètement après le traitement initial.
Le cancer de l’anus suit une logique différente. L’objectif est autant que possible de préserver le fonctionnement du sphincter anal. Pour cette raison, le traitement repose principalement sur une radiochimiothérapie associant radiothérapie et chimiothérapie. La chirurgie n’est habituellement envisagée qu’en cas de récidive ou d’échec du traitement initial.
Des causes différentes mais certains risques communs
Les facteurs de risque du cancer du rectum sont proches de ceux des autres cancers colorectaux. L’âge, le surpoids, le tabagisme, une consommation excessive d’alcool, une alimentation pauvre en fibres ou certaines prédispositions génétiques augmentent le risque de développer la maladie.
Pour le cancer de l’anus, le principal facteur de risque reste l’infection chronique par le papillomavirus humain. Certaines populations sont davantage exposées, notamment les personnes immunodéprimées ou celles présentant une infection persistante par le HPV.
Le tabac joue également un rôle important. En plus d’augmenter le risque de nombreux cancers, il affaiblit les défenses immunitaires locales et favorise la persistance du papillomavirus.
Dépistage, HPV, prévention… ce qu’il faut savoir
Le dépistage organisé du cancer colorectal concerne le cancer du rectum. En France, il repose sur un test immunologique proposé tous les deux ans aux personnes âgées de 50 à 74 ans. Ce test permet de rechercher des traces invisibles de sang dans les selles et d’identifier précocement certaines lésions précancéreuses.
Le cancer de l’anus ne bénéficie pas d’un programme national de dépistage généralisé. En revanche, un suivi proctologique spécifique peut être recommandé chez certaines personnes à risque élevé. Des examens comme l’anuscopie permettent alors de détecter plus précocement d’éventuelles anomalies.
La vaccination contre le HPV (papillomavirus) constitue aujourd’hui l’un des moyens de prévention les plus efficaces contre le cancer de l’anus. Désormais recommandée aussi bien chez les filles que chez les garçons, elle contribue à réduire la circulation des virus responsables de nombreux cancers liés au papillomavirus.
Ă€ SAVOIR
En 1974, le chirurgien américain Norman Nigro révolutionne la prise en charge du Cancer de l’anus. À une époque où le traitement reposait principalement sur l’ablation de l’anus et du rectum avec colostomie définitive, il s’appuie sur une particularité anatomique : le canal anal est constitué de tissus proches de la peau et ses tumeurs sont majoritairement des carcinomes épidermoïdes, souvent liés au HPV, contrairement aux cancers du rectum qui sont surtout des adénocarcinomes. Partant de cette observation, il développe une stratégie associant radiothérapie et chimiothérapie avant toute chirurgie. Les résultats sont remarquables : chez de nombreux patients, la tumeur disparaît sans qu’il soit nécessaire de retirer l’anus. Devenu le « protocole de Nigro », ce traitement reste aujourd’hui la référence pour la majorité des cancers de l’anus. La chirurgie est désormais réservée principalement aux cas de persistance ou de récidive de la maladie.







