
Plus de 3 millions de Français en consomment régulièrement. Les benzodiazépines et apparentés, prescrits contre l’insomnie, sont aujourd’hui pointés du doigt par une étude publiée dans Sleep. En cause, un possible lien avec un vieillissement fonctionnel plus rapide. Faut-il s’inquiéter ?
Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, nuits hachées… Avec l’âge, le sommeil se fragilise. Pour y remédier, les somnifères, notamment les benzodiazépines et médicaments apparentés comme le Zolpidem ou la Zopiclone, restent largement prescrits.
En France, leur usage est particulièrement élevé chez les personnes âgées. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), environ 3,5 millions de personnes de plus de 65 ans consomment régulièrement des médicaments de cette classe.
Mais une étude récente, publiée en 2025 dans la revue scientifique Sleep, vient suggérer que ces traitements pourraient être associés à un vieillissement fonctionnel accéléré.
Somnifères et perte d’autonomie : un déclin fonctionnel plus rapide ?
Concrètement, l’étude en question a suivi plus de 6 700 personnes âgées, sur plusieurs années. Les chercheurs ont observé trois éléments :
- la qualité du sommeil,
- la prise de somnifères,
- l’évolution des capacités fonctionnelles (se déplacer, se laver, gérer ses activités quotidiennes…).
Les participants souffrant d’insomnie et utilisant des somnifères présentaient une progression plus rapide du handicap fonctionnel. En clair, ils perdaient plus vite en autonomie.
Mais comme le rappellent les auteurs, il s’agit d’une association statistique, et non d’un lien de cause à effet démontré. Impossible donc d’affirmer que les médicaments, à eux seuls, accélèrent le vieillissement.
Plusieurs facteurs peuvent en effet entrer en jeu :
- l’insomnie elle-même, souvent liée à un état de santé plus fragile
- des maladies chroniques associées
- ou encore une moindre activité physique
Autrement dit, les somnifères pourraient être un marqueur d’un état de santé déjà dégradé, plutôt que la cause directe du déclin.
Quels sont les effets secondaires des somnifères ?
Vieillissement : de quoi parle-t-on vraiment ?
Soyons clairs, il ne s’agit pas d’un vieillissement biologique ou d’apparitions des rides, mais d’un vieillissement fonctionnel. Concrètement, cela renvoie à la capacité à :
- marcher sans aide
- effectuer les gestes du quotidien
- rester autonome chez soi
Bref,
Ce vieillissement fonctionnel est un indicateur clé en gériatrie. Et c’est justement ce type de vieillissement qui semble progresser plus rapidement chez les utilisateurs réguliers de somnifères.
Somnifères : des effets secondaires bien connus
Les benzodiazépines sont associées à plusieurs effets indésirables, particulièrement chez les personnes âgées. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et la HAS alertent depuis plusieurs années sur les risques liés à leur utilisation prolongée.
Parmi les principaux effets :
- somnolence diurne, avec baisse de vigilance
- troubles de la mémoire et de la concentration
- augmentation du risque de chutes, parfois graves
- dépendance en cas d’usage prolongé
Or, ces effets peuvent indirectement contribuer à une perte d’autonomie. Une chute, par exemple, peut entraîner une hospitalisation, puis une perte de mobilité durable.
Somnifères : une prescription encore trop fréquente
Malgré ces risques, les somnifères restent largement prescrits. D’abord parce que l’insomnie est fréquente et difficile à traiter. Ensuite parce que ces médicaments offrent une solution rapide, perçue comme efficace à court terme.
Mais les recommandations sont pourtant claires. La HAS préconise une durée de prescription limitée à quelques semaines, et uniquement en cas d’insomnie sévère.
En pratique, de nombreux patients poursuivent leur traitement bien au-delà. Une situation liée à plusieurs facteurs :
- difficulté à arrêter (effet rebond, dépendance)
- manque d’alternatives accessibles
- habitudes de prescription
Mieux dormir : des alternatives encore sous-utilisées
Heureusement, la prise en charge de l’insomnie ne repose pas uniquement sur les somnifères. L’approche la plus recommandée aujourd’hui est la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-i). Cette thérapie consiste à travailler sur les habitudes de sommeil et les pensées qui l’entourent.
Elle reste encore peu proposée en pratique, en raison d’un manque de professionnels formés et d’un accès limité à ces programmes.
En parallèle, plusieurs mesures non médicamenteuses peuvent améliorer durablement la qualité du sommeil :
- adopter des horaires de coucher et de lever réguliers
- s’exposer à la lumière naturelle en journée
- maintenir une activité physique adaptée
- réduire l’exposition aux écrans en soirée
Des leviers simples, souvent efficaces, mais qui demandent du temps, de la constance… et un peu de patience.
Faut-il arrêter les somnifères ?
Certes, la tentation peut être grande, à la lecture de ces résultats, de vouloir arrêter immédiatement son traitement. Mais les spécialistes sont formels : jamais sans accompagnement médical !
Un arrêt brutal peut entraîner des effets indésirables importants :
- anxiété
- insomnie rebond
- troubles neurologiques
La réduction doit donc être progressive, encadrée par un professionnel de santé.
À SAVOIR
Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les benzodiazépines augmentent le risque de chutes chez les personnes âgées, un facteur majeur de perte d’autonomie et d’hospitalisation après 65 ans.







