
Rester assis toute la journĂ©e, enchaĂźner les heures devant lâordinateur ou dans les transports⊠et soudain, vous avez lâimpression que les muscles de vos fesses sont absents ou complĂštement engourdis. Câest ce quâon appelle le syndrome de la fesse morte. Mais quâest-ce que câest au juste ? Et pourquoi cela arrive-t-il ? Explications.
Il suffit parfois de se lever aprĂšs une longue rĂ©union ou un trajet en voiture pour ressentir ce phĂ©nomĂšne. Les fesses paraissent molles, engourdies, comme si les muscles mettaient quelques secondes Ă se « rĂ©veiller ». Certains dĂ©crivent mĂȘme lâimpression que leurs fessiers ne participent plus vraiment au mouvement lorsquâils marchent ou montent des escaliers.
Cette sensation nâest pas quâune impression subjective. Elle peut correspondre Ă ce que les spĂ©cialistes appellent lâ« amnĂ©sie des fessiers », souvent dĂ©signĂ©e par le terme anglo-saxon dead butt syndrome.
ConcrĂštement, il sâagit dâun mauvais recrutement musculaire du grand fessier, le muscle principal de la rĂ©gion fessiĂšre. Or ce muscle est le plus volumineux et lâun des plus puissants du corps humain, indispensable Ă la stabilitĂ© du bassin et Ă la propulsion lors de la marche ou de la course.
Les fessiers, des muscles clés souvent oubliés
Les muscles fessiers (grand, moyen et petit fessier) jouent un rÎle essentiel dans la biomécanique du corps. Ils interviennent dans plusieurs fonctions fondamentales :
- lâextension de la hanche (par exemple pour se relever ou marcher)
- la stabilisation du bassin
- le maintien de la posture
- la protection du bas du dos et des genoux lors des mouvements
Le grand fessier agit comme un stabilisateur majeur de la chaĂźne postĂ©rieure, câest-Ă -dire lâensemble des muscles situĂ©s Ă lâarriĂšre du corps. Autrement dit, quand les fessiers fonctionnent correctement, ils rĂ©partissent les contraintes mĂ©caniques lors du mouvement. Quand ils sont moins actifs, cette charge est reportĂ©e sur dâautres muscles, notamment les lombaires et les ischio-jambiers.
Ce dĂ©sĂ©quilibre musculaire explique pourquoi une simple sensation de fesses « endormies » peut parfois sâaccompagner de douleurs ailleurs.
Syndrome de la fesse morte : des douleurs parfois associées
Dans certains cas, le syndrome de la fesse morte ne se limite pas Ă une simple sensation dâengourdissement. Il peut sâaccompagner de plusieurs symptĂŽmes, notamment :
- douleurs dans le bas du dos
- inconfort dans les hanches
- tension dans lâarriĂšre des cuisses
- douleurs au genou lors de la marche ou de la course
Un mauvais fonctionnement des muscles fessiers peut perturber lâalignement du bassin et modifier la rĂ©partition des forces dans les membres infĂ©rieurs. Certaines articulations subissent davantage de contraintes mĂ©caniques.
Câest notamment le cas du genou, qui peut ĂȘtre soumis Ă une rotation excessive lorsque les muscles stabilisateurs du bassin ne jouent plus correctement leur rĂŽle.
Sédentarité : quand rester assis dérÚgle la mécanique musculaire
Le principal facteur associĂ© Ă ce phĂ©nomĂšne est aujourdâhui bien identifiĂ© : la sĂ©dentaritĂ© prolongĂ©e. Selon SantĂ© publique France, les adultes passent en moyenne plus de 7 heures par jour en position assise. TĂ©lĂ©travail, Ă©crans, transports, loisirs numĂ©riques⊠nos journĂ©es se dĂ©roulent largement assis.
Or, dans cette position, les fessiers sont pratiquement inactifs. Les hanches restent fléchies et les muscles responsables de cette flexion, appelés fléchisseurs de hanche, se raccourcissent progressivement.
Cette situation entraßne deux effets combinés :
- les fessiers sont peu sollicités et perdent en activation musculaire
- les fléchisseurs de hanche deviennent plus dominants
Ce dĂ©sĂ©quilibre modifie progressivement la coordination musculaire. Le cerveau « apprend » Ă utiliser dâautres muscles pour rĂ©aliser certains mouvements. En kinĂ©sithĂ©rapie, on parle alors de dĂ©sactivation neuromusculaire.
Pourquoi cette sensation dâengourdissement apparaĂźt-elle ?
Une compression des tissus
Lorsque lâon reste assis pendant de longues pĂ©riodes (au bureau, dans les transports ou sur un canapĂ©), le poids du corps repose en grande partie sur la rĂ©gion fessiĂšre. Les tissus mous, composĂ©s de muscles, de graisse et de petits vaisseaux sanguins, se retrouvent alors comprimĂ©s entre le bassin et la surface sur laquelle on est assis.
Cette pression continue peut ralentir temporairement la circulation sanguine locale. Le sang circule toujours, mais moins efficacement. Les tissus sont alors lĂ©gĂšrement moins oxygĂ©nĂ©s, ce qui peut provoquer une sensation dâengourdissement ou de picotement.
Câest un phĂ©nomĂšne comparable Ă celui qui se produit lorsquâon garde les jambes croisĂ©es trop longtemps. La zone devient moins sensible, parfois lĂ©gĂšrement « cotonneuse ». DĂšs que lâon se lĂšve et que la circulation se rĂ©active, la sensation disparaĂźt gĂ©nĂ©ralement en quelques instants.
Une baisse dâactivation musculaire
Le problĂšme ne vient pas seulement de la circulation. En position assise, les hanches sont flĂ©chies et les fessiers sont trĂšs peu sollicitĂ©s. Avec le temps, cette inactivitĂ© rĂ©pĂ©tĂ©e peut modifier la maniĂšre dont le systĂšme nerveux recrute les muscles lors des mouvements. Le cerveau, qui optimise constamment lâeffort musculaire, peut « oublier » dâactiver pleinement certains muscles qui sont rarement utilisĂ©s.
Les professionnels de santĂ© parlent alors parfois dâ« amnĂ©sie musculaire » ou de dĂ©sactivation neuromusculaire. Le muscle nâest pas paralysĂ© ni abĂźmĂ© mais il fonctionne simplement moins efficacement parce que la communication entre le cerveau et le muscle est moins sollicitĂ©e.
Une compensation par dâautres muscles
Lorsque les fessiers deviennent moins actifs, le corps ne reste pas pour autant immobile. Il compense. Dâautres muscles prennent le relais pour assurer les mouvements du quotidien.
Parmi les muscles qui compensent le plus souvent :
- les ischio-jambiers, situĂ©s Ă lâarriĂšre des cuisses
- les muscles lombaires, dans le bas du dos
- les quadriceps, Ă lâavant de la cuisse
Ce phĂ©nomĂšne de compensation est une stratĂ©gie naturelle du corps, mais il modifie lâĂ©quilibre musculaire habituel.
Par exemple, lors de la marche ou de la montĂ©e dâescaliers, les ischio-jambiers peuvent ĂȘtre davantage sollicitĂ©s pour remplacer lâaction du grand fessier. Les muscles lombaires, eux, peuvent travailler plus intensĂ©ment pour stabiliser le bassin.
Avec le temps, cette rĂ©partition inhabituelle de lâeffort peut produire une sensation particuliĂšre : les cuisses ou le bas du dos semblent fournir tout le travail, tandis que les fessiers paraissent « absents ». Certaines personnes dĂ©crivent mĂȘme lâimpression que leurs jambes tirent davantage que leurs fesses lorsquâelles marchent ou font du sport.
Comment savoir si vos fessiers sont peu actifs ?
Certaines personnes remarquent par exemple :
- une difficulté à sentir les fessiers travailler pendant les squats ou les fentes
- une fatigue rapide des cuisses lors des exercices
- des douleurs lombaires aprÚs une position assise prolongée
- une sensation de raideur dans les hanches en se levant
Les kinĂ©sithĂ©rapeutes utilisent parfois des tests simples pour vĂ©rifier lâactivation du grand fessier, notamment lors dâun pont fessier (exercice consistant Ă soulever le bassin en position allongĂ©e). Si les ischio-jambiers se contractent avant les fessiers, cela peut indiquer un dĂ©faut dâactivation musculaire.
Bouger réguliÚrement : le premier remÚde
Debout ! Il faut rĂ©apprendre Ă votre corps Ă utiliser ses muscles normalement. Selon lâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS, 2020), il est recommandĂ© aux adultes de pratiquer au moins 150 Ă 300 minutes dâactivitĂ© physique modĂ©rĂ©e par semaine.
Mais lâactivitĂ© physique ne suffit pas toujours Ă compenser de longues pĂ©riodes dâinactivitĂ©. Les spĂ©cialistes insistent Ă©galement sur lâimportance de fractionner le temps assis. Se lever toutes les 30 Ă 60 minutes permet dĂ©jĂ de rĂ©activer les muscles et de relancer la circulation.
Alors, au bureau comme à la maison, quelques gestes simples peuvent aider à réveiller ces muscles souvent oubliés :
- se lever rĂ©guliĂšrement pour marcher quelques minutes, par exemple pour aller boire un verre dâeau ou passer un appel en marchant
- faire quelques étirements des hanches ou des jambes entre deux tùches
- contracter volontairement les fessiers pendant quelques secondes, plusieurs fois dans la journée
- monter les escaliers plutĂŽt que prendre lâascenseur dĂšs que câest possible
- rĂ©aliser quelques squats ou fentes rapides lors dâune pause, mĂȘme en tenue de bureau
Syndrome de la fesse morte : renforcer les fessiers pour rééquilibrer le corps
Au-delĂ du simple fait de bouger davantage, le renforcement musculaire ciblĂ© peut aussi jouer un rĂŽle important. Lâobjectif est de rĂ©activer progressivement les muscles fessiers pour quâils retrouvent leur rĂŽle naturel dans les mouvements du quotidien.
Certains exercices sont particuliĂšrement efficaces pour solliciter cette zone :
- le pont fessier (glute bridge), qui consiste à soulever le bassin en position allongée
- les squats, qui mobilisent toute la chaĂźne musculaire du bas du corps
- les fentes, utiles pour renforcer lâĂ©quilibre et la stabilitĂ© du bassin
- les élévations de jambe, qui activent notamment le moyen fessier
Pratiqués réguliÚrement, ces exercices permettent au corps de réapprendre à mobiliser correctement les fessiers, parfois un peu « oubliés » aprÚs de longues périodes passées assis.
En kinĂ©sithĂ©rapie, ce processus est parfois dĂ©crit comme une rééducation neuromusculaire. Il sâagit de restaurer la bonne coordination entre le cerveau et les muscles, pour que ces derniers se rĂ©activent naturellement lors des mouvements comme la marche, la montĂ©e dâescaliers ou la course.
Ă SAVOIR
95 % des adultes français prĂ©sentent un risque pour leur santĂ© liĂ© Ă un manque dâactivitĂ© physique ou Ă un temps trop important passĂ© assis. Or, lâinactivitĂ© physique augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de diabĂšte de type 2 et de troubles musculosquelettiques.







