Une jeune femme restée longtemps assise ressent une sensation de fesses engourdies.
Il suffit parfois de se lever aprÚs une longue réunion ou un trajet en voiture pour sentir ses fesses molles et engourdies, comme si les muscles mettaient quelques secondes à se réveiller. © Freepik

Rester assis toute la journĂ©e, enchaĂźner les heures devant l’ordinateur ou dans les transports
 et soudain, vous avez l’impression que les muscles de vos fesses sont absents ou complĂštement engourdis. C’est ce qu’on appelle le syndrome de la fesse morte. Mais qu’est-ce que c’est au juste ? Et pourquoi cela arrive-t-il ? Explications.

Il suffit parfois de se lever aprĂšs une longue rĂ©union ou un trajet en voiture pour ressentir ce phĂ©nomĂšne. Les fesses paraissent molles, engourdies, comme si les muscles mettaient quelques secondes Ă  se « rĂ©veiller ». Certains dĂ©crivent mĂȘme l’impression que leurs fessiers ne participent plus vraiment au mouvement lorsqu’ils marchent ou montent des escaliers.

Cette sensation n’est pas qu’une impression subjective. Elle peut correspondre Ă  ce que les spĂ©cialistes appellent l’« amnĂ©sie des fessiers », souvent dĂ©signĂ©e par le terme anglo-saxon dead butt syndrome.

ConcrĂštement, il s’agit d’un mauvais recrutement musculaire du grand fessier, le muscle principal de la rĂ©gion fessiĂšre. Or ce muscle est le plus volumineux et l’un des plus puissants du corps humain, indispensable Ă  la stabilitĂ© du bassin et Ă  la propulsion lors de la marche ou de la course.

Les muscles fessiers (grand, moyen et petit fessier) jouent un rÎle essentiel dans la biomécanique du corps. Ils interviennent dans plusieurs fonctions fondamentales :

  • l’extension de la hanche (par exemple pour se relever ou marcher)
  • la stabilisation du bassin
  • le maintien de la posture
  • la protection du bas du dos et des genoux lors des mouvements

Le grand fessier agit comme un stabilisateur majeur de la chaĂźne postĂ©rieure, c’est-Ă -dire l’ensemble des muscles situĂ©s Ă  l’arriĂšre du corps. Autrement dit, quand les fessiers fonctionnent correctement, ils rĂ©partissent les contraintes mĂ©caniques lors du mouvement. Quand ils sont moins actifs, cette charge est reportĂ©e sur d’autres muscles, notamment les lombaires et les ischio-jambiers.

Ce dĂ©sĂ©quilibre musculaire explique pourquoi une simple sensation de fesses « endormies » peut parfois s’accompagner de douleurs ailleurs.

Dans certains cas, le syndrome de la fesse morte ne se limite pas à une simple sensation d’engourdissement. Il peut s’accompagner de plusieurs symptîmes, notamment :

  • douleurs dans le bas du dos
  • inconfort dans les hanches
  • tension dans l’arriĂšre des cuisses
  • douleurs au genou lors de la marche ou de la course

Un mauvais fonctionnement des muscles fessiers peut perturber l’alignement du bassin et modifier la rĂ©partition des forces dans les membres infĂ©rieurs. Certaines articulations subissent davantage de contraintes mĂ©caniques.

C’est notamment le cas du genou, qui peut ĂȘtre soumis Ă  une rotation excessive lorsque les muscles stabilisateurs du bassin ne jouent plus correctement leur rĂŽle.

Le principal facteur associĂ© Ă  ce phĂ©nomĂšne est aujourd’hui bien identifiĂ© : la sĂ©dentaritĂ© prolongĂ©e. Selon SantĂ© publique France, les adultes passent en moyenne plus de 7 heures par jour en position assise. TĂ©lĂ©travail, Ă©crans, transports, loisirs numĂ©riques
 nos journĂ©es se dĂ©roulent largement assis.

Or, dans cette position, les fessiers sont pratiquement inactifs. Les hanches restent fléchies et les muscles responsables de cette flexion, appelés fléchisseurs de hanche, se raccourcissent progressivement.

Cette situation entraßne deux effets combinés :

  1. les fessiers sont peu sollicités et perdent en activation musculaire
  2. les fléchisseurs de hanche deviennent plus dominants

Ce dĂ©sĂ©quilibre modifie progressivement la coordination musculaire. Le cerveau « apprend » Ă  utiliser d’autres muscles pour rĂ©aliser certains mouvements. En kinĂ©sithĂ©rapie, on parle alors de dĂ©sactivation neuromusculaire.

Une compression des tissus

Lorsque l’on reste assis pendant de longues pĂ©riodes (au bureau, dans les transports ou sur un canapĂ©), le poids du corps repose en grande partie sur la rĂ©gion fessiĂšre. Les tissus mous, composĂ©s de muscles, de graisse et de petits vaisseaux sanguins, se retrouvent alors comprimĂ©s entre le bassin et la surface sur laquelle on est assis.

Cette pression continue peut ralentir temporairement la circulation sanguine locale. Le sang circule toujours, mais moins efficacement. Les tissus sont alors lĂ©gĂšrement moins oxygĂ©nĂ©s, ce qui peut provoquer une sensation d’engourdissement ou de picotement.

C’est un phĂ©nomĂšne comparable Ă  celui qui se produit lorsqu’on garde les jambes croisĂ©es trop longtemps. La zone devient moins sensible, parfois lĂ©gĂšrement « cotonneuse ». DĂšs que l’on se lĂšve et que la circulation se rĂ©active, la sensation disparaĂźt gĂ©nĂ©ralement en quelques instants.

Une baisse d’activation musculaire

Le problĂšme ne vient pas seulement de la circulation. En position assise, les hanches sont flĂ©chies et les fessiers sont trĂšs peu sollicitĂ©s. Avec le temps, cette inactivitĂ© rĂ©pĂ©tĂ©e peut modifier la maniĂšre dont le systĂšme nerveux recrute les muscles lors des mouvements. Le cerveau, qui optimise constamment l’effort musculaire, peut « oublier » d’activer pleinement certains muscles qui sont rarement utilisĂ©s.

Les professionnels de santĂ© parlent alors parfois d’« amnĂ©sie musculaire » ou de dĂ©sactivation neuromusculaire. Le muscle n’est pas paralysĂ© ni abĂźmĂ© mais il fonctionne simplement moins efficacement parce que la communication entre le cerveau et le muscle est moins sollicitĂ©e.

Une compensation par d’autres muscles

Lorsque les fessiers deviennent moins actifs, le corps ne reste pas pour autant immobile. Il compense. D’autres muscles prennent le relais pour assurer les mouvements du quotidien.

Parmi les muscles qui compensent le plus souvent :

  • les ischio-jambiers, situĂ©s Ă  l’arriĂšre des cuisses
  • les muscles lombaires, dans le bas du dos
  • les quadriceps, Ă  l’avant de la cuisse

Ce phĂ©nomĂšne de compensation est une stratĂ©gie naturelle du corps, mais il modifie l’équilibre musculaire habituel.

Par exemple, lors de la marche ou de la montĂ©e d’escaliers, les ischio-jambiers peuvent ĂȘtre davantage sollicitĂ©s pour remplacer l’action du grand fessier. Les muscles lombaires, eux, peuvent travailler plus intensĂ©ment pour stabiliser le bassin.

Avec le temps, cette rĂ©partition inhabituelle de l’effort peut produire une sensation particuliĂšre : les cuisses ou le bas du dos semblent fournir tout le travail, tandis que les fessiers paraissent « absents ». Certaines personnes dĂ©crivent mĂȘme l’impression que leurs jambes tirent davantage que leurs fesses lorsqu’elles marchent ou font du sport.

Certaines personnes remarquent par exemple :

  • une difficultĂ© Ă  sentir les fessiers travailler pendant les squats ou les fentes
  • une fatigue rapide des cuisses lors des exercices
  • des douleurs lombaires aprĂšs une position assise prolongĂ©e
  • une sensation de raideur dans les hanches en se levant

Les kinĂ©sithĂ©rapeutes utilisent parfois des tests simples pour vĂ©rifier l’activation du grand fessier, notamment lors d’un pont fessier (exercice consistant Ă  soulever le bassin en position allongĂ©e). Si les ischio-jambiers se contractent avant les fessiers, cela peut indiquer un dĂ©faut d’activation musculaire.

Debout ! Il faut rĂ©apprendre Ă  votre corps Ă  utiliser ses muscles normalement. Selon l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS, 2020), il est recommandĂ© aux adultes de pratiquer au moins 150 Ă  300 minutes d’activitĂ© physique modĂ©rĂ©e par semaine.

Mais l’activitĂ© physique ne suffit pas toujours Ă  compenser de longues pĂ©riodes d’inactivitĂ©. Les spĂ©cialistes insistent Ă©galement sur l’importance de fractionner le temps assis. Se lever toutes les 30 Ă  60 minutes permet dĂ©jĂ  de rĂ©activer les muscles et de relancer la circulation.

Alors, au bureau comme à la maison, quelques gestes simples peuvent aider à réveiller ces muscles souvent oubliés :

  • se lever rĂ©guliĂšrement pour marcher quelques minutes, par exemple pour aller boire un verre d’eau ou passer un appel en marchant
  • faire quelques Ă©tirements des hanches ou des jambes entre deux tĂąches
  • contracter volontairement les fessiers pendant quelques secondes, plusieurs fois dans la journĂ©e
  • monter les escaliers plutĂŽt que prendre l’ascenseur dĂšs que c’est possible
  • rĂ©aliser quelques squats ou fentes rapides lors d’une pause, mĂȘme en tenue de bureau

Au-delĂ  du simple fait de bouger davantage, le renforcement musculaire ciblĂ© peut aussi jouer un rĂŽle important. L’objectif est de rĂ©activer progressivement les muscles fessiers pour qu’ils retrouvent leur rĂŽle naturel dans les mouvements du quotidien.

Certains exercices sont particuliĂšrement efficaces pour solliciter cette zone :

  • le pont fessier (glute bridge), qui consiste Ă  soulever le bassin en position allongĂ©e
  • les squats, qui mobilisent toute la chaĂźne musculaire du bas du corps
  • les fentes, utiles pour renforcer l’équilibre et la stabilitĂ© du bassin
  • les Ă©lĂ©vations de jambe, qui activent notamment le moyen fessier

Pratiqués réguliÚrement, ces exercices permettent au corps de réapprendre à mobiliser correctement les fessiers, parfois un peu « oubliés » aprÚs de longues périodes passées assis.

En kinĂ©sithĂ©rapie, ce processus est parfois dĂ©crit comme une rééducation neuromusculaire. Il s’agit de restaurer la bonne coordination entre le cerveau et les muscles, pour que ces derniers se rĂ©activent naturellement lors des mouvements comme la marche, la montĂ©e d’escaliers ou la course.

À SAVOIR 

95 % des adultes français prĂ©sentent un risque pour leur santĂ© liĂ© Ă  un manque d’activitĂ© physique ou Ă  un temps trop important passĂ© assis. Or, l’inactivitĂ© physique augmente le risque de maladies cardiovasculaires, de diabĂšte de type 2 et de troubles musculosquelettiques. 

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Marie Briel
Journaliste Ma SantĂ©. AprĂšs un dĂ©but de carriĂšre en communication, Marie s’est tournĂ©e vers sa vĂ©ritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma SantĂ©, elle se spĂ©cialise dans le domaine de l'information mĂ©dicale pour rendre le jargon de la santĂ© (parfois complexe) accessible Ă  tous.

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