
Ballоnnements, dоuleurs abdоminales, fatigue․․․ Et si ces symptômes apparemment anоdins du quоtidien cachaient un cancer ? Rare, le cancer de l’intestin grêle prоgresse de manière insidieuse et est sоuvent diagnоstiqué tardivement․ Cоmment identifier ce cancer ? Quels en sоnt les signes cliniques ? Quelles sоnt les оptiоns thérapeutiques dispоnibles ? Explications.
Le cancer de l’intestin grêle est sоuvent mоins pris en cоmpte que celui du côlon․ Pourtant, il représente près de 5 % des cancers du tube digestif.
En France, environ 1 750 nouveaux cas ont été recensés en 2018, avec une majorité d’hommes (56 %). Des chiffres relativement faibles, mais qui doivent être interprétés avec prudence. Car depuis plusieurs décennies, l’incidence de ces cancers augmente progressivement. Chez les hommes, elle a même doublé en trente ans, passant de 0,8 à 1,6 cas pour 100 000 personnes. Chez les femmes, elle a également progressé, de 0,6 à 1,0.
Cette augmentation s’explique en partie par la hausse des adénocarcinomes situés au niveau du duodénum, la première partie de l’intestin grêle, juste après l’estomac.
Ce cancer touche principalement des personnes âgées. L’âge moyen au moment du diagnostic se situe autour de 68 ans chez l’homme et 70 ans chez la femme.
Un trouble au niveau de la muqueuse digestive
L’intestin grêle se compose de trois parties : le duodénum, le jéjunum et l’iléon. À lui seul, il forme un long tube replié sur lui-même, qui peut mesurer jusqu’à 6 mètres de long. Sa muqueuse joue un rôle essentiel : elle permet d’absorber les vitamines, les minéraux et les nutriments issus de la digestion.
C’est à cet endroit que certaines tumeurs peuvent se développer. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un adénocarcinome. Mais d’autres formes, plus rares, existent aussi, comme les tumeurs neuroendocrines ou les sarcomes, qui prennent naissance dans les cellules musculaires ou nerveuses de la paroi intestinale.
Quels sont les symptômes d’un cancer de l’intestin grêle ?
L’un des principaux pièges de ce type de cancer, c’est qu’il évolue lentement et de manière peu spécifique. Les premiers signes passent souvent inaperçus ou sont confondus avec des troubles digestifs bénins. On pense facilement à un syndrome de l’intestin irritable, à une intolérance alimentaire, à une gastro-entérite ou encore à des problèmes plus courants comme des hémorroïdes ou une fissure anale.
Parmi les signes les plus fréquents :
- des douleurs abdominales,
- des ballonnements et une gêne dans l’abdomen,
- des diarrhées ou au contraire une constipation inhabituelle,
- une alternance de troubles du transit (rappelant le syndrome de l’intestin irritable),
- La présence de sang occulte dans les selles, un saignement discret, digéré et invisible à l’œil nu,
- une anémie inexpliquée liée à ces saignements digestifs invisibles,
- des nausées et parfois des vomissements.
Dans les formes plus avancées, une occlusion intestinale peut survenir (la tumeur grossit au point de boucher complètement le tuyau digestif, bloquant le passage de la nourriture), nécessitant une prise en charge chirurgicale urgente.
Quels sont les facteurs qui augmentent le risque ?
Plusieurs éléments peuvent favoriser la survenue d’un cancer de l’intestin grêle :
- Maladies inflammatoires digestives : les patients atteints de la maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique présentent un risque plus élevé en raison de l’inflammation chronique de la paroi intestinale.
- La maladie cœliaque (intolérance au gluten) : (une inflammation chronique et destructrice de l’intestin grêle causée par l’ingestion de gluten. Si elle n’est pas traitée par un régime strict, elle augmente considérablement le risque de développer un cancer dans cette zone précise).
- Prédispositions génétiques : certains syndromes héréditaires comme le syndrome de Lynch ou la polypose familiale augmentent le risque de développer un cancer digestif.
- Mode de vie et alimentation : une alimentation riche en viande rouge, en produits transformés, associée à une faible activité physique ou à une obésité.
Quels sоnt les examens permettant de diagnоstiquer un cancer de l’intestin grêle ?
Le diagnostic repose sur des examens très spécifiques, car l’intestin grêle est une zone difficile d’accès :
- La vidéocapsule endoscopique : c’est l’examen de référence. (Puisque les endoscopes classiques sont trop courts pour explorer les 6 mètres de l’intestin, le patient avale une pilule contenant une caméra miniature. Celle-ci va voyager naturellement dans le ventre et prendre des dizaines de milliers de photos pour traquer la tumeur, avant d’être évacuée dans les selles).
- L’entéroscopie : un endoscope très long utilisé pour aller réaliser une biopsie (prélever un morceau de la tumeur).
- Le scanner ou l’IRM : pour localiser la tumeur et vérifier si elle s’est propagée.
Contrairement au dépistage du cancer colorectal basé sur la recherche de sang dans les selles, il n’existe pas de test de dépistage organisé pour l’intestin grêle dans la population générale en raison de sa rareté.
Comment traiter un cancer de l’intestin grêle ?
La prise en charge dépend du stade du cancer et de l’extension tumorale.
- La chirurgie : l’intervention chirurgicale consiste à retirer la portion de l’intestin atteinte, une procédure appelée résection. Dans le même temps, les ganglions lymphatiques situés à proximité sont généralement enlevés afin de vérifier si la maladie s’est propagée. Une fois la zone malade retirée, le chirurgien reconnecte les deux parties saines de l’intestin. Cette jonction, appelée anastomose, permet de rétablir la continuité du tube digestif.
- La stomie (très rare) : Contrairement au cancer du côlon, la création d’un anus artificiel, appelée ici iléostomie, reste assez rare dans les cancers de l’intestin grêle. Elle n’est généralement envisagée qu’en situation d’urgence, notamment en cas de perforation de l’intestin.
- Chimiothérapie et traitements complémentaires : après l’opération, une chimiothérapie sera proposée. Son objectif est de détruire les cellules cancéreuses qui pourraient rester invisibles et de réduire le risque de récidive.
En revanche, la radiothérapie est très rarement utilisée pour les cancers de cette zone.
Comme pour la plupart des cancers digestifs, le pronostic dépend avant tout de la précocité du diagnostic. Plus la tumeur est repérée et traitée tôt, avant qu’elle ne traverse la paroi de l’intestin, plus les chances de guérison sont importantes.
À l’inverse, lorsque la maladie a déjà évolué et donné des métastases, notamment au niveau du foie ou du péritoine, la prise en charge devient plus complexe. Elle repose alors sur des traitements plus lourds, souvent basés sur des protocoles de chimiothérapie prolongés.
Les mesures à adоpter pour prévenir le cancer de l’intestin grêle
Même s’il est difficile de prévenir totalement ce type de cancer, certains réflexes simples permettent d’en réduire le risque :
- Adopter une alimentation équilibrée et riche en fibres,
- Maintenir une activité physique régulière,
- Suivre un régime strict sans gluten en cas de maladie cœliaque avérée,
- Surveiller les antécédents familiaux,
- Consulter un médecin en cas de troubles digestifs, de douleurs ou d’anémie persistants.
À SAVOIR
Dans les années 1990, en Israël, l’ingénieur Gavriel Iddan, spécialiste de la miniaturisation de capteurs pour des applications de défense, transpose son expertise au domaine médical. En collaboration avec des gastro-entérologues, il développe une solution pour explorer une zone jusqu’alors difficile d’accès : l’intestin grêle. Il conçoit la vidéo-capsule endoscopique, connue sous le nom de PillCam. Ce dispositif, de la taille d’une gélule, intègre une caméra, une source lumineuse, un émetteur et une batterie. Utilisée aujourd’hui en pratique clinique, la capsule est simplement ingérée par le patient. Elle parcourt naturellement le tube digestif en capturant des dizaines de milliers d’images, transmises en temps réel à un enregistreur externe. Cette technologie permet de visualiser l’intestin grêle sans intervention invasive et d’améliorer le dépistage de certaines pathologies, notamment tumorales.







