Médecin et patient échangeant au sujet des résultats d'examens dans le cadre du diagnоstic оu du suivi d'un cancer․
Les chercheurs cоntinuent leurs investigatiоns afin de mieux cerner les liens pоssibles entre les trоubles du sоmmeil ©DCStudio / Freepik

Vous dormez moins de six heures par nuit, travaillez en horaires décalés ou souffrez d’insomnies à répétition ? Depuis plusieurs années, les chercheurs s’interrogent sur les conséquences à long terme d’un sommeil perturbé. Au-delà de la fatigue ou des difficultés de concentration, certaines études suggèrent un lien entre les troubles chroniques du sommeil et un risque de développer certains cancers. Quels sont les cancers les plus concernés ? Comment le manque de sommeil agit-il sur l’organisme ? Faut-il s’inquiéter lorsque l’on dort mal ? Explications.

Les troubles du sommeil concernent une part importante de la population. Au-delà de la fatigue et des difficultés de concentration, les chercheurs s’interrogent désormais sur leur possible rôle dans le développement de certains cancers. Cette question est régulièrement étudiée par les spécialistes du sommeil, qui rappellent que dormir est indispensable au bon fonctionnement de l’organisme.

Lorsque le manque de sommeil ou la perturbation du rythme biologique devient chronique, plusieurs mécanismes essentiels peuvent être affectés : défenses immunitaires, équilibre hormonal et réparation des cellules. Ces perturbations pourraient favoriser l’apparition de certaines maladies, dont plusieurs formes de cancer, même si les recherches se poursuivent encore pour mieux comprendre ces liens.

L’organisme fonctionne selon une horloge biologique interne, appelée rythme circadien, qui synchronise sur environ 24 heures de nombreuses fonctions essentielles : sommeil, température corporelle, sécrétions hormonales, métabolisme et activité immunitaire.

Lorsque ce rythme est régulièrement perturbé, notamment par le travail de nuit, les horaires décalés ou une privation chronique de sommeil, certains mécanismes biologiques peuvent être affectés. Les chercheurs observent notamment des modifications de la réponse immunitaire, une augmentation de certains marqueurs inflammatoires ainsi que des perturbations de la production de mélatonine, une hormone impliquée dans la régulation du sommeil.

Ces observations ont conduit le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé, à classer le travail de nuit perturbant le rythme circadien parmi les expositions « probablement cancérogènes pour l’être humain » (groupe 2A). Cette classification ne signifie pas qu’un travailleur de nuit développera un cancer, mais qu’il existe des éléments scientifiques suffisamment solides pour justifier une vigilance particulière.

La majorité des travaux scientifiques se concentre sur les populations exposées pendant de longues années à des horaires décalés. Le cancer du sein est aujourd’hui la localisation pour laquelle les données sont les plus nombreuses concernant un lien potentiel avec la perturbation chronique du rythme circadien.

Plusieurs études menées auprès d’infirmières, de personnels navigants ou de travailleurs postés ont observé une augmentation modérée du risque chez certaines personnes durablement exposées au travail de nuit. Un sujet d’autant plus important que le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme et que plusieurs études prévoient une augmentation du nombre de cas et de décès à l’échelle mondiale d’ici à 2050.

D’autres localisations sont également étudiées, notamment le cancer de la prostate, le cancer colorectal et certains cancers digestifs. Des recherches s’intéressent également au cancer du poumon, mais les résultats restent difficiles à interpréter en raison de nombreux facteurs de confusion, notamment le tabagisme.

À ce jour, les chercheurs considèrent que les preuves sont variables selon les localisations et que les résultats doivent être interprétés avec prudence.

En France, selon Santé publique France, près d’un adulte sur trois déclare souffrir de troubles du sommeil. L’insomnie chronique et l’apnée obstructive du sommeil font partie des pathologies les plus fréquentes. Plusieurs études ont exploré leur éventuel lien avec le risque de cancer, mais les données disponibles demeurent insuffisantes pour établir une relation de cause à effet.

Les chercheurs estiment que ces troubles peuvent agir indirectement à travers différents mécanismes physiologiques, notamment l’inflammation chronique, les perturbations métaboliques ou certaines altérations immunitaires. Toutefois, leur rôle exact dans le développement d’un cancer reste encore débattu.

Chez les personnes atteintes d’un cancer, les troubles du sommeil sont particulièrement fréquents. Ils peuvent être liés à la maladie elle-même, aux traitements, à la douleur, à l’anxiété ou encore aux changements du rythme de vie.

Selon plusieurs études, entre 30 % et 60 % des patients atteints de cancer présentent des troubles du sommeil au cours de leur parcours de soins. Ces difficultés peuvent accentuer la fatigue, altérer la qualité de vie et compliquer la récupération.

C’est pourquoi le sommeil est aujourd’hui intégré aux soins de support proposés dans de nombreux services d’oncologie.

Les recommandations des spécialistes reposent principalement sur des mesures d’hygiène de vie reconnues :

  • dormir suffisamment, idéalement entre sept et neuf heures par nuit ;
  • maintenir des horaires de coucher et de lever réguliers ;
  • s’exposer à la lumière naturelle dès le matin ;
  • limiter les écrans et les sources lumineuses intenses en soirée ;
  • pratiquer une activité physique régulière ;
  • éviter les excitants comme la caféine en fin de journée ;
  • consulter un professionnel de santé en cas d’insomnie persistante ou de suspicion d’apnée du sommeil.

Pour les troubles chroniques du sommeil, les thérapies cognitives et comportementales de l’insomnie (TCC-I) constituent aujourd’hui le traitement de référence recommandé par de nombreuses sociétés savantes.

À SAVOIR

Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, de nombreuses populations européennes pratiquaient un sommeil dit « biphasique ». La nuit était souvent divisée en deux périodes de sommeil séparées par une phase d’éveil naturel d’une à deux heures. Ce moment était consacré à diverses activités comme la lecture, la prière ou la réflexion. Les personnes effectuaient un « premier sommeil » et un « second sommeil ».

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Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

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