
Fatigue persistante, douleurs osseuses, fractures inhabituelles… Ces symptômes peuvent être les signes d’un cancer du myélome multiple, une maladie hématologique qui affecte la moelle osseuse et affaiblit progressivement le squelette, les reins ainsi que le système immunitaire. Comment identifier les premiers symptômes ? Quels examens permettent d’établir le diagnostic ? Quels traitements sont disponibles aujourd’hui pour freiner la progression de cette maladie chronique ? Explications.
Le myélome multiple, aussi appelé maladie de Kahler, est un cancer rare de la moelle osseuse caractérisé par la prolifération anormale de plasmocytes, des globules blancs chargés de produire les anticorps.
En France, 5 442 nouveaux cas ont été recensés en 2018, dont 52 % chez les hommes. Ce cancer représente environ 2 % des cancers diagnostiqués et son incidence augmente progressivement. Il touche surtout les personnes âgées, autour de 70 ans, même si près de 3 % des cas surviennent avant 40 ans.
Les principaux facteurs de risque identifiés sont l’exposition aux radiations ionisantes et certaines expositions professionnelles aux pesticides. Les formes familiales restent très rares.
Dans la majorité des cas, le myélome multiple évolue comme une maladie chronique, avec des phases de rémission puis de rechute. Grâce aux progrès des traitements, l’espérance et la qualité de vie des patients se sont toutefois nettement améliorées.
Quel est le mécanisme d’un myélome multiple ?
Le myélome multiple est un cancer du sang qui se développe à partir des plasmocytes, des cellules chargées de produire des anticorps. Dans cette maladie, certains plasmocytes deviennent cancéreux, prolifèrent dans la moelle osseuse et fabriquent une protéine anormale appelée protéine monoclonale.
Le myélome peut être découvert par hasard lors d’une prise de sang. Lorsqu’il ne provoque aucun symptôme, les médecins parlent de myélome asymptomatique et mettent en place une surveillance régulière.
Lorsque la maladie évolue, elle peut entraîner une anémie, une insuffisance rénale, une hypercalcémie, des infections répétées et des lésions osseuses. Les cellules cancéreuses fragilisent progressivement les os en stimulant leur destruction.
Contrairement aux leucémies aiguës, les cellules du myélome restent principalement localisées dans la moelle osseuse.
Quels sont les symptômes du myélome multiple ?
Les douleurs osseuses, notamment au niveau du dos, des vertèbres, du bassin ou des côtes, figurent parmi les symptômes les plus fréquents du myélome multiple. Elles peuvent être persistantes et plus intenses la nuit ou pendant les mouvements quotidiens.
La maladie peut aussi provoquer une anémie, entraînant fatigue importante, essoufflement, vertiges ou pâleur, car les plasmocytes cancéreux perturbent la production normale des cellules sanguines. Les défenses immunitaires deviennent moins efficaces, favorisant des infections répétées, notamment pulmonaires ou urinaires. Le myélome fragilise également les os, pouvant provoquer des fractures spontanées ou un tassement des vertèbres.
Les protéines anormales produites par les cellules tumorales peuvent aussi endommager les reins et entraîner une insuffisance rénale ou un excès de calcium dans le sang. Dans certains cas, une compression de la moelle épinière ou d’un nerf peut survenir, surtout en cas de douleur dorsale brutale accompagnée de troubles neurologiques, nécessitant une prise en charge rapide.
Comment diagnostiquer un myélome multiple ?
Le diagnostic du myélome multiple repose sur plusieurs examens biologiques et radiologiques, souvent réalisés après une fatigue persistante, des douleurs osseuses, une anémie ou des infections répétées.
Les prises de sang permettent de rechercher une protéine monoclonale, une insuffisance rénale, un excès de calcium ou des anomalies des cellules sanguines. L’électrophorèse des protéines aide à détecter un “pic monoclonal”, même si certains myélomes à chaînes légères (débris de protéines) nécessitent des analyses spécifiques supplémentaires.
Des analyses d’urines sur 24 heures peuvent également être réalisées afin de rechercher une protéinurie de Bence-Jones, liée à la présence de chaînes légères monoclonales susceptibles d’endommager les reins.
Le myélogramme reste un examen essentiel. Il consiste à prélever un échantillon de moelle osseuse afin d’analyser les plasmocytes cancéreux et certaines anomalies chromosomiques utiles pour évaluer l’agressivité de la maladie.
Des examens d’imagerie comme les radiographies, l’IRM, le scanner ou la TEP au FDG (PET-scan) permettent d’évaluer l’étendue du Myélome multiple et de rechercher des lésions osseuses, des fractures ou des compressions nerveuses. La TEP repose sur l’injection d’un produit faiblement radioactif appelé fluorodésoxyglucose (FDG), qui aide à repérer les zones où les cellules sont particulièrement actives.
L’ensemble du bilan permet ensuite de déterminer si le myélome est asymptomatique ou symptomatique et d’adapter les traitements selon l’évolution de la maladie.
Comment traiter un myélome multiple ?
Le traitement du myélome multiple a beaucoup progressé et permet aujourd’hui d’obtenir des rémissions prolongées. Quand la maladie ne provoque aucun symptôme, une simple surveillance peut être proposée.
En cas de myélome symptomatique, les médecins associent plusieurs traitements : chimiothérapie, thérapies ciblées, immunomodulateurs, inhibiteurs du protéasome et corticoïdes. Parmi les médicaments utilisés figurent notamment le bortézomib, le lénalidomide, le thalidomide, le melphalan, le cyclophosphamide, la prednisone ou la dexaméthasone. Chez les patients plus jeunes ou en bon état général, souvent avant 65 ans mais surtout selon l’âge physiologique, une autogreffe de cellules souches peut être proposée après une chimiothérapie intensive.
La radiothérapie peut soulager certaines douleurs osseuses. Des traitements de soutien peuvent aussi être nécessaires : antalgiques contre la douleur, bisphosphonates pour renforcer les os, antibiotiques ou antiviraux contre les infections, transfusions en cas d’anémie, hydratation et traitements rénaux pour protéger les reins, ainsi que traitements contre l’hypercalcémie.
Y a-t-il des effets secоndaires assоciés au traitement du myélоme multiple ?
Les traitements du myélome multiple peuvent provoquer des effets indésirables variables selon les médicaments utilisés et la sensibilité du patient.
Parmi les complications les plus fréquentes figurent les neuropathies périphériques, avec fourmillements, engourdissements ou picotements des mains et des pieds, pouvant nécessiter une adaptation du traitement. Les traitements peuvent aussi entraîner une baisse des globules blancs, des globules rouges et des plaquettes, augmentant le risque d’infections, d’anémie, de fatigue, de saignements ou d’hématomes. Des prises de sang régulières sont donc indispensables.
Des troubles digestifs comme les nausées, diarrhées, constipations ou perte d’appétit sont également possibles, parfois associés à un amaigrissement nécessitant un suivi nutritionnel. La fatigue reste très fréquente et peut être liée à la maladie, aux traitements ou à l’anémie.
Certains patients présentent aussi une chute temporaire des cheveux, des troubles cutanés, des lésions buccales, des troubles auditifs ou cognitifs. Les médicaments comme le thalidomide ou le lénalidomide augmentent également le risque de caillots sanguins, nécessitant une surveillance rapide en cas de douleur, gonflement ou essoufflement inhabituel.
Enfin, certains traitements peuvent avoir un impact sur la fertilité et la grossesse. Le thalidomide et le lénalidomide étant tératogènes, une contraception stricte est indispensable pendant toute la durée du traitement.
Une maladie chronique nécessitant un suivi à vie
Comme de nombreux cancers du sang, le myélome multiple peut évoluer sans s’en rendre compte pendant plusieurs années. Des douleurs osseuses persistantes, une fatigue inexpliquée, un essoufflement, des infections répétées ou une anomalie rénale doivent toutefois conduire à consulter rapidement.
Les hématologues rappellent qu’un diagnostic précoce améliore la prise en charge, la qualité de vie et le contrôle de la maladie. Les progrès de l’hématologie, des thérapies ciblées, de l’immunothérapie et des autogreffes de cellules souches ont nettement amélioré le pronostic ces dernières années.
Après les traitements, un suivi régulier reste indispensable. Il repose sur des consultations, des prises de sang, parfois des analyses urinaires et des examens d’imagerie afin de surveiller l’hémogramme, le calcium, la créatinine, l’électrophorèse des protéines ou les chaînes légères. Le myélome multiple évoluant souvent comme une maladie chronique, des rechutes peuvent survenir après une rémission, nécessitant parfois plusieurs lignes de traitement au cours de la vie.
La prise en charge inclut aussi des soins de support : traitement de la douleur, soutien psychologique, accompagnement nutritionnel et social, activité physique adaptée, aide à l’arrêt du tabac et soutien des proches afin de préserver au maximum la qualité de vie des patients.
À SAVOIR
Au XIXe siècle, à Lоndres, les médecins décrivent une maladie prоvоquant des dоuleurs оsseuses et des fractures spоntanées, que l’оn appelle aujоurd’hui myélоme multiple․ En 1845, Henry Bence Jоnes identifie dans les urines d’un patient une prоtéine anоrmale, devenue célèbre sоus le nоm de prоtéine de Bence Jоnes, l’un des premiers marqueurs biоlоgiques assоciés à un cancer du sang․ En 1889, Ottо Kahler établit le lien entre les lésiоns оsseuses, l’atteinte de la mоelle оsseuse et cette prоtéine présente dans les urines․ Ses recherches permettrоnt une meilleure cоmpréhensiоn de cette maladie, lоngtemps désignée sоus le nоm de maladie de Kahler․







