Après près de vingt ans de recherche, des scientifiques français annoncent des résultats prometteurs avec un candidat médicament baptisé Spadin. Selon l’étude publiée dans la revue Cell Reports Medicine, cette molécule a permis de réduire certaines lésions cérébrales associées à la maladie d’Alzheimer et d’améliorer les capacités cognitives de souris malades.
Pendant longtemps, la maladie d’Alzheimer a semblé résister à toutes les tentatives des chercheurs. Malgré des décennies de travaux et des centaines d’essais cliniques dans le monde, les traitements actuellement disponibles ne permettent que de ralentir modestement l’évolution de la maladie chez certains patients. Aucun ne permet aujourd’hui de restaurer les fonctions cérébrales perdues.
Un nouvel espoir émerge aujourd’hui des laboratoires français. Dans une étude publiée dans la revue scientifique Cell Reports Medicine, une équipe de chercheurs du CNRS, de l’Université Côte d’Azur et de l’Inserm présente les résultats obtenus avec une molécule expérimentale appelée Spadin. Développée depuis près de vingt ans, celle-ci a montré chez l’animal une capacité à réduire plusieurs mécanismes impliqués dans la maladie d’Alzheimer tout en améliorant la mémoire et l’apprentissage.
Alzheimer : une maladie complexe qui détruit progressivement le cerveau
La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative. Concrètement, certaines cellules nerveuses du cerveau cessent progressivement de fonctionner avant de mourir. Cette destruction s’accompagne de plusieurs anomalies biologiques. Les plus connues sont l’accumulation de plaques amyloïdes entre les neurones et la formation d’enchevêtrements de protéines Tau à l’intérieur même des cellules nerveuses. Avec le temps, ces phénomènes perturbent la communication entre les neurones et entraînent des troubles de la mémoire, du langage, de l’orientation ou encore du raisonnement.
Mais les chercheurs savent désormais que ces protéines ne sont pas les seules responsables. L’inflammation cérébrale, le stress oxydatif, les perturbations énergétiques des cellules et la perte des connexions neuronales jouent également un rôle majeur dans l’évolution de la maladie. C’est justement sur plusieurs de ces mécanismes que le Spadin semble agir.
Bientôt un nouveau traitement contre la maladie d’Alzheimer ?
Un candidat médicament né de vingt ans de recherche
Le Spadin n’a pas été conçu à l’origine pour traiter Alzheimer. Cette molécule est issue des travaux du laboratoire dirigé par le neurobiologiste Pascal Gigou. Les chercheurs s’intéressaient initialement à une protéine appelée TREK-1, un canal ionique présent dans les neurones et impliqué dans différentes fonctions cérébrales.
Au fil des recherches, ils ont identifié un petit peptide naturel capable de bloquer ce canal : le Spadin. Les premières études avaient montré un potentiel dans le traitement de la dépression. Mais les scientifiques ont progressivement découvert que cette molécule possédait aussi des propriétés neuroprotectrices susceptibles d’intéresser les maladies neurodégénératives. Selon les auteurs de l’étude, le Spadin favorise notamment la survie des neurones, stimule la plasticité cérébrale et réduit certains processus inflammatoires.
La plasticité cérébrale désigne la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions entre les neurones. Cette faculté est essentielle à l’apprentissage et à la mémorisation. Or elle est fortement altérée chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Des lésions cérébrales réduites et une mémoire améliorée chez les souris
Pour évaluer le potentiel du Spadin, les chercheurs ont utilisé un modèle expérimental reproduisant plusieurs caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les animaux traités ont ensuite été comparés à des souris malades n’ayant reçu aucun traitement. Les résultats observés sont particulièrement encourageants.
Selon l’étude publiée dans Cell Reports Medicine, le Spadin a permis de réduire les dépôts amyloïdes présents dans le cerveau des animaux. Les chercheurs ont également observé une diminution de l’inflammation cérébrale ainsi qu’une amélioration de la communication entre les neurones.
Mais l’élément le plus marquant concerne les capacités cognitives. Lors de plusieurs tests comportementaux destinés à évaluer la mémoire et l’apprentissage, les souris traitées ont obtenu de meilleurs résultats que les animaux non traités. Elles retrouvaient plus facilement leur chemin dans les labyrinthes et mémorisaient davantage d’informations. Autrement dit, la molécule n’agissait pas seulement sur des marqueurs biologiques observés au microscope mais semblait aussi améliorer certaines fonctions cérébrales.
Une approche différente des traitements actuels
Ces dernières années, plusieurs médicaments ciblant les plaques amyloïdes ont été développés. Certains ont montré une capacité à ralentir légèrement le déclin cognitif chez certains patients aux stades précoces de la maladie. Le Spadin repose sur une philosophie différente. Plutôt que de s’attaquer à une seule cible biologique, il semble agir simultanément sur plusieurs mécanismes impliqués dans la neurodégénérescence :
- inflammation,
- survie neuronale,
- plasticité cérébrale,
- dépôts pathologiques.
Cette stratégie dite « multi-cible » suscite un intérêt croissant dans la communauté scientifique. De nombreux spécialistes considèrent en effet qu’Alzheimer est une maladie trop complexe pour être combattue efficacement par une approche centrée sur un seul mécanisme.
Une piste française qui redonne de l’élan à la recherche
En France, près d’un million de personnes vivent aujourd’hui avec la maladie d’Alzheimer, selon l’Inserm. Chaque année, environ 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. Avec le vieillissement de la population, ce nombre devrait encore progresser dans les décennies à venir, faisant d’Alzheimer l’un des grands défis de santé publique du XXIe siècle.
Le Spadin n’est pas encore un médicament et plusieurs années de recherche seront encore nécessaires avant de savoir s’il peut réellement bénéficier aux patients. Mais les résultats obtenus chez l’animal constituent une étape importante. Après près de vingt ans de travaux, cette molécule française montre qu’il est peut-être possible d’agir sur plusieurs mécanismes de la maladie à la fois, et pas seulement d’en ralentir certains symptômes. Pour les chercheurs, qui accumulent les déconvenues depuis des années dans la lutte contre Alzheimer, comme pour les familles confrontées quotidiennement à la maladie, cette avancée représente avant tout une raison supplémentaire de croire que la recherche continue de progresser.
À SAVOIR
Les premiers signes d’Alzheimer peuvent apparaître jusqu’à vingt ans avant les symptômes. Selon l’Inserm et la Fondation Recherche Alzheimer, les lésions cérébrales caractéristiques de la maladie, notamment l’accumulation de protéines bêta-amyloïdes et Tau, commencent à se développer parfois quinze à vingt ans avant les premiers troubles de mémoire.








