
L’Anses alerte sur une hausse inquiétante des cas de rage chez les animaux en Europe centrale depuis 2021. Portée par de nouveaux variants du virus, cette réémergence concerne plusieurs pays voisins de l’Union européenne et relance les appels à la vigilance, notamment pour les voyageurs et les personnes souhaitant ramener un animal de l’étranger.
Alors que l’Europe pensait avoir largement tourné la page de la rage, les autorités sanitaires observent un regain préoccupant de cette maladie à ses frontières orientales. Dans une alerte publiée le 10 juin 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) signale une augmentation des cas chez les animaux en Europe centrale depuis 2021. Les chercheurs mettent en évidence la circulation de plusieurs variants du virus, dont certains semblent avoir été introduits récemment dans l’Union européenne.
La France métropolitaine conserve son statut de pays indemne de rage terrestre depuis 2001 et aucun foyer animal n’y est actuellement recensé. Cette situation reste toutefois fragile. Car si la maladie a pratiquement disparu d’Europe occidentale grâce aux campagnes de vaccination des animaux sauvages, elle continue de provoquer chaque année près de 59 000 décès dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pour les spécialistes, l’augmentation des cas observée en Europe centrale rappelle que le virus circule toujours et peut franchir les frontières, notamment par l’intermédiaire d’animaux sauvages ou de chiens et chats importés depuis des pays où la rage demeure présente.
Rage : une maladie ancienne mais toujours redoutable
La rage est une maladie virale qui attaque progressivement le système nerveux central. Elle se transmet principalement par la salive d’un animal infecté, lors d’une morsure, d’une griffure ou parfois d’un léchage sur une peau lésée ou une muqueuse. Selon l’OMS, la rage provoque encore environ 59 000 décès chaque année dans le monde. Plus de 95 % de ces décès surviennent en Afrique et en Asie, où l’accès à la vaccination reste parfois limité.
Ce qui rend cette maladie particulièrement redoutable est son évolution. Après une période d’incubation qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, apparaissent des symptômes neurologiques :
- anxiété,
- agitation,
- difficultés à avaler,
- paralysies,
- convulsions,
- ou encore hydrophobie, une peur caractéristique de l’eau liée aux spasmes musculaires.
Une fois ces symptômes déclarés, la maladie est presque toujours mortelle. À l’inverse, lorsqu’une personne est prise en charge rapidement après une exposition à risque, grâce à un traitement post-exposition associant nettoyage de la plaie et vaccination, la maladie peut être évitée dans la quasi-totalité des cas.
Pourquoi une telle recrudescence de la rage ?
Une hausse des cas observée depuis 2021
Selon les travaux de surveillance menés par l’Anses et ses partenaires européens, plusieurs pays d’Europe centrale connaissent une augmentation du nombre de cas de rage animale depuis 2021 après plusieurs années de recul. La Pologne, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie figurent parmi les pays les plus concernés. En Pologne, 113 cas ont été recensés chez les animaux dès 2021, alors que certaines années précédentes n’en comptaient qu’une poignée. La Roumanie, l’un des principaux foyers de la maladie dans l’Union européenne, a quant à elle signalé 109 cas en 2025. Les contaminations touchent principalement les animaux sauvages, en particulier les renards, qui constituent l’un des principaux réservoirs du virus en Europe, mais aussi certains animaux domestiques.
Pour comprendre cette recrudescence, les chercheurs ont analysé le patrimoine génétique des virus circulants. Leurs résultats montrent la présence de plusieurs groupes distincts. L’un d’entre eux, baptisé « groupe C », attire particulièrement l’attention. Selon l’Anses, il aurait été introduit récemment dans l’Union européenne depuis des régions situées plus à l’est, probablement à proximité du sud de la Russie ou de l’est de la Turquie. Cette découverte montre que la rage reste une maladie dynamique, capable de franchir les frontières grâce aux déplacements d’animaux sauvages ou domestiques.
Pourquoi les renards jouent-ils un rôle clé ?
En Europe, le renard roux est considéré comme le principal réservoir sauvage de la rage terrestre. À partir des années 1980, de vastes campagnes de vaccination ont été mises en place dans plusieurs pays européens. Le principe étaitde disperser dans la nature des appâts contenant un vaccin oral que les renards pouvaient consommer.
Cette stratégie a permis une diminution spectaculaire du nombre de cas. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), elle a joué un rôle majeur dans l’élimination de la rage terrestre dans plusieurs pays européens. Mais les spécialistes rappellent que la surveillance doit être maintenue sur le long terme. Dès lors que le virus continue de circuler dans certaines régions voisines, un risque de réintroduction demeure.
La France est-elle menacée ?
Pour l’instant, la situation française reste rassurante. La France conserve son statut de pays indemne de rage terrestre. Le virus ne circule pas durablement chez les animaux sauvages ou domestiques présents sur le territoire. Cependant, les autorités sanitaires restent vigilantes. Depuis le début des années 2000, plusieurs cas de rage importée ont été identifiés en France. Ils concernaient principalement des chiens contaminés à l’étranger puis introduits illégalement sur le territoire.
À chaque fois, ces situations ont nécessité d’importantes enquêtes sanitaires afin d’identifier toutes les personnes et tous les animaux susceptibles d’avoir été en contact avec l’animal infecté. Selon le ministère de l’Agriculture, l’importation illégale d’animaux de compagnie demeure aujourd’hui l’un des principaux risques de réintroduction de la maladie.
Voyager avec un animal ou en adopter un à l’étranger : attention
L’été est souvent synonyme de voyages. Et il n’est pas rare que certains vacanciers soient tentés de ramener un chiot ou un chaton rencontré pendant leur séjour. Pourtant, ce geste peut représenter un véritable risque sanitaire. Pour entrer légalement en France, un chien, un chat ou un furet provenant d’un pays où la rage circule doit respecter plusieurs obligations : être identifié, vacciné contre la rage et, dans certaines situations, avoir réalisé un titrage sérologique permettant de vérifier l’efficacité de cette vaccination.
Or, un animal peut sembler parfaitement sain alors qu’il est en période d’incubation. C’est précisément ce qui rend la maladie difficile à détecter avant l’apparition des symptômes. L’Anses recommande donc de ne jamais adopter ou importer un animal trouvé à l’étranger sans respecter scrupuleusement les procédures sanitaires en vigueur.
Que faire en cas de morsure à l’étranger ?
Face à une morsure ou une griffure survenue dans un pays où la rage est présente, les autorités recommandent de réagir immédiatement. Le premier réflexe consiste à laver abondamment la plaie à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes. Il faut ensuite consulter rapidement un professionnel de santé afin d’évaluer la nécessité d’un traitement post-exposition.
Selon Santé publique France, cette prise en charge précoce constitue la meilleure protection contre la maladie. Même si l’animal paraît en bonne santé, seul un avis médical permet d’évaluer correctement le risque.
À SAVOIR
La chauve-souris est aujourd’hui le seul animal sauvage naturellement porteur de virus de la rage présent en France métropolitaine. Selon l’Anses et le ministère de l’Agriculture, plusieurs espèces de chauves-souris européennes peuvent héberger des virus proches de celui de la rage classique, appelés lyssavirus. Les cas restent extrêmement rares, mais cette particularité explique pourquoi la France est considérée comme indemne de rage terrestre tout en maintenant une surveillance spécifique des populations de chauves-souris.







