La femme de 80 ans étonnée de retrouver la parole et quelques souvenirs grâce à la prise de champignons hallucinogènes.
À ce jour, la psilocybine n’est évidemment pas autorisée en France comme traitement de la maladie d’Alzheimer et son usage médical reste très limité dans le monde. © Magnific

Au Brésil, des chercheurs ont rapporté qu’une femme de plus de 80 ans, muette depuis cinq ans, atteinte d’une forme avancée de la maladie d’Alzheimer a retrouvé temporairement certaines capacités de mémoire, de langage et d’autonomie après l’administration encadrée de champignons hallucinogènes contenant de la psilocybine. 

Pendant près de cinq ans, elle ne prononçait plus que quelques mots épars. Ses proches pensaient ne plus jamais entendre sa voix. Pourtant, moins de vingt-quatre heures après l’administration encadrée de champignons halluconogènes contenant de la psilocybine, cette femme de plus de 80 ans atteinte d’une forme avancée de la maladie d’Alzheimer s’est remise à parler, à reconnaître certains membres de sa famille et à évoquer des souvenirs personnels. Cette évolution aussi inattendue que troublante est rapportée par une équipe de chercheurs brésiliens dans un cas clinique publié dans la revue scientifique Frontiers in Neuroscience. Un récit qui interroge autant qu’il fascine, à l’heure où les traitements disponibles ne permettent toujours pas de guérir la maladie.

La patiente, une femme américano-japonaise âgée de plus de 80 ans, vivait avec la maladie d’Alzheimer depuis environ une décennie. Selon les auteurs de l’étude, son état s’était considérablement dégradé au fil des années. Depuis près de cinq ans, elle ne communiquait plus que par quelques mots isolés. Elle présentait également une perte importante d’autonomie, des difficultés à reconnaître ses proches, une mobilité réduite et une incontinence urinaire. Sa dépendance était devenue quasi totale.

Avec l’accord de ses représentants légaux, elle a participé à une prise en charge expérimentale au Brésil, dans un cadre médical strictement supervisé. Les chercheurs lui ont administré une dose orale unique de 5 grammes de champignons contenant de la psilocybine, une molécule psychédélique naturellement présente dans certaines espèces de champignons hallucinogènes.

Les effets observés ont surpris l’équipe médicale. Environ 19 heures après la prise, la patiente a commencé à parler spontanément. Elle a évoqué des souvenirs personnels, reconnu des membres de sa famille et participé à des échanges qu’elle n’était plus capable d’avoir depuis plusieurs années. Au cours des semaines suivantes, les chercheurs ont également observé une amélioration de certaines fonctions du quotidien avec davantage d’interactions sociales, une meilleure mobilité, une récupération partielle de la continence urinaire et un gain d’autonomie.

Une seconde administration, réalisée un mois plus tard à une dose plus faible, aurait entraîné de nouveaux bénéfices temporaires. Les auteurs évoquent une « amélioration multidimensionnelle transitoire », insistant sur le caractère temporaire des progrès observés. Aucune guérison n’a été constatée.

La psilocybine est une substance psychédélique qui agit principalement sur certains récepteurs de la sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans l’humeur, la perception et différentes fonctions cognitives. Une fois ingérée, elle est transformée par l’organisme en psilocine, la molécule active responsable des effets psychédéliques. Longtemps délaissée, la recherche sur les psychédéliques connaît un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années.

Des essais cliniques évaluent actuellement le potentiel thérapeutique de la psilocybine dans plusieurs indications, notamment la dépression résistante, l’anxiété liée aux maladies graves ou certaines addictions. En revanche, les données concernant les maladies neurodégénératives restent très limitées. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, la psilocybine demeure une substance classée comme stupéfiant en France et son usage n’est autorisé que dans le cadre de protocoles de recherche.

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses. Selon eux, la psilocybine pourrait temporairement renforcer la communication entre différentes régions du cerveau en augmentant la connectivité neuronale. Des travaux d’imagerie cérébrale réalisés chez des personnes en bonne santé ou souffrant de troubles psychiatriques suggèrent que cette substance modifie l’organisation habituelle des réseaux cérébraux.

Elle pourrait notamment favoriser la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à créer ou réorganiser certaines connexions neuronales. Chez une personne atteinte d’Alzheimer, certains circuits cérébraux pourraient rester partiellement fonctionnels malgré l’évolution de la maladie. La psilocybine pourrait alors, de façon temporaire, faciliter leur réactivation. À ce stade, il ne s’agit toutefois que d’une hypothèse. Les mécanismes exacts restent inconnus.

Un résultat spectaculaire, mais un niveau de preuve très faible

Aussi impressionnante soit-elle, cette observation ne permet pas de conclure à l’efficacité de la psilocybine contre Alzheimer. Pour une raison simple, il s’agit d’un cas clinique isolé. Ce type de publication correspond à l’un des niveaux de preuve scientifique les plus faibles. Sans groupe témoin ni comparaison avec d’autres patients, il est impossible d’exclure d’autres facteurs susceptibles d’expliquer l’évolution observée.

Les chercheurs eux-mêmes appellent à la prudence. Le suivi de la patiente reste limité dans le temps et les améliorations rapportées semblent avoir été transitoires. Des essais cliniques impliquant un plus grand nombre de participants seront nécessaires pour déterminer si ces résultats peuvent être reproduits.

Près d’un million de personnes concernées en France

En France, près d’un million de personnes vivent avec une maladie neurocognitive, dont la majorité souffre de la maladie d’Alzheimer, selon la Haute Autorité de santé. Malgré des décennies de recherche, aucun traitement ne permet aujourd’hui de guérir la maladie ni d’en inverser l’évolution.

Les médicaments actuellement disponibles visent essentiellement à atténuer certains symptômes ou à ralentir modestement la progression chez certains patients. Ces dernières années, de nouvelles approches ciblant les protéines bêta-amyloïdes ont suscité des espoirs, mais leurs bénéfices restent limités et concernent principalement les formes précoces.

Attention : n’ayez pas recours à l’automédication

En l’absence de groupe témoin et de suivi à long terme, il est impossible de savoir si les améliorations observées sont directement liées à la psilocybine, dans quelle mesure elles pourraient être reproduites chez d’autres patients ou combien de temps elles pourraient durer. Cette publication ne constitue donc en aucun cas une invitation à l’automédication.

En France, la psilocybine est classée parmi les stupéfiants et son usage est strictement interdit en dehors de protocoles de recherche autorisés. La consommation de champignons hallucinogènes peut entraîner des effets indésirables parfois sévères : anxiété intense, épisodes de panique, hallucinations, désorientation, confusion ou altération du jugement. Chez des personnes âgées, fragiles ou atteintes de troubles cognitifs, ces risques peuvent être encore plus importants.

À SAVOIR 

La psilocybine n’est pas seulement étudiée pour la maladie d’Alzheimer. Depuis une dizaine d’années, cette molécule fait l’objet de nombreux essais cliniques dans le traitement de la dépression résistante, des addictions ou encore de l’anxiété liée aux maladies graves.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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