Alzheimer : une protéine naturelle pourrait aider le cerveau à se protéger

le 23 juillet 2026 à 16h15
Une scientifique découvre que le cerveau pourrait se protéger naturellement contre la maladie d’Alzheimer.
Aujourd’hui, aucun traitement ne permet de guérir la maladie d’Alzheimer, mais certains peuvent en ralentir modestement l’évolution chez certains patients. © Magnific
Et si notre cerveau possédait déjà une défense naturelle contre Alzheimer ? Des chercheurs américains ont découvert qu’une protéine appelée SORLA pourrait limiter l’accumulation de tau, une protéine qui, lorsqu’elle se dérègle, forme des amas toxiques capables d’endommager les neurones. Publiés le 17 juillet 2026 dans Science Advances, leurs résultats chez la souris ouvrent une nouvelle piste contre la maladie, encore à confirmer chez l’être humain.
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Près de 1,2 million de personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer en France, selon la Fondation Alzheimer. Malgré les progrès réalisés pour mieux comprendre et diagnostiquer cette maladie, aucun traitement ne permet aujourd’hui de la guérir. La recherche continue donc d’explorer de nouvelles pistes. L’une d’elles vient d’être mise en lumière par des chercheurs du Sanford Burnham Prebys Medical Discovery Institute, aux États-Unis. Leur étude, publiée le 17 juillet 2026 dans la revue scientifique Science Advances, s’intéresse à une protéine encore peu connue du grand public : SORLA.

Naturellement présente dans notre organisme, elle pourrait fonctionner comme une sorte de mécanisme de défense du cerveau. Chez des souris, les chercheurs ont constaté qu’une présence plus importante de SORLA permettait de limiter plusieurs dégâts associés à l’accumulation de la protéine tau, l’un des phénomènes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Que se passe-t-il dans le cerveau en cas d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer est notamment associée à l’accumulation anormale de deux protéines : la bêta-amyloïde et tau. La première forme progressivement des plaques entre les neurones. La seconde s’accumule à l’intérieur de ces cellules. Pourtant, en temps normal, tau est parfaitement utile. Elle contribue au bon fonctionnement des neurones en participant au maintien de leur structure interne. Le problème survient lorsqu’elle se dérègle. Tau change alors progressivement de forme et peut s’accumuler à l’intérieur des neurones. Des amas se constituent et perturbent leur fonctionnement.

À mesure que le phénomène progresse, les neurones communiquent de moins en moins bien entre eux, puis certains finissent par mourir. Le cerveau perd progressivement du volume dans certaines régions. Ce processus participe notamment à l’apparition des troubles de la mémoire et des autres symptômes de la maladie. Selon l’Inserm, les anomalies de tau et l’accumulation de bêta-amyloïde constituent deux marqueurs biologiques majeurs de la maladie d’Alzheimer. 

Alzheimer : quelle défense naturelle du cerveau les chercheurs ont-ils découverte ?

SORLA, le « centre de tri » des cellules

Notre organisme produit naturellement la protéine SORLA. Elle est notamment présente dans le cerveau et participe à la bonne organisation de nos cellules. Son travail peut être comparé à celui d’un centre de tri. À l’intérieur d’une cellule, de nombreuses protéines doivent constamment être transportées, recyclées ou dirigées au bon endroit. SORLA participe à cette circulation et contribue ainsi à maintenir un fonctionnement cellulaire normal.

Les spécialistes d’Alzheimer connaissaient déjà cette protéine. Le gène qui permet à notre organisme de la fabriquer, appelé SORL1, est étudié depuis plusieurs années car certaines de ses variations sont associées à un risque plus important de développer la maladie. SORLA avait également attiré l’attention pour son rôle dans les mécanismes liés à la bêta-amyloïde. Les chercheurs américains ont donc voulu répondre à une autre question : cette protéine pourrait-elle également protéger le cerveau contre les effets néfastes de tau ?

Davantage de SORLA, moins de dégâts

Pour le savoir, l’équipe a travaillé sur des souris présentant une accumulation anormale de tau dans le cerveau. Certaines avaient été modifiées pour produire davantage de SORLA humaine. D’autres, à l’inverse, ne pouvaient plus produire cette protéine. La comparaison entre les animaux a permis d’observer une différence nette. Chez les souris produisant davantage de SORLA, les chercheurs ont retrouvé moins de formes anormales de tau dans le cerveau.

Ils ont également observé que la protéine tau avait moins tendance à favoriser sa propre accumulation. Habituellement, certaines formes anormales de tau peuvent en effet entraîner progressivement d’autres protéines tau dans leur sillage, comme un effet boule de neige. Ce mécanisme contribue à la formation et à la propagation des amas dans le cerveau. Avec davantage de SORLA, ce phénomène était réduit. Mais surtout, les effets étaient visibles sur l’état général du cerveau.

Les connexions entre les neurones mieux préservées

Les chercheurs ont constaté que les souris produisant davantage de SORLA présentaient une perte de volume cérébral moins importante. Leurs synapses étaient également mieux préservées. Ces synapses sont les minuscules points de contact grâce auxquels les neurones communiquent entre eux. Elles sont indispensables au fonctionnement du cerveau, notamment pour apprendre, mémoriser ou récupérer une information.

Lorsque ces connexions disparaissent, la communication entre les neurones devient progressivement plus difficile. Chez les souris disposant de davantage de SORLA, les scientifiques ont aussi observé une meilleure capacité de ces connexions à s’adapter et à évoluer, une fonction essentielle pour la mémoire. À l’inverse, lorsque les chercheurs empêchaient les souris de produire SORLA, les dégâts liés à tau devenaient plus importants. Les deux expériences conduisent donc à la même observation : chez ces animaux, la présence de SORLA semble aider le cerveau à mieux résister aux effets nocifs de tau.

SORLA pourrait protéger le cerveau de plusieurs façons

SORLA ne semble pas agir uniquement sur les neurones. Notre cerveau contient en effet de nombreuses autres cellules qui jouent un rôle essentiel dans son fonctionnement. Certaines nourrissent et protègent les neurones, éliminent des déchets ou participent aux défenses immunitaires du cerveau.

Les chercheurs ont constaté que l’augmentation de SORLA réduisait également certains dérèglements observés dans ces cellules lorsque tau s’accumule. Cette découverte pourrait permettre de mieux comprendre comment les réactions inflammatoires du cerveau participent à la maladie et, à terme, d’identifier de nouvelles cibles pour de futurs médicaments. 

Une protéine intéressante sur deux fronts

SORLA intrigue d’autant plus les chercheurs qu’elle pourrait intervenir sur deux phénomènes majeurs associés à Alzheimer. Son rôle dans les mécanismes liés à la bêta-amyloïde était déjà étudié. Ces nouveaux travaux suggèrent désormais qu’elle pourrait également protéger le cerveau face aux anomalies de tau.

Cette double action potentielle est intéressante car Alzheimer est une maladie particulièrement complexe. Elle ne résulte pas d’un seul mécanisme qui se dérègle, mais de plusieurs phénomènes qui évoluent et interagissent progressivement. Selon l’Inserm, si les anomalies de bêta-amyloïde et de tau sont aujourd’hui bien identifiées, les chercheurs travaillent encore à comprendre précisément comment elles conduisent à la disparition progressive des neurones. L’inflammation du cerveau et les réactions du système immunitaire font également partie des pistes étudiées.

À SAVOIR

Alzheimer peut s’installer dans le cerveau des décennies avant le premier trou de mémoire. Selon l’Inserm, les lésions progressent silencieusement pendant des années avant que les premiers symptômes deviennent visibles. Lorsque les oublis apparaissent, la maladie a donc généralement commencé son travail bien plus tôt.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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