Un sénior à risque de démence prenant des antidépresseurs susceptibles d’aggraver le déclin cognitif.
Chaque année, près de 7 millions de Français consomment des antidépresseurs, parmi lesquels le Prozac® ou le Seroplex®. © Magnific

Très prescrits chez les seniors contre la dépression, les troubles urinaires ou la maladie de Parkinson, certains médicaments dits anticholinergiques pourraient favoriser les troubles cognitifs et la démence en cas d’utilisation prolongée, selon une vaste étude publiée dans JAMA Internal Medicine.

Mémoire qui flanche, difficultés de concentration, confusion inhabituelle, sensation de « brouillard mental »… Chez les personnes âgées, ces troubles sont souvent considérés comme des signes classiques du vieillissement. Pourtant, certains médicaments pourraient aussi favoriser ces symptômes. Depuis plusieurs années, des chercheurs s’intéressent notamment aux traitements dits « anticholinergiques », prescrits contre la dépression, les troubles urinaires, certaines douleurs chroniques ou encore la maladie de Parkinson. Ces médicaments bloquent l’action de l’acétylcholine, une molécule essentielle au bon fonctionnement du cerveau et de la mémoire.

Dans une vaste étude publiée dans la revue scientifique JAMA Internal Medicine, des chercheurs britanniques ont observé une association entre l’exposition prolongée à certains médicaments anticholinergiques et un risque accru de démence chez les plus de 55 ans. Plus récemment, des chercheurs australiens ont également relancé le débat autour de l’usage au long cours de certains antidépresseurs et de leurs possibles effets cognitifs.

Anticholinergiques : des traitements très utilisés chez les personnes âgées

Parmi les médicaments concernés figurent notamment certains antidépresseurs, des traitements contre les troubles urinaires, certains antiparkinsoniens, des antipsychotiques ou encore certains antihistaminiques. Le problème, c’est que beaucoup de seniors cumulent plusieurs traitements au quotidien. Cette accumulation peut augmenter ce que les médecins appellent la « charge anticholinergique », c’est-à-dire l’impact global de ces médicaments sur le cerveau.

En France, la polymédication est fréquente chez les personnes âgées. Selon l’Assurance maladie, une grande partie des plus de 75 ans prend plusieurs médicaments chaque jour pour traiter différentes maladies chroniques. Plus le nombre de traitements augmente, plus le risque d’effets indésirables ou d’interactions médicamenteuses augmente également.

Ces médicaments très prescrits sont associés à davantage de cas de démence

Publiés dans la revue scientifique JAMA Internal Medicine, les travaux de chercheurs britanniques ont passé au crible les données médicales de plus de 280 000 personnes âgées de plus de 55 ans. Parmi elles, près de 59 000 souffraient d’une démence. En comparant leurs traitements avec ceux de patients du même âge sans troubles cognitifs, les scientifiques ont remarqué un point troublant : les personnes ayant pris pendant plusieurs années certains médicaments anticholinergiques forts présentaient davantage de cas de démence.

Les traitements les plus concernés étaient notamment certains antidépresseurs, médicaments contre les troubles urinaires, antiparkinsoniens, antipsychotiques et antiépileptiques. Plus l’exposition était longue et les doses cumulées importantes, plus le risque observé augmentait. Pourquoi ces médicaments inquiètent-ils autant ? Parce qu’ils agissent en bloquant l’acétylcholine, une molécule indispensable à la mémoire, à l’apprentissage et au bon fonctionnement du cerveau. Or, c’est justement ce système qui est progressivement altéré dans la maladie d’Alzheimer.

Pourquoi le cerveau des seniors est-il plus vulnérable ?

L’acétylcholine intervient dans de nombreuses fonctions cérébrales. Or, dans la maladie d’Alzheimer, on observe justement une diminution progressive des neurones utilisant cette molécule. En bloquant son action, certains médicaments peuvent donc perturber les fonctions cognitives, surtout chez des personnes âgées déjà fragilisées. Chez certains patients, cela peut provoquer un syndrome confusionnel aigu : 

  • désorientation, 
  • difficultés à parler, 
  • agitation,
  • hallucinations temporaires.

Le plus délicat, c’est que ces symptômes peuvent parfois être attribués au vieillissement normal. Une fatigue inhabituelle, des oublis répétés ou des difficultés à suivre une conversation ne sont pas toujours immédiatement reliés aux traitements. C’est pourquoi plusieurs sociétés savantes recommandent aujourd’hui une vigilance particulière concernant les médicaments anticholinergiques chez les seniors. La Haute Autorité de santé rappelle régulièrement l’importance de réévaluer les prescriptions chez les personnes âgées, notamment lorsqu’elles présentent des troubles cognitifs, des chutes ou une fragilité importante.

Les antidépresseurs au long cours relancent aussi le débat

Le débat autour des effets des antidépresseurs au long cours refait lui aussi surface. Dans un article publié en juin 2026 dans l’Australian Journal of General Practice, des chercheurs australiens du Royal Australian College of General Practitioners se sont penchés sur l’utilisation prolongée de ces traitements, particulièrement fréquente chez les seniors.

Selon eux, certaines études pourraient surestimer les bénéfices des antidépresseurs après un an de traitement. En cause, des symptômes de sevrage après l’arrêt du médicament : 

  • anxiété, 
  • troubles du sommeil,
  • irritabilité,
  • difficultés de concentration…

qui pourraient parfois être confondus avec une rechute de la dépression. Les chercheurs évoquent aussi plusieurs effets indésirables susceptibles d’apparaître avec le temps comme un émoussement émotionnel, une prise de poids, des troubles sexuels ou encore des difficultés cognitives. Pas question pour autant de remettre en cause l’utilité des antidépresseurs, qui restent des traitements essentiels pour de nombreux patients, notamment en cas de dépression sévère. 

Non, il ne faut jamais interrompre brutalement un traitement sans avis médical. Dans de nombreux cas, ces médicaments apportent un bénéfice important, voire indispensable, à la qualité de vie des patients. L’objectif n’est donc pas d’alarmer inutilement, mais plutôt de favoriser un suivi plus attentif des traitements chez les seniors. Lorsqu’une personne âgée présente des troubles de mémoire, des épisodes de confusion ou des chutes répétées, le médecin peut parfois envisager plusieurs solutions : réduire certaines doses, remplacer un médicament par une alternative moins anticholinergique ou supprimer un traitement devenu inutile.

Depuis plusieurs années, les gériatres alertent d’ailleurs sur l’importance de « déprescrire » certains médicaments lorsque leur rapport bénéfice-risque devient défavorable. Car avec le temps, ce n’est pas seulement l’âge qui peut brouiller la mémoire. Parfois, ce sont aussi les traitements accumulés au fil des années qui finissent par peser sur le cerveau.

À SAVOIR 

Certains somnifères en vente libre et certains médicaments contre le mal des transports possèdent eux aussi des propriétés anticholinergiques, susceptibles de provoquer somnolence, confusion ou troubles de la mémoire chez les personnes âgées.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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