Une jeune femme souffrant d'une constipation sévère et douloureuse provoquée par son traitement par neuroleptiques.
La constipation figure parmi les effets secondaires fréquents des neuroleptiques. © Magnific

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé, ce  jeudi 11 juin 2026, une nouvelle alerte sur les neuroleptiques, aussi appelés antipsychotiques. Ces médicaments, largement utilisés en psychiatrie mais aussi chez certaines personnes âgées, peuvent provoquer une constipation sévère susceptible d’évoluer vers des complications graves, parfois mortelles. Face à des cas encore régulièrement signalés, l’agence appelle les patients, leurs proches et les professionnels de santé à redoubler de vigilance.

Chaque année, des milliers de Français prennent des neuroleptiques pour traiter des troubles psychiatriques tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires ou certaines formes de dépression sévère. Ces médicaments, indispensables pour de nombreux patients, sont également prescrits dans certaines situations chez les personnes âgées. Mais un effet secondaire souvent considéré comme bénin inquiète aujourd’hui les autorités sanitaires.

Le 11 juin 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé une nouvelle alerte concernant le risque de constipation sévère associé à ces traitements. Car derrière ce trouble digestif en apparence banal peuvent se cacher des complications redoutables, allant de l’occlusion intestinale à la perforation de l’intestin. Des hospitalisations continuent d’être signalées en France et certains cas ont même conduit au décès de patients.

Face à ces signalements persistants, l’ANSM appelle les professionnels de santé, les patients et leurs proches à redoubler de vigilance. Les personnes de plus de 60 ans sont particulièrement concernées, leur organisme étant plus sensible à certains effets des neuroleptiques susceptibles de ralentir fortement le transit intestinal.

Pourquoi les neuroleptiques peuvent-ils provoquer une constipation ?

Les neuroleptiques, également appelés antipsychotiques, agissent principalement sur certains neurotransmetteurs du cerveau afin de réduire des symptômes tels que les hallucinations, les idées délirantes ou certaines manifestations de l’agitation psychique. Mais leur action ne se limite pas au cerveau. Plusieurs de ces médicaments possèdent également des propriétés dites « anticholinergiques ». En termes simples, ils peuvent ralentir certaines fonctions automatiques de l’organisme, dont les mouvements naturels de l’intestin.

Résultat, le transit intestinal devient plus lent. Les selles stagnent plus longtemps dans le côlon, se déshydratent progressivement et deviennent plus difficiles à évacuer. Selon l’ANSM, cette constipation peut concerner l’ensemble des neuroleptiques, même si certains présentent un risque plus élevé que d’autres en raison de leurs effets anticholinergiques plus marqués.

Constipation mortelle : une complication souvent sous-estimée

Une constipation n’est pas toujours qu’une simple gêne digestive. Chez certaines personnes traitées par neuroleptiques, elle peut évoluer discrètement pendant plusieurs jours avant de prendre une tournure beaucoup plus grave. Selon l’ANSM, l’accumulation des selles peut entraîner une véritable réaction en chaîne :

  • Une constipation sévère, avec un ralentissement important du transit intestinal ;
  • Une occlusion intestinale, lorsque le tube digestif se bloque partiellement ou totalement ;
  • Une perforation de l’intestin, sous l’effet de la pression exercée sur sa paroi ;
  • Une infection grave de l’abdomen, provoquée par la fuite de bactéries hors de l’intestin ;
  • Un risque vital engagé, dans les situations les plus sévères.

Le problème est que les premiers signes passent souvent inaperçus. Une diminution du nombre de selles, un ventre un peu plus gonflé que d’habitude ou quelques douleurs abdominales peuvent sembler anodins, en particulier chez les personnes âgées où les troubles du transit sont fréquents.

Pourtant, selon l’ANSM, des cas graves continuent d’être signalés aux centres régionaux de pharmacovigilance français malgré plusieurs alertes déjà diffusées ces dernières années. C’est précisément cette persistance des signalements qui a conduit l’agence sanitaire à renouveler sa mise en garde. Son message est simple. Sous neuroleptiques, une constipation qui s’installe ne doit jamais être banalisée. Elle peut parfois être le premier maillon d’une complication potentiellement mortelle.

Pourquoi les personnes âgées sont-elles particulièrement exposées ?

L’ANSM attire tout particulièrement l’attention sur les patients âgés de 60 ans et plus. Avec l’avancée en âge, le transit intestinal tend naturellement à ralentir. Les personnes âgées présentent également plus souvent une diminution de l’activité physique, une hydratation insuffisante ou la prise simultanée de plusieurs médicaments pouvant eux aussi favoriser la constipation.

Or, selon l’agence, les effets anticholinergiques des neuroleptiques peuvent s’ajouter à ces facteurs de risque déjà présents. Les symptômes peuvent également être plus difficiles à repérer. Certaines personnes âgées souffrant de troubles cognitifs ou neurologiques peuvent avoir du mal à signaler une douleur abdominale ou une absence de selles prolongée. Dans ces situations, les proches et les soignants jouent un rôle essentiel dans la surveillance.

L’ANSM recommande de ne jamais minimiser les troubles digestifs survenant sous neuroleptiques. Plusieurs symptômes doivent conduire à consulter rapidement un médecin :

  • une absence prolongée de selles ;
  • une constipation inhabituelle ou qui s’aggrave ;
  • des douleurs abdominales importantes ;
  • un ventre gonflé ou tendu ;
  • des nausées ou des vomissements ;
  • une diarrhée inexpliquée, qui peut parfois masquer une constipation sévère ;
  • une fièvre associée à des symptômes digestifs.

Ces signes peuvent annoncer une complication nécessitant une prise en charge rapide.

Pour limiter les risques, l’ANSM insiste sur l’importance d’une prévention précoce. Avant même le début du traitement, les médecins sont invités à rechercher les facteurs favorisant la constipation : 

  • antécédents digestifs, 
  • alimentation pauvre en fibres, 
  • sédentarité, 
  • prise d’autres médicaments ralentissant le transit.

Le suivi doit ensuite se poursuivre tout au long du traitement. Interroger régulièrement le patient sur la fréquence de ses selles, son confort digestif ou l’apparition de douleurs abdominales permet souvent de détecter un problème avant qu’il ne devienne grave. L’agence rappelle également que les patients et leur entourage doivent être informés de ce risque dès la mise en route du traitement.

Non. Malgré cette alerte, l’ANSM rappelle qu’il ne faut jamais interrompre un traitement par neuroleptiques sans avis médical. Ces médicaments sont prescrits pour traiter des maladies psychiatriques parfois sévères, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires, et leur arrêt brutal peut entraîner une réapparition des symptômes ou une déstabilisation de l’état de santé du patient.

En revanche, l’apparition d’une constipation persistante ou de symptômes digestifs inhabituels doit conduire à consulter rapidement un professionnel de santé. Celui-ci pourra évaluer la situation, rechercher d’éventuels signes de complication et, si nécessaire, adapter le traitement ou mettre en place des mesures pour faciliter le transit.

À SAVOIR

La constipation figure parmi les effets indésirables médicamenteux les plus fréquents chez les personnes âgées. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), la polymédication constitue l’un des principaux facteurs de risque. Certains antidépresseurs, antidouleurs opioïdes, médicaments contre la maladie de Parkinson ou encore certains traitements de la vessie peuvent eux aussi ralentir fortement le transit intestinal.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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