Les arrêts maladie sont de nouveau dans le viseur. Selon les informations révélées ce 22 septembre 2026, le gouvernement s’apprête à demander aux partenaires sociaux, représentants des salariés et des employeurs, de négocier de nouvelles mesures permettant de dégager au moins 600 millions d’euros d’économies. L’objectif est d’abord budgétaire. Les indemnités journalières, ces sommes versées notamment par l’Assurance maladie pour compenser une partie du revenu perdu lorsqu’un salarié ne peut plus travailler pour raison de santé, coûtent de plus en plus cher.
Selon les chiffres communiqués par le gouvernement en avril 2026, 9,1 millions d’arrêts de travail ont été indemnisés en 2024, soit 10 % de plus qu’en 2019. En 2025, les dépenses d’indemnités journalières ont atteint 17,9 milliards d’euros, soit 7 milliards de plus qu’en 2016. Mais attention au raccourci, une augmentation des dépenses ne signifie pas nécessairement que les Français abusent davantage des arrêts maladie. Emploi, salaires, vieillissement de la population active, état de santé des travailleurs ou encore durée des arrêts entrent tous dans l’équation.
Pourquoi les arrêts maladie coûtent-ils de plus en plus cher ?
La hausse des arrêts maladie ne date pas d’hier. Leur volume progressait déjà de 2,3 % par an en moyenne entre 2010 et 2019. Entre 2019 et 2023, la hausse s’est accélérée pour atteindre 3,9 % par an en moyenne, au-delà des perturbations directement liées à l’épidémie de Covid-19. En 2023, les arrêts pour maladie représentaient ainsi 10,2 milliards d’euros d’indemnisation dans la population étudiée. Ils correspondaient à 85 % des arrêts indemnisés et à 70 % des journées indemnisées parmi les arrêts maladie, accidents du travail et maladies professionnelles et congés maternité-adoption.
Mais une bonne partie de l’augmentation de la facture est mécanique. Davantage de personnes travaillent, les salaires ont augmenté et la population active vieillit. Or le montant des indemnités dépend notamment des rémunérations, tandis que l’âge joue sur la durée des arrêts. Selon la Drees et la Cnam, les facteurs économiques et démographiques expliquent environ 60 % de la croissance des indemnités journalières maladie sur la période étudiée. Le reste provient notamment d’une augmentation du recours aux arrêts et de leur durée à âge donné.
Arrêts maladie : mais quels sont les motifs ?
Santé mentale, dos, articulations… pourquoi s’arrête-t-on longtemps ?
Une grippe peut nous clouer au lit quelques jours. Mais lorsqu’il s’agit d’une dépression, d’un cancer ou d’un mal de dos persistant, reprendre le travail peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Et certaines maladies sont particulièrement susceptibles d’éloigner durablement les salariés de leur emploi. Parmi les principaux problèmes de santé pouvant entraîner des arrêts prolongés, on retrouve notamment :
- Les troubles musculosquelettiques (TMS) : lombalgies, douleurs aux épaules, tendinites ou syndrome du canal carpien. Ces troubles touchent les muscles, les tendons et les articulations. Ils peuvent être favorisés par les gestes répétitifs, le port de charges lourdes ou les mauvaises postures au travail.
- Les troubles de la santé mentale : dépression, troubles anxieux ou épuisement professionnel peuvent rendre difficile, voire impossible, la poursuite de son activité. Selon la gravité des symptômes, plusieurs semaines ou mois de repos et de soins peuvent être nécessaires avant d’envisager une reprise.
- Les maladies chroniques et les cancers : certaines pathologies nécessitent des traitements lourds, des hospitalisations ou une période de récupération prolongée. La fatigue, les douleurs et les effets secondaires des traitements peuvent également retarder le retour au travail.
Réduire le nombre d’arrêts maladie ne consiste donc pas seulement à mieux encadrer les prescriptions. Cela suppose aussi de prévenir les maladies professionnelles, d’améliorer les conditions de travail et d’accompagner les salariés malades pour leur permettre de reprendre leur activité dans de bonnes conditions.
Quelles sont les maladies qui provoquent le plus d’arrêts de travail en France ?
Les troubles musculosquelettiques (TMS), comme les lombalgies, les tendinites ou les douleurs articulaires, occupent une place importante. Selon l’Assurance maladie, ils représentaient près de 90 % des maladies professionnelles reconnues en 2024. Ce chiffre concerne toutefois uniquement les maladies reconnues comme liées au travail, et non tous les arrêts maladie.
La santé mentale pèse elle aussi de plus en plus lourd. En 2023, les troubles psychiques représentaient près d’un tiers des journées d’arrêt prescrites en ligne. Pour les syndromes dépressifs, la durée moyenne de l’arrêt dépassait 40 jours. Les cancers et certaines maladies chroniques peuvent, de leur côté, nécessiter des interruptions beaucoup plus longues, parfois de plusieurs mois.
Et c’est justement la durée qui fait fortement grimper la facture. Selon la Drees et la Cnam, les arrêts de plus de six mois ne représentaient que 7 % des arrêts maladie indemnisés en 2023, mais concentraient à eux seuls 45 % des dépenses. À l’inverse, les arrêts de moins de huit jours représentaient près de la moitié des arrêts, mais seulement 4 % des dépenses.
Prévenir l’arrêt plutôt que seulement réduire sa durée
Faire baisser la facture ne passe pas forcément par des arrêts plus courts. Éviter qu’un problème de santé ne s’installe ou ne s’aggrave fait aussi partie de la stratégie présentée par le gouvernement en avril 2026. Celle-ci repose sur trois priorités :
- prévenir les arrêts évitables,
- mieux accompagner le retour au travail,
- renforcer les contrôles.
La prévention vise notamment les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux, comme le stress chronique, les violences au travail ou certaines situations d’épuisement professionnel. L’idée est d’intervenir suffisamment tôt pour éviter qu’un problème de santé ne conduise à un arrêt long. Un enjeu sanitaire pour le salarié, mais aussi financier pour l’Assurance maladie, puisque les arrêts les plus longs concentrent une grande partie des dépenses.
Et une fois l’arrêt commencé, la reprise peut se préparer. Visite de pré-reprise avec la médecine du travail, adaptation du poste ou des horaires, temps partiel thérapeutique… Ces dispositifs permettent de reprendre progressivement lorsque l’état de santé le permet et d’éviter qu’une maladie ou un accident n’éloigne durablement une personne de son emploi. C’est ce que les professionnels appellent la prévention de la désinsertion professionnelle.
Arrêts maladie : des règles déjà durcies en 2026
La prévention n’est toutefois qu’une partie de la stratégie. Le gouvernement et l’Assurance maladie cherchent parallèlement à mieux encadrer les prescriptions et à détecter les situations considérées comme atypiques. Les arrêts délivrés en téléconsultation sont ainsi limités à trois jours, sauf exceptions. Les formulaires papier ont également été sécurisés afin de lutter contre les faux arrêts. En 2025, l’Assurance maladie a par ailleurs accompagné ou contrôlé près de 740 000 assurés, tandis que certains médecins présentant des pratiques de prescription jugées atypiques ont fait l’objet d’un suivi spécifique.
Depuis le 1er septembre 2026, une nouvelle règle encadre également la durée des prescriptions : un premier arrêt est limité à un mois et une prolongation à deux mois. Un médecin peut toutefois prescrire une durée supérieure lorsque l’état de santé de son patient le nécessite, à condition de le justifier. Les arrêts longs, les arrêts courts mais répétés, ceux prescrits en téléconsultation ou encore certaines situations de « nomadisme médical » font également partie des cas particulièrement surveillés. L’objectif affiché est donc de distinguer les arrêts médicalement nécessaires des prescriptions considérées comme évitables, excessivement longues ou frauduleuses.
Malgré ces mesures, la facture augmente encore
Pour l’instant, la courbe n’est pourtant pas franchement redescendue. Selon les données de la Cnam, en juillet 2026, les dépenses d’indemnités journalières ont encore augmenté de 4,2 % par rapport à juillet 2025. Sur les sept premiers mois de l’année, leur progression atteint 2,4 %, et 2,9 % sur douze mois.
Une première mesure financière avait pourtant déjà été prise en avril 2025 : le plafond de revenus servant au calcul de certaines indemnités journalières a été abaissé de 1,8 à 1,4 fois le Smic. La Cnam indique toutefois que l’effet de cette réforme sur la progression des dépenses s’atténue progressivement. C’est dans ce contexte que le gouvernement veut désormais trouver au moins 600 millions d’euros supplémentaires d’économies.
600 millions d’euros d’économies, mais sur quoi ?
Le gouvernement veut laisser aux syndicats de salariés et aux représentants des employeurs le soin de négocier les mesures permettant d’atteindre cette somme. Plusieurs leviers pourraient être discutés :
- agir sur l’indemnisation,
- mieux encadrer certains arrêts,
- renforcer les contrôles,
- miser davantage sur la prévention.
Car la hausse de la facture ne s’explique pas seulement par davantage d’arrêts. Selon la Drees et la Cnam, environ 60 % de la progression des indemnités journalières s’explique par des facteurs économiques et démographiques, notamment l’évolution de l’emploi, des salaires et le vieillissement des actifs. Réduire les abus peut donc permettre certaines économies, mais ne règle qu’une partie du problème. Maladies chroniques, troubles psychiques, douleurs ou accidents continueront forcément à nécessiter des arrêts lorsque l’état de santé des salariés l’impose.
À SAVOIR
Le médecin peut autoriser des sorties libres ou des sorties à horaires définis pendant l’arrêt maladie. Dans ce deuxième cas, le salarié doit être présent à son domicile de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h, y compris les week-ends et jours fériés, sauf pour des soins ou examens médicaux. Et il est même possible de séjourner temporairement à une autre adresse pendant son arrêt : il faut alors la communiquer à sa CPAM afin de rester joignable en cas de contrôle, précise l’Assurance maladie.




