Paludisme d’aéroport : un troisième décès près de Francfort, faut-il s’inquiéter en France ?

le 18 septembre 2026 à 10h19
L’aéroport de Francfort, en Allemagne, confronté à plusieurs cas de paludisme possiblement liés à l’importation de moustiques infectés.
Le bilan est désormais de huit cas de paludisme recensés depuis début juillet autour de l’aéroport de Francfort, dont trois décès. © Magnific
Un troisième décès lié à une série inhabituelle de cas de paludisme a été signalé jeudi 17 septembre autour de l’aéroport de Francfort, en Allemagne. La victime avait contracté le parasite Plasmodium falciparum sans avoir voyagé dans une région où circule habituellement la maladie. Alors, faut-il s’inquiéter ?
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Attraper le paludisme sans avoir posé un pied sous les tropiques, c’est le scénario pour le moins inhabituel auquel les autorités sanitaires allemandes sont confrontées depuis le début de l’été. Jeudi 17 septembre 2026, le service de santé de la ville de Francfort et l’hôpital universitaire ont annoncé le décès d’une personne atteinte d’un paludisme à Plasmodium falciparum, la forme la plus dangereuse de la maladie.

La victime habitait le quartier de Schwanheim, à proximité de l’aéroport international de Francfort. Elle faisait partie de deux nouveaux cas annoncés quelques jours plus tôt. Point commun particulièrement troublant, aucun de ces deux habitants n’avait récemment voyagé dans une région du monde où le paludisme est endémique. Ils ne travaillaient pas non plus à l’aéroport. Ces nouvelles contaminations portent à huit le nombre de cas recensés depuis le début du mois de juillet dans ce contexte autour de l’aéroport, dont trois ont été suivis d’un décès. Les autorités sanitaires allemandes enquêtent désormais sur une piste bien particulière, celle du « paludisme d’aéroport ».

Huit cas de paludisme autour de l’aéroport de Francfort

Au début du mois de juillet, cinq personnes qui avaient fréquenté l’aéroport dans le cadre de leur activité professionnelle développent alors un paludisme. Un sixième cas apparaît à la mi-août. Deux de ces six personnes décèdent. Aucune n’avait voyagé auparavant dans une zone d’endémie palustre ni reçu de transfusion sanguine, précise l’autorité sanitaire allemande. Puis, en septembre, deux habitants de Schwanheim tombent à leur tour malades. Cette fois, ils ne travaillent même pas à l’aéroport. L’un d’eux est décédé, ont annoncé les autorités le 17 septembre.

Les huit infections sont dues à Plasmodium falciparum,  un parasite transmis habituellement à l’être humain par la piqûre d’un moustique femelle du genre Anopheles. Selon l’OMS, P. falciparum est le parasite du paludisme responsable du plus grand nombre de décès dans le monde. Le lien exact entre les différents cas allemands n’est toutefois pas encore établi. Les autorités de Francfort indiquent que des analyses spécialisées sont en cours pour déterminer si les infections pourraient provenir d’une même source. À ce stade, elles ne savent pas non plus précisément comment le ou les moustiques éventuellement responsables seraient arrivés sur place.

Paludisme : comment des cas peuvent-ils apparaître en Europe ?

Le « paludisme d’aéroport », c’est quoi exactement ?

Pas besoin qu’un moustique tropical s’installe durablement en Allemagne pour qu’une contamination se produise. Un seul voyageur clandestin à six pattes peut, dans certaines circonstances, suffire. Le « paludisme d’aéroport » est une infection contractée après la piqûre d’un moustique Anopheles infecté, lui-même transporté accidentellement depuis une région où le paludisme circule. Il peut arriver dans un avion, une soute, du fret ou des bagages. On parle également de « paludisme de valise » lorsque le moustique est transporté avec les bagages.

Une fois arrivé en Europe, le moustique peut survivre suffisamment longtemps pour piquer une personne qui n’a pourtant jamais quitté le pays. Résultat, lorsque la fièvre apparaît quelques jours plus tard, ni le malade ni son médecin ne pensent forcément au paludisme. Une revue systématique européenne publiée en 2024 et relayée par Santé publique France avait recensé 145 cas de paludisme d’aéroport ou de bagage dans neuf pays européens. Parmi eux, 105 avaient été classés comme paludismes d’aéroport et 32 comme paludismes de bagage, les autres ne pouvant être départagés entre ces deux catégories. Fait intéressant, la moitié des cas pour lesquels cette information était disponible concernaient des personnes vivant ou travaillant près d’un aéroport international, à une distance moyenne de 4,3 kilomètres.

Paludisme d’aéroport : des symptômes difficiles à repérer

Le principal piège tient au diagnostic. Une personne revient du Cameroun, du Sénégal ou de Côte d’Ivoire avec une forte fièvre ? Le médecin peut rapidement penser au paludisme. Même fièvre chez quelqu’un qui n’a pas quitté Francfort, Paris ou Lyon depuis plusieurs mois ? La piste est évidemment beaucoup moins intuitive. Or, avec Plasmodium falciparum, le temps compte. Selon l’OMS, les premiers symptômes apparaissent généralement 10 à 15 jours après la piqûre d’un moustique infecté. Fièvre, frissons et maux de tête font partie des signes les plus classiques. Des douleurs musculaires ou des troubles digestifs peuvent également être observés.

Problème, rien de tout cela ne crie immédiatement « paludisme ». Une fièvre et des maux de tête peuvent correspondre à quantité d’infections beaucoup plus banales. En l’absence de traitement, prévient l’OMS, un paludisme à P. falciparum peut évoluer vers une forme grave et potentiellement mortelle en 24 heures. Les formes sévères peuvent notamment provoquer des troubles de la conscience, des convulsions, des difficultés respiratoires ou une atteinte de plusieurs organes.

Les données françaises illustrent ce risque. Dans l’étude de Santé publique France portant sur les 117 cas acquis localement entre 1995 et 2022, 93 % des patients avaient été hospitalisés, 22 % avaient développé une forme grave et sept étaient décédés. Ces chiffres concernent l’ensemble des paludismes acquis localement étudiés et pas uniquement les contaminations liées aux aéroports.

Peut-on attraper le paludisme auprès d’une personne malade ?

Non, et c’est un point important dans le contexte actuel. Le paludisme n’est pas une maladie contagieuse comme la grippe ou le Covid-19. Selon l’OMS, le parasite est principalement transmis par la piqûre d’un moustique Anopheles femelle infecté. Des transmissions par le sang sont possibles dans certaines circonstances, notamment lors d’une transfusion ou du partage d’aiguilles contaminées, mais une personne atteinte ne contamine pas son entourage simplement en lui parlant, en le touchant ou en partageant son logement.

À Francfort, les autorités sanitaires ont donc précisé que les proches des personnes malades n’avaient pas de précaution particulière à prendre du simple fait de leur contact avec elles.

Paludisme d’aéroport : un phénomène déjà observé en France

Santé publique France s’est penchée sur près de trente ans de données, entre 1995 et 2022. Dans une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Eurosurveillance, les chercheurs ont recensé 117 cas de paludisme contractés en France hexagonale, sans lien avec un voyage récent dans une région où la maladie circule habituellement. Parmi eux, 51 étaient des cas de paludisme dit « odysséen ». Le terme désigne notamment les contaminations provoquées par des moustiques infectés arrivés jusqu’en France à bord d’un avion ou transportés dans des bagages. Les autres cas avaient différentes origines, notamment une transmission par le sang ou de la mère à l’enfant. Pour certains, aucune explication précise n’a pu être retrouvée.

Dans 88 % des cas, le parasite en cause était Plasmodium falciparum, celui-là même identifié dans les cas actuellement recensés autour de Francfort. Plus de la moitié des contaminations françaises avaient été signalées en Île-de-France. Pas de quoi imaginer pour autant une épidémie de paludisme dans l’Hexagone. Ces contaminations restent exceptionnelles. Sur toute la période étudiée, Santé publique France comptabilisait en moyenne trois à quatre cas de paludisme acquis localement par an, dont seulement un à deux cas de paludisme d’aéroport ou de bagage.

Faut-il craindre une circulation du paludisme en Europe ?

Rien n’indique aujourd’hui que le paludisme soit en train de s’installer en Allemagne. Les autorités sanitaires locales jugent toujours le risque pour la population très faible. La surveillance a néanmoins été renforcée autour de l’aéroport et dans le quartier de Schwanheim. Au 16 septembre, aucun moustique Anopheles n’avait été retrouvé dans les pièges installés, selon le service de santé de Francfort.

Même constat en France. Les cas contractés sans voyage à l’étranger restent exceptionnels. Santé publique France appelle toutefois à rester vigilant face aux cas de paludisme liés à des moustiques importés, régulièrement signalés en Europe.

À SAVOIR 

Il n’existe pas de vaccin contre le paludisme recommandé aux voyageurs. Les vaccins actuellement disponibles sont principalement destinés aux enfants vivant dans des régions où la maladie circule fortement. Pour les voyageurs français exposés, la prévention repose notamment sur la protection contre les piqûres et, selon la destination, sur la prise d’un traitement préventif.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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