Un homme qui a développé de l’arthrose à cause de son obésité.
L’arthrose peut apparaître dès la quarantaine, mais elle devient beaucoup plus fréquente avec l’âge. © Freepik

Certains médicaments utilisés pour traiter l’obésité pourraient aussi soulager l’arthrose du genou. C’est ce que des travaux scientifiques récents suggèrent. Ces traitements, conçus pour favoriser la perte de poids, pourraient réduire la douleur et améliorer la mobilité chez certains patients. Explications. 

L’arthrose est la maladie articulaire la plus fréquente. En France, près de 10 millions de personnes en souffrent, selon l’Inserm, et le genou est l’une des articulations les plus souvent touchées. 

Avec le temps, le cartilage, le tissu lisse qui protège l’extrémité des os, se dégrade progressivement. Les os frottent alors davantage l’un contre l’autre, provoquant douleurs, raideur et parfois une perte de mobilité.

Aujourd’hui, les traitements disponibles permettent surtout de soulager les symptômes, grâce à des médicaments contre la douleur, de la rééducation ou parfois des infiltrations. Dans les cas les plus sévères, la pose d’une prothèse du genou peut être envisagée. Mais aucun médicament ne permet encore de stopper l’évolution de la maladie. 

C’est dans ce contexte que les chercheurs s’intéressent à une piste inattendue : l’utilisation de certains médicaments contre l’obésité pour améliorer les symptômes de l’arthrose du genou.

Depuis quelques années, une nouvelle génération de traitements contre l’obésité suscite un intérêt considérable dans la communauté scientifique.

Ces médicaments appartiennent à la famille des agonistes du GLP-1. Le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) est une hormone naturellement produite dans l’intestin. Elle joue un rôle important dans la régulation de l’appétit et du métabolisme. Les médicaments qui imitent cette hormone agissent de plusieurs façons :

  • ils augmentent la sensation de satiété ;
  • ils ralentissent la vidange de l’estomac ;
  • ils réduisent l’appétit.

Chez certains patients, ces traitements peuvent entraîner une perte de poids significative. Ils sont aujourd’hui utilisés dans la prise en charge du diabète de type 2 et, dans certaines indications, de l’obésité. Or l’obésité est un facteur de risque majeur pour l’arthrose du genou.

D’un point de vue mécanique, l’explication est intuitive. Plus le poids du corps est élevé, plus les articulations portantes, notamment les genoux, subissent de contraintes. Selon l’Assurance maladie, l’excès de poids augmente fortement la pression exercée sur les articulations lors de la marche ou de la montée des escaliers. Mais les chercheurs ont découvert que ce lien ne se limite pas à un simple problème mécanique.

Le tissu adipeux, autrement dit la graisse corporelle, est aujourd’hui considéré comme un organe métaboliquement actif. Il produit diverses substances, notamment des cytokines et des adipokines, qui participent à l’inflammation dans l’organisme.

Or cette inflammation chronique de bas niveau pourrait contribuer à la dégradation du cartilage. Autrement dit, l’obésité favorise l’arthrose par deux mécanismes :

  • une surcharge mécanique sur l’articulation ;
  • un état inflammatoire chronique.

Ces observations ont conduit certains chercheurs à se demander si les médicaments favorisant la perte de poids pourraient aussi améliorer les symptômes de l’arthrose.

Cette piste a été explorée dans un essai clinique publié en 2024 dans la revue scientifique The New England Journal of Medicine. Les chercheurs ont évalué les effets du sémaglutide, un médicament de la famille des agonistes du GLP-1 utilisé contre le diabète et l’obésité, chez des personnes souffrant à la fois d’obésité et d’arthrose du genou.

L’étude a inclus 407 participants suivis pendant 68 semaines. Les patients ont reçu soit une injection hebdomadaire de sémaglutide, soit un placebo. Les chercheurs ont ensuite mesuré la perte de poids, la douleur au genou et la fonction articulaire à l’aide du score WOMAC, un outil couramment utilisé pour évaluer les symptômes de l’arthrose.

Les résultats montrent que les patients traités par sémaglutide ont perdu davantage de poids, tout en présentant moins de douleurs et une meilleure fonction du genou que ceux ayant reçu le placebo. Ces observations suggèrent que certains médicaments contre l’obésité pourraient aussi améliorer les symptômes de l’arthrose, au moins chez des patients en surpoids.

La première explication de ces résultats tient probablement à la perte de poids elle-même. De nombreuses études ont montré que la réduction du poids corporel peut améliorer les symptômes de l’arthrose du genou.

Selon les recommandations de l’Osteoarthritis Research Society International, une perte de 5 à 10 % du poids corporel peut déjà entraîner une amélioration de la douleur et de la fonction articulaire chez certaines personnes.

La logique est simple : moins de poids signifie moins de pression sur l’articulation. La perte de poids peut donc :

  • diminuer les contraintes mécaniques sur le cartilage ;
  • réduire l’inflammation liée au tissu adipeux ;
  • améliorer la mobilité et l’activité physique.

Les médicaments anti-obésité pourraient ainsi agir indirectement, en facilitant l’atteinte de cette perte de poids.

Mais les chercheurs envisagent également un autre mécanisme. Certaines études expérimentales suggèrent que les agonistes du GLP-1 pourraient exercer des effets anti-inflammatoires. Ces molécules semblent capables de réduire certains marqueurs inflammatoires dans l’organisme. Or l’inflammation joue un rôle important dans la physiopathologie de l’arthrose.

Contrairement à l’image longtemps véhiculée d’une simple « usure » des articulations, l’arthrose est aujourd’hui considérée comme une maladie articulaire complexe, impliquant plusieurs processus biologiques :

  • inflammation locale ;
  • altérations du cartilage ;
  • modifications de l’os sous-chondral ;
  • réactions de la membrane synoviale.

Si les médicaments anti-obésité influencent ces mécanismes, ils pourraient contribuer à atténuer certains processus de la maladie. Pour l’instant, ces hypothèses doivent encore être confirmées.

Les médicaments contre l’obésité ne constituent pas, à ce stade, un traitement officiel de l’arthrose. Cependant, les résultats scientifiques récents suggèrent qu’ils pourraient jouer un rôle dans la prise en charge de certains patients, notamment ceux souffrant d’obésité. Ces traitements pourraient contribuer à :

  • améliorer la qualité de vie ;
  • réduire la douleur articulaire ;
  • faciliter l’activité physique.

De nouvelles études sont nécessaires pour confirmer ces observations et mieux comprendre les mécanismes en jeu. Car si ces résultats se confirment, ils pourraient ouvrir la voie à une approche thérapeutique nouvelle, combinant traitement du métabolisme et prise en charge des maladies articulaires.

À SAVOIR 

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), même une perte de poids modérée, autour de 5 % du poids corporel, peut déjà réduire la douleur et améliorer la mobilité chez certaines personnes atteintes d’arthrose.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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