
À Mions, dans l’Est lyonnais, environ 15 millions de moustiques tigres mâles stériles vont être relâchés dans différents secteurs de la ville pour freiner leur prolifération. Une méthode innovante, parmi d’autres stratégies déployées en France pour contenir cet insecte devenu un enjeu majeur de santé publique. Mais comment le fait d’introduire davantage de moustiques peut-il contribuer à en réduire le nombre ? Explications.
Relâcher des moustiques pour lutter contre… les moustiques, l’idée peut surprendre. Et pourtant, c’est bien le pari engagé par la commune de Mions, dans la métropole lyonnaise.
L’expérimentation a démarré le 24 avril 2026, avec un premier lâcher sur le terrain. Depuis, le dispositif se poursuit à un rythme soutenu avec environ 200 000 moustiques tigres mâles stériles relâchés chaque semaine, répartis sur une trentaine de points dans la ville. L’objectif est de maintenir une pression constante sur la reproduction de l’espèce.
Le programme s’inscrit dans la durée. Il prévoit jusqu’à 5 millions de moustiques relâchés par an, et 15 millions au total entre 2026 et 2028. Une stratégie progressive, pensée sur plusieurs saisons, pour espérer un impact durable.
Le moustique tigre, un enjeu sanitaire sous surveillance
Le moustique tigre (Aedes albopictus) est un vecteur potentiel de maladies virales comme la dengue, le chikungunya ou le Zika.
En France métropolitaine, ces maladies restent encore majoritairement importées, mais la situation évolue. En 2024, plus de 4 600 cas importés de dengue ont été recensés, selon Santé publique France. Surtout, des transmissions locales existent désormais, avec plusieurs dizaines de cas autochtones signalés la même année, preuve que le virus peut circuler sur le territoire.
Parallèlement, le moustique tigre poursuit son expansion. Début 2025, il est implanté dans 81 départements métropolitains, soit la grande majorité du territoire, selon Santé publique France. Le moustique tigre n’est plus seulement une nuisance estivale.
La technique des moustiques stériles : comment ça marche ?
La méthode utilisée à Mions repose sur un principe bien connu en entomologie : la Technique de l’Insecte Stérile (TIS). Développée dès les années 1950, elle a été utilisée avec succès contre certaines espèces agricoles ou parasites. Le principe est simple :
- des moustiques mâles sont élevés en laboratoire ;
- ils sont stérilisés, souvent par irradiation ;
- ils sont relâchés en grand nombre dans la nature ;
- ils entrent en compétition avec les mâles sauvages pour s’accoupler avec les femelles.
Comme les accouplements ne produisent pas de descendance, la population diminue progressivement.
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), cette méthode présente plusieurs avantages puisqu’elle est ciblée, sans insecticide, et respectueuse de l’environnement. Mais elle nécessite des lâchers réguliers et massifs pour être efficace.
Aussi, les effets ne sont pas immédiats et nécessite plusieurs cycles de reproduction pour observer une baisse significative.
Lutte contre le moustique tigre : d’autres méthodes déjà en place en France
La suppression des eaux stagnantes
C’est la méthode la plus simple… et la plus efficace. Le moustique tigre pond ses œufs dans de très petites quantités d’eau, parfois à peine visibles : une soucoupe de plante, un arrosoir oublié, une gouttière mal entretenue ou même un bouchon.
Selon le ministère de la Santé, 80 % des gîtes larvaires se trouvent dans les espaces privés. Et une semaine suffit pour qu’un œuf devienne un moustique adulte dans des conditions favorables (chaleur et humidité). Alors, une simple accumulation d’eau peut suffire à relancer une population en quelques jours.
Ainsi, pensez à :
- vider régulièrement les contenants d’eau ;
- couvrir les récupérateurs d’eau ;
- nettoyer les gouttières ;
- ranger ou éliminer les objets pouvant retenir l’eau.
Les traitements larvicides ciblés
Dans certaines zones, des traitements sont appliqués pour détruire les larves avant qu’elles ne deviennent adultes.
Ces traitements utilisent souvent des bactéries comme Bacillus thuringiensis israelensis (Bti), qui cible spécifiquement les larves de moustiques. Ce biocide est hautement ciblé, avec un impact limité sur les autres organismes aquatiques lorsqu’il est utilisé dans les conditions recommandées.
Ces opérations ne sont toutefois pas systématiques. En France, elles sont strictement encadrées et généralement déclenchées dans des situations précises, par exemple autour de cas de dengue ou de chikungunya. L’objectif est de réduire rapidement la densité de moustiques dans une zone donnée pour limiter un risque de transmission.
Les pièges à moustiques
Face à la progression du moustique tigre, de nombreux dispositifs de piégeage se développent, à la fois pour surveiller sa présence et tenter d’en limiter la population.
Certains pièges imitent la respiration humaine en diffusant du dioxyde de carbone (CO₂) ou des odeurs attractives pour attirer les femelles avant de les capturer. D’autres, appelés pièges pondoirs, ciblent la reproduction et attirent les femelles prêtes à pondre et piègent soit les œufs, soit les larves.
Ces outils sont largement utilisés dans les programmes de surveillance. Selon Santé publique France, ils permettent notamment de détecter précocement l’implantation du moustique tigre sur un territoire.
En revanche, leur efficacité pour réduire significativement les populations reste limitée lorsqu’ils sont utilisés seuls. Ces dispositifs doivent être considérés comme des outils complémentaires, utiles à petite échelle ou en appui d’autres stratégies, mais insuffisants pour enrayer à eux seuls la prolifération.
Les moustiques porteurs de bactéries Wolbachia
Autre approche en plein développement, l’introduction de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia, naturellement présente chez de nombreux insectes mais absente chez le moustique tigre à l’origine. Une fois introduite, cette bactérie agit de deux façons.
- D’une part, elle réduit la capacité des moustiques à transmettre certains virus, comme la dengue ou le chikungunya.
- D’autre part, elle peut perturber la reproduction. Lorsqu’un mâle porteur s’accouple avec une femelle non porteuse, les œufs ne se développent pas correctement.
Selon l’OMS, cette stratégie fait l’objet de programmes à grande échelle dans plusieurs pays, notamment en zones tropicales. Des études de terrain ont montré une réduction significative de la transmission de la dengue dans certaines villes où ces moustiques ont été relâchés.
En Europe, et en France, cette méthode reste encore au stade d’évaluation.
Lutte contre le moustique tigre : une stratégie qui repose aussi sur les habitants
Aussi innovantes soient-elles, les solutions technologiques ne suffisent pas à elles seules à contenir le moustique tigre.
Sans action sur les lieux de ponte, les populations peuvent repartir très vite. Selon Santé publique France, le moustique tigre est fortement adapté aux environnements urbains et exploite une multitude de petits réservoirs d’eau du quotidien, souvent invisibles ou négligés.
Autre point déterminant : sa capacité de reproduction. Une femelle peut pondre plusieurs centaines d’œufs au cours de sa vie, et ces œufs peuvent survivre plusieurs mois, même en conditions sèches, avant d’éclore dès le retour de l’eau. Alors, même après une intervention, la population peut se reconstituer rapidement si les conditions restent favorables.
À SAVOIR
Le moustique tigre s’est introduit en Europe et en France notamment via le commerce international de pneus usagés et de plantes ornementales, comme le « lucky bamboo », une plante avec des tiges vertes, parfois torsadées.







