Un AVC à 30, 40 ou 50 ans ? L’accident vasculaire cérébral reste souvent associé au grand âge. Pourtant, il touche aussi des adultes en pleine vie active et sa fréquence augmente chez les plus jeunes, à rebours de la tendance observée chez leurs aînés. Un phénomène suffisamment marqué pour inquiéter les spécialistes.
Aux États-Unis, l’incidence d’un premier AVC chez les 20-54 ans est ainsi passée de 33,9 à 62,2 cas pour 100 000 personnes-années entre 1993-1994 et 2020, soit une hausse d’environ 83 %. Au total, 2 076 premiers AVC ont été recensés dans cette tranche d’âge au cours des différentes périodes étudiées. Publiés le 23 septembre 2026 dans la revue scientifique Neurology, ces résultats montrent surtout une progression des AVC ischémiques, provoqués par l’obstruction d’un vaisseau sanguin dans le cerveau. Et le signal ne concerne pas uniquement les États-Unis. En France aussi, les AVC ischémiques progressent chez les moins de 65 ans, alors qu’ils reculent chez les plus âgés.
Les AVC ischémiques ont presque doublé
La hausse observée chez les jeunes adultes concerne avant tout les AVC ischémiques, provoqués par l’obstruction d’une artère cérébrale et qui représentent la grande majorité des AVC. Chez les 20-54 ans étudiés, leur incidence est passée de 23,8 à 47,3 cas pour 100 000 personnes-années entre 1993-1994 et 2020. En moins de trente ans, elle a donc quasiment doublé.
Surtout, cette progression tranche avec ce qui se passe chez les générations plus âgées. Sur la même période, l’incidence globale des AVC chez les plus de 54 ans est passée de 618,8 à 453 cas pour 100 000 personnes-années. Les plus âgés restent, de très loin, les plus touchés par les AVC, mais leur incidence diminue tandis qu’elle augmente chez les plus jeunes. Ces résultats concernent toutefois une population américaine précise et ne peuvent pas être transposés directement à la France. Ils mettent en évidence une tendance que les données françaises permettent néanmoins, elles aussi, d’observer.
Pourquoi les AVC progressent-ils chez les jeunes ?
Hypertension, diabète… des facteurs de risque de plus en plus présents
Il n’existe pas une seule explication à cette hausse. Mais les facteurs de risque cardiovasculaire traditionnellement associés aux générations plus âgées sont de plus en plus présents chez des adultes jeunes. Dans les données américaines, l’hypertension artérielle, le diabète, la fibrillation atriale et la consommation de substances sont devenus plus fréquents au fil des années chez les 20-54 ans victimes d’un AVC.
Or ce sont précisément plusieurs des facteurs connus pour favoriser sa survenue. Selon l’Inserm, l’hypertension, le diabète, l’obésité, les anomalies des lipides sanguins ou encore l’apnée du sommeil augmentent le risque d’AVC. Le tabagisme, l’excès d’alcool et la sédentarité jouent également un rôle. La fibrillation atriale, une anomalie du rythme cardiaque qui favorise la formation de caillots, constitue elle aussi un facteur de risque important.
Parmi eux, l’hypertension occupe une place centrale. Une pression trop élevée endommage progressivement les artères et favorise leur obstruction ou leur rupture. Le problème, c’est qu’elle peut rester longtemps silencieuse et donc passer inaperçue. Et elle est loin d’être rare. En France, environ 17 millions d’adultes sont hypertendus, soit près d’un adulte sur trois, selon Santé publique France. L’agence estime également que plus de 6 millions d’adultes hypertendus ignorent leur maladie. Une donnée particulièrement importante lorsqu’on sait que l’hypertension constitue le principal facteur de risque modifiable de l’AVC.
En France aussi, les AVC progressent chez les moins de 65 ans
Les données américaines ne sont donc pas directement transposables à l’Hexagone. Mais lorsque l’on regarde les chiffres français, un signal similaire apparaît. Santé publique France a étudié l’évolution des hospitalisations pour AVC entre 2008 et 2019. Chez les personnes âgées de 65 ans ou plus, les taux standardisés d’hospitalisation ont diminué de 2,4 % chez les hommes et de 2,2 % chez les femmes.
Chez les moins de 65 ans, en revanche, le taux d’hospitalisation pour AVC ischémique a progressé de 19,6 % chez les hommes et de 16,9 % chez les femmes sur la même période. Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène apparu hier. Santé publique France souligne que ces résultats prolongent les tendances déjà observées entre 2002 et 2014 et sont cohérents avec celles du registre des AVC de Dijon, qui avait montré une augmentation de l’incidence chez les moins de 55 ans entre 1985 et 2011. L’âge reste malgré tout déterminant. En 2022, le taux d’hospitalisation pour AVC était de 25,8 pour 100 000 habitants chez les 18-44 ans, contre 1 363,7 pour 100 000 chez les 85 ans et plus. Le risque n’a donc rien de comparable.
Un AVC sur quatre survient avant 65 ans
En 2022, 122 422 adultes ont été hospitalisés pour un AVC en France, selon les données nationales publiées par Santé publique France. Parmi eux, 78 % souffraient d’un AVC ischémique et 25,4 % avaient moins de 65 ans. Dans le détail, 5 610 personnes âgées de 18 à 44 ans et 25 487 personnes de 45 à 64 ans ont été hospitalisées pour un AVC cette année-là. L’Assurance maladie aboutit au même constat avec un autre indicateur : parmi les quelque 120 400 personnes prises en charge pour un AVC aigu en France en 2022, plus de 17 % avaient moins de 55 ans.
Bref, si l’AVC reste très fortement associé au vieillissement, avoir 40 ans n’offre malheureusement pas de passe-droit. Et lorsqu’un AVC survient à cet âge, ses conséquences peuvent accompagner le patient pendant des décennies : difficultés à parler, paralysie, troubles de la mémoire ou de la vision, fatigue, anxiété, perte d’autonomie… Les séquelles varient énormément selon la région du cerveau touchée, l’importance des lésions et surtout la rapidité de la prise en charge.
L’étude américaine apporte d’ailleurs une note plus encourageante : la mortalité à 30 jours chez les 20-54 ans a diminué, passant de 11,7 % en 1993-1994 à 9,4 % en 2020. Davantage d’AVC sont donc observés dans cette population étudiée, mais leur létalité précoce a reculé.
À 30 ou 40 ans aussi, les symptômes doivent alerter
Le principal danger, chez une personne jeune, est aussi de ne pas penser immédiatement à l’AVC. Les symptômes apparaissent généralement brutalement :
- une bouche qui se déforme,
- un bras ou une jambe qui devient soudainement faible ou insensible,
- des difficultés à parler ou à comprendre une phrase,
doivent immédiatement faire penser à un AVC. Une perte soudaine de l’équilibre, un trouble de la vision ou un mal de tête brutal et inhabituel peuvent également être des signes d’alerte. L’Assurance maladie propose un moyen simple de s’en souvenir : VITE.
- Visage paralysé,
- Impossible de bouger un membre,
- Trouble de la parole,
- Éviter le pire en appelant le 15.
Et même si les symptômes disparaissent après quelques minutes, pas question de reprendre tranquillement sa journée. Il peut s’agir d’un accident ischémique transitoire (AIT), provoqué par une interruption temporaire de la circulation sanguine dans le cerveau et qui nécessite lui aussi une prise en charge urgente. Devant tout symptôme évoquant un AVC, l’appel au 15 doit être immédiat, même si les symptômes régressent.
À SAVOIR
Chez les jeunes adultes, certains AVC sont liés à une dissection d’une artère du cou, une déchirure de sa paroi pouvant survenir après un traumatisme, parfois mineur. Selon l’Inserm, il s’agit d’une cause majeure d’AVC autour de 40 ans.




