Près de Lyon, bioMérieux lance un test pour détecter plus vite les infarctus

le 25 septembre 2026 à 15h27
Une goutte de sang déposée au bout d’un doigt, qui sera utilisée pour aider à détecter un infarctus.
Le test SPINCHIP de bioMérieux ne nécessite que 14 microlitres de sang et fournit le taux de troponine I cardiaque en environ dix minutes. © Magnific
Le laboratoire français bioMérieux, implanté près de Lyon, lance en Europe SPINCHIP. Un nouveau test capable de mesurer directement aux urgences la troponine, un marqueur clé des lésions du cœur. Une petite piqûre au bout du doigt et dix minutes d’attente pour détecter plus rapidement l'infarctus.
Sommaire

En France, une vaste enquête menée dans 27 hôpitaux et publiée en 2025 estimait à 81 minutes le délai médian entre la prescription d’un dosage de troponine et la disponibilité du résultat aux urgences. Un temps précieux lorsqu’un infarctus est suspecté. Et sur ce terrain, bioMérieux veut faire gagner un temps précieux aux médecins.

En effet, l’entreprise française, dont le siège mondial se trouve à Marcy-l’Étoile, près de Lyon, a annoncé le 24 septembre 2026 le lancement européen de SPINCHIP hs-cTnI. Un nouveau test sanguin rapide destiné notamment à la prise en charge des suspicions d’infarctus.

Présenté à Paris lors du congrès européen de médecine d’urgence, le dispositif tient sa promesse en quelques gestes. Une goutte de sang prélevée au bout du doigt suffit pour mesurer en une dizaine de minutes la troponine I cardiaque hypersensible, l’un des marqueurs biologiques incontournables lorsqu’un infarctus est suspecté. L’analyse peut surtout être réalisée directement à proximité du patient, sans attendre que le prélèvement fasse l’aller-retour jusqu’au laboratoire central de l’hôpital.

Infarctus : une goutte de sang pour aider au diagnostic en 10 minutes

Pourquoi mesure-t-on la troponine en cas de suspicion d’infarctus ?

Pour rappel, lorsqu’un infarctus abîme le muscle cardiaque, il laisse une trace dans le sang : la troponine. Cette protéine est libérée lorsque les cellules du cœur sont endommagées. Son dosage est donc l’un des examens incontournables face à une suspicion d’infarctus, aux côtés de l’électrocardiogramme (ECG), des symptômes et de l’examen du patient. Mais obtenir ce résultat prend aujourd’hui du temps. Dans le circuit classique des urgences, le prélèvement doit être envoyé au laboratoire, enregistré et analysé avant que le résultat ne revienne au médecin.

Une récente enquête française l’illustre bien. Sur 74 112 dosages de troponine réalisés dans 27 hôpitaux français, le délai médian entre la prescription et la disponibilité du résultat atteignait 81 minutes. Seuls 27 % des urgentistes interrogés s’en déclaraient satisfaits. C’est précisément cette attente que SPINCHIP entend réduire.

Comment fonctionne ce nouveau test ? 

Le principe est assez simple côté utilisateur. Une simple goutte de sang prélevée au bout du doigt suffit. Elle est recueillie dans une petite cartouche, elle-même glissée dans un analyseur compact installé à proximité du patient. Environ dix minutes plus tard, le taux de troponine I cardiaque est disponible.

Le dispositif n’a besoin que de 14 microlitres de sang. Une broutille… Surtout, l’échantillon n’a plus besoin de faire l’aller-retour jusqu’au laboratoire central. L’analyse est réalisée directement au plus près du patient.

Pour les urgences, l’intérêt est immédiat. Ils disposent plus rapidement d’un résultat essentiel pour orienter le patient et décider de la suite de sa prise en charge. L’appareil peut également être connecté au système informatique de l’hôpital afin d’intégrer directement les résultats au dossier médical.

Mais est-il aussi fiable qu’une analyse de laboratoire ?

Gagner du temps n’a évidemment d’intérêt que si le résultat reste suffisamment fiable. Et les premiers résultats sont solides. Une étude internationale publiée en 2024 a testé SPINCHIP auprès de 1 102 patients admis aux urgences pour une douleur thoracique, dont 214 souffraient finalement d’un infarctus de type NSTEMI.

Le test rapide a ensuite été comparé à deux méthodes de dosage de la troponine utilisées en laboratoire. Ses performances pour identifier les patients victimes d’un infarctus se sont révélées comparables à celles de ces analyses classiques. Avec deux mesures espacées d’une heure, SPINCHIP a permis d’écarter l’infarctus chez 51 % des patients étudiés, sans en manquer un seul dans ce groupe. Une performance observée dans le cadre précis de cette étude, qui doit désormais être confrontée à son utilisation quotidienne dans les services d’urgence.

Un test rapide, mais pas un diagnostic en dix minutes

Attention, SPINCHIP ne pose pas à lui seul le diagnostic d’un infarctus. Il fournit en dix minutes une information clé pour aider le médecin à le faire. Le taux de troponine doit être interprété avec les symptômes du patient, son examen clinique et l’électrocardiogramme (ECG), qui mesure l’activité électrique du cœur.

Le moment où les douleurs ont commencé compte également. Après une lésion du muscle cardiaque, la troponine augmente progressivement dans le sang. Chez certains patients, un premier résultat peut donc être complété par un second dosage réalisé un peu plus tard afin d’observer son évolution. L’étude publiée dans le JACC a notamment évalué un protocole avec deux mesures espacées d’une heure.

Raccourcir le temps nécessaire pour obtenir chaque résultat peut donc faire gagner de précieuses minutes aux équipes médicales. En cas d’infarctus, l’objectif est de rétablir au plus vite la circulation du sang dans l’artère coronaire bouchée, notamment par angioplastie. Plus la prise en charge est rapide, plus les dégâts causés au muscle cardiaque peuvent être limités.

Un test rapide pour mieux trier les douleurs thoraciques aux urgences

L’intérêt de SPINCHIP dépasse le simple gain de quelques minutes sur une analyse. Les douleurs thoraciques sont un motif fréquent de passage aux urgences. Dans l’enquête française EN-TRO-PRISE citée précédemment, elles représentaient 8,5 % des passages dans les 27 hôpitaux étudiés. Or, toutes ne sont pas provoquées par un infarctus. Les médecins doivent donc rapidement distinguer les patients qui nécessitent une prise en charge cardiologique urgente de ceux chez qui cette piste peut être écartée. Obtenir plus vite le taux de troponine pourrait ainsi accélérer l’orientation des patients et fluidifier leur parcours aux urgences.

L’enjeu est d’autant plus important que les maladies cardio-neurovasculaires restent une cause majeure de décès en France. Selon Santé publique France et la Drees, elles ont représenté 21,4 % des décès en 2023. Soit la deuxième grande cause de mortalité dans le pays.

À SAVOIR 

La troponine n’a pas toujours servi à traquer les infarctus. Cette protéine a été découverte dans les années 1960 par le scientifique japonais Setsuro Ebashi, qui cherchait alors à comprendre comment le calcium commande la contraction des muscles. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que les dosages de troponines cardiaques se sont imposés comme des marqueurs majeurs des lésions du cœur.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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