Cancer : les centres anticancer veulent réutiliser certains médicaments non utilisés

le 10 juillet 2026 à 10h40
Une femme qui tient dans ses mains des plaquettes de médicaments contre le cancer non utilisés.
Les médicaments non utilisés sont rapportés en pharmacie et sont collectés par un organisme agréé, puis détruits par incinération. © Magnific
Chaque année, des milliers de boîtes de médicaments anticancéreux oraux restent inutilisées après un changement de traitement, un décès ou une interruption de prise. Alors que ces traitements coûtent parfois plusieurs milliers d'euros et que les pénuries se multiplient, les centres de lutte contre le cancer souhaitent lancer une expérimentation inédite visant à récupérer certains médicaments non utilisés, à les contrôler minutieusement puis à les redistribuer à d'autres patients dans des conditions de sécurité très strictes.
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En France, dès qu’un médicament quitte le circuit pharmaceutique pour arriver chez un patient, il ne peut plus être réutilisé. Peu importe qu’il soit encore parfaitement intact, correctement conservé et jamais ouvert : il est détruit. Cette règle repose avant tout sur un principe de précaution. Une fois qu’un médicament a été délivré à un patient, il n’est plus possible de garantir avec certitude qu’il a été conservé dans des conditions optimales. A-t-il été exposé à la chaleur, à l’humidité ou à la lumière ? A-t-il subi des variations de température susceptibles d’altérer sa qualité ? 

En l’absence de traçabilité, le doute profite toujours à la sécurité du patient et ces médicaments sont donc détruits. Mais face au coût croissant des traitements anticancéreux, aux pénuries qui se multiplient et aux tonnes de médicaments encore intacts jetés chaque année, plusieurs acteurs de la cancérologie plaident aujourd’hui pour explorer une alternative, sans jamais faire de compromis sur la sécurité.

Pourquoi autant de médicaments contre le cancer sont-ils jetés ?

Il ne s’agit pas de traitements oubliés au fond d’un placard pendant plusieurs années. En cancérologie, les traitements évoluent souvent rapidement. Un médicament peut être arrêté parce qu’il provoque des effets secondaires importants, parce qu’il n’est plus suffisamment efficace ou parce qu’une nouvelle thérapie devient plus adaptée. Il arrive aussi malheureusement que certains patients décèdent avant d’avoir terminé leur traitement.

Résultat, des boîtes parfois à peine entamées, voire totalement intactes, sont rapportées à l’hôpital ou à la pharmacie. Aujourd’hui, elles sont systématiquement éliminées. Le phénomène concerne particulièrement les anticancéreux oraux, c’est-à-dire les traitements pris à domicile sous forme de comprimés ou de gélules. Depuis une quinzaine d’années, ces médicaments se sont fortement développés grâce aux thérapies ciblées, qui permettent à de nombreux patients d’éviter des perfusions répétées à l’hôpital.

Une expérimentation inédite dans les centres de lutte contre le cancer

Médicaments non utilisés : peut-on vraiment les réutiliser ? 

Pour tenter de limiter ce gaspillage, les centres de lutte contre le cancer réunis au sein d’Unicancer ont lancé une expérimentation nationale visant à évaluer la faisabilité d’une réutilisation sécurisée de certains médicaments anticancéreux oraux. L’objectif n’est pas de redistribuer n’importe quel médicament rapporté par un patient. Seules certaines spécialités pourront être concernées, à condition qu’elles répondent à des critères extrêmement stricts de qualité et de traçabilité.

Les médicaments devront notamment être restés dans leur emballage d’origine, être parfaitement identifiables, ne présenter aucune altération visible et avoir été conservés dans des conditions compatibles avec leur stabilité. Chaque étape du processus est conçue pour garantir que le médicament possède exactement les mêmes caractéristiques qu’au moment de sa délivrance initiale.

Une sécurité reposant sur la traçabilité et le contrôle

La principale difficulté reste de garantir que le traitement n’a subi aucune dégradation. En effet, de nombreux médicaments sont sensibles à leur environnement. Une exposition prolongée à la chaleur, à l’humidité ou à la lumière peut modifier leur stabilité et parfois diminuer leur efficacité.

C’est pourquoi les équipes travaillent sur des procédures de contrôle particulièrement exigeantes. L’idée est notamment de s’appuyer sur une traçabilité complète du médicament tout au long de son parcours, mais aussi sur des dispositifs capables de vérifier les conditions de conservation lorsque cela est possible. Aucun médicament ne pourra être redistribué si le moindre doute subsiste sur sa qualité.

Un enjeu économique majeur pour le système de santé

Au-delà de la question environnementale, cette expérimentation répond aussi à un défi financier. Les nouveaux traitements contre le cancer représentent une part croissante des dépenses de santé. Certaines thérapies ciblées ou immunothérapies coûtent plusieurs milliers d’euros par mois de traitement. Dans ce contexte, détruire des médicaments encore utilisables représente une perte importante pour l’Assurance maladie.

Selon l’Assurance maladie, les médicaments constituent l’un des principaux postes de dépenses des soins remboursés en France. De son côté, la Cour des comptes souligne régulièrement la nécessité de mieux maîtriser les dépenses liées aux médicaments innovants, dont les coûts augmentent rapidement. Réutiliser en toute sécurité une partie des traitements non utilisés pourrait donc contribuer à limiter ces dépenses sans diminuer la qualité des soins.

Une réponse possible face aux pénuries de médicaments

Cette expérimentation intervient également dans un contexte de tensions d’approvisionnement inédit. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), le nombre de signalements de ruptures de stock et de risques de rupture de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur a fortement augmenté ces dernières années.

Les anticancéreux figurent parmi les médicaments concernés par ces tensions, même si toutes les spécialités ne sont pas touchées de la même manière. L’objectif n’est évidemment pas de remplacer la production pharmaceutique, mais de limiter les pertes lorsqu’un traitement parfaitement conforme pourrait encore bénéficier à un autre patient.

Réutilisation des médicaments non utilisés : un projet encore expérimental

Cette initiative ne signifie pas que les médicaments rapportés par les patients pourront être réutilisés à grande échelle. L’objectif de cette expérimentation est d’évaluer si un tel dispositif est réalisable sur les plans technique, sanitaire et économique.

Elle doit notamment permettre de vérifier qu’il est possible d’assurer une traçabilité complète des médicaments, de garantir leur qualité jusqu’à leur redistribution et d’identifier les éventuelles contraintes logistiques et réglementaires. Les résultats serviront à déterminer si une évolution du cadre réglementaire est envisageable. À ce jour, la réglementation reste inchangée : en dehors de cette expérimentation, un médicament délivré à un patient ne peut pas être remis dans le circuit de dispensation et doit être détruit.

À SAVOIR 

Contrairement à la France, certains pays ont déjà autorisé, sous des conditions très strictes, la réutilisation de certains médicaments non utilisés. Aux États-Unis, plusieurs États disposent de programmes de « drug repository », qui permettent de redistribuer des médicaments non périmés et restés dans leur emballage d’origine à des patients dans le besoin. Ces dispositifs concernent notamment certains traitements anticancéreux et sont encadrés par des protocoles de contrôle rigoureux.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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