Une jeune femme qui mange des produits ultra-transformés bourrés d’additifs alimentaires sans connaître les risques accrus de cancer.
Un hamburger industriel peut contenir plusieurs dizaines d’additifs différents, sans que le consommateur ne s’en rende vraiment compte. © Magnific

Des chercheurs français de la cohorte NutriNet-Santé ont publié ce jeudi 21 mai 2026 plusieurs nouvelles études montrant qu’une forte consommation de certains additifs alimentaires présents dans les produits ultra-transformés pourrait être associée à un risque accru de diabète de type 2, de cancers, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.

Ils donnent une jolie couleur rose aux bonbons, empêchent les sauces de tourner, rendent les céréales plus croustillantes, prolongent la durée de vie des plats préparés… Les additifs alimentaires sont partout. 

Selon les chercheurs de la cohorte française NutriNet-Santé, plus de 330 additifs différents sont aujourd’hui autorisés dans l’alimentation en Europe. Et une large partie d’entre eux se retrouve dans les produits dits « ultra-transformés » : sodas, desserts industriels, plats préparés, céréales du petit-déjeuner, biscuits, sauces, charcuteries ou encore snacks.

Longtemps considérés comme sûrs aux doses autorisées, certains de ces composés reviennent pourtant régulièrement dans le viseur des scientifiques. Et les nouvelles données dévoilées le 21 mai 2026 risquent de relancer sérieusement le débat.

Dans plusieurs travaux menés par des équipes françaises de l’Inserm, de l’Inrae, de l’Université Sorbonne Paris Nord, du Cnam et de l’Université Paris Cité, les chercheurs ont observé des liens entre une forte exposition à certains additifs et plusieurs maladies chroniques majeures comme le diabète de type 2, certains cancers, l’hypertension artérielle ou certaines maladies cardiovasculaires.

Ces travaux s’appuient sur les données de la célèbre cohorte NutriNet-Santé, lancée en France en 2009. Cette vaste étude de santé publique suit depuis des années les habitudes alimentaires et l’état de santé de dizaines de milliers de volontaires français.

Selon l’Inserm, les chercheurs ont analysé l’exposition alimentaire de plus de 139 000 participants, en étudiant très précisément les produits consommés et les additifs qu’ils contenaient.

Ces travaux visaient à déterminer si certains additifs consommés quotidiennement pendant plusieurs années pouvaient être associés à un risque accru de maladies à long terme.

Selon l’une des études publiées en mai 2026, les personnes les plus exposées à certains mélanges de colorants alimentaires présentaient un risque accru de développer un diabète de type 2. D’autres analyses ont également mis en évidence des associations avec certains cancers ou avec l’hypertension artérielle.

Parmi les substances particulièrement étudiées figurent notamment des colorants très répandus comme le caramel ordinaire E150a ou le bêta-carotène E160a, mais aussi certains conservateurs et émulsifiants utilisés dans les produits industriels.

Additifs : des risques encore difficiles à mesurer

Les chercheurs ne disent pas que les additifs « provoquent » directement un cancer ou un diabète de façon certaine et automatique. Les études publiées sont des études observationnelles. Elles montrent des associations statistiques entre des niveaux élevés de consommation et un risque plus important de maladie.

Autrement dit, elles permettent d’identifier des signaux préoccupants, mais pas encore de prouver un lien de causalité absolu.

Les scientifiques eux-mêmes appellent donc à la prudence. D’autres travaux seront nécessaires pour confirmer les mécanismes biologiques impliqués et comprendre précisément l’impact de ces substances sur l’organisme.

Depuis plusieurs années déjà, différentes études avaient commencé à alerter sur certains additifs. En 2023, par exemple, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, avait classé l’aspartame comme « cancérogène possible pour l’homme », même si les niveaux de preuve restaient limités.

De son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) réévalue régulièrement la sécurité de plusieurs additifs autorisés dans l’Union européenne.

Le vrai problème, ce sont les aliments ultra-transformés

Selon plusieurs travaux de l’équipe NutriNet-Santé publiés ces dernières années, les produits ultra-transformés représentent aujourd’hui environ 30 à 35 % des apports énergétiques quotidiens des adultes français. Chez certains jeunes adultes ou gros consommateurs de produits industriels, cette proportion peut grimper beaucoup plus haut.

Le concept d’« ultra-transformation » ne désigne pas seulement le fait qu’un aliment soit industriel. Il renvoie surtout à des produits très modifiés, fabriqués à partir d’ingrédients raffinés, souvent enrichis en additifs, arômes, édulcorants, colorants ou agents de texture.

Le problème, c’est que ces produits cumulent souvent plusieurs facteurs défavorables :

  • trop de sucre ;
  • trop de sel ;
  • trop de graisses ;
  • peu de fibres ;
  • et une longue liste d’additifs consommés quotidiennement.

Selon plusieurs travaux scientifiques internationaux publiés ces dernières années, une forte consommation d’aliments ultra-transformés est associée à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de dépression ou encore de certains cancers.

Pourquoi ces substances pourraient poser problème ?

Des chercheurs soupçonnent par exemple certains additifs de perturber le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des milliards de bactéries qui vivent dans notre tube digestif et jouent un rôle essentiel dans l’immunité, le métabolisme ou l’inflammation.

D’autres travaux évoquent des effets possibles sur l’inflammation chronique, le stress oxydatif ou encore la régulation du sucre dans le sang.

Certains émulsifiants, utilisés pour améliorer la texture des sauces ou desserts industriels, ont déjà été associés dans plusieurs études animales à des perturbations du microbiote intestinal.

Le souci, expliquent les scientifiques, est aussi celui de « l’effet cocktail ». Dans la vraie vie, les consommateurs ne mangent pas un additif isolé, mais des dizaines de substances différentes chaque jour, parfois pendant des années. Or cet effet cumulatif reste encore mal connu.

Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande notamment de limiter la consommation de produits ultra-transformés et de privilégier autant que possible les aliments bruts ou peu transformés : 

  • légumes, 
  • fruits, 
  • légumineuses, 
  • céréales complètes,
  • produits cuisinés maison.

Lire les étiquettes peut aussi aider. Une liste d’ingrédients interminable, remplie de codes commençant par la lettre « E », reste souvent un bon indicateur d’un produit très transformé.

Sans tomber dans l’obsession alimentaire, les nutritionnistes rappellent qu’un soda fluorescent, des céréales très colorées ou des desserts ultra-industriels n’étaient probablement pas censés devenir des aliments du quotidien.

Le véritable enjeu de santé publique n’est donc pas un additif pris isolément, mais l’installation progressive des aliments ultra-transformés au cœur de nos assiettes.

À SAVOIR 

Le colorant rouge E120, encore utilisé dans certains bonbons, yaourts ou boissons, est fabriqué à partir d’un insecte appelé la cochenille. Cet additif naturel, utilisé depuis des siècles, est obtenu en écrasant des femelles séchées de cet insecte originaire d’Amérique du Sud. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), il peut parfois provoquer des réactions allergiques chez certaines personnes sensibles.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentParacétamol, antibiotiques… Faut-il craindre une nouvelle pénurie à cause du blocage du détroit d’Ormuz ?
Article suivantCancer des os : quand la douleur osseuse révèle une tumeur
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici