
Fatigue intense, maux de tête, sommeil perturbé, sensation d’épuisement… Alors que les épisodes de fortes chaleurs se multiplient en France, nous ne réagissons pas tous de la même façon face au thermomètre. Âge, état de santé, traitements médicaux, environnement ou habitudes de vie influencent notre capacité à faire face à la chaleur. Explications.
La France enchaîne les épisodes de fortes chaleurs. Après une première vague précoce à la fin du mois de mai, plusieurs dizaines de départements ont de nouveau été placés en vigilance jaune ou orange canicule par Météo-France à la mi-juin, notamment en Île-de-France, dans le Centre-Val de Loire, la vallée du Rhône et le quart sud-est.
Selon le ministère de la Transition écologique, les vagues de chaleur sont aujourd’hui cinq fois plus fréquentes qu’avant 1989 dans l’Hexagone. Leur durée a également augmenté, passant en moyenne d’environ dix jours par an avant 1989 à près de trente jours par an au cours de la dernière décennie. D’ici à 2050, elles pourraient être deux fois plus nombreuses qu’aujourd’hui sous l’effet du changement climatique.
Les conséquences sanitaires sont déjà bien réelles. Selon Santé publique France, les épisodes de chaleur ont entraîné plus de 37 000 décès entre 2014 et 2023 en France, dont plus de 5 000 durant l’été 2023. Pourtant, face à un thermomètre affichant 35 °C, nous ne sommes pas tous égaux. Alors que certains poursuivent leurs activités presque normalement, d’autres ressentent rapidement une fatigue inhabituelle, une gène persistante, des difficultés à dormir, des maux de tête, des crampes, des vertiges ou une baisse de concentration.
Comment notre corps tente de se protéger de la chaleur ?
Pour maintenir sa température autour de 37 °C, le corps humain dispose d’un système de régulation particulièrement sophistiqué. Lorsque la température extérieure augmente, une petite région du cerveau appelée hypothalamus déclenche plusieurs réactions destinées à évacuer l’excès de chaleur. Les vaisseaux sanguins situés sous la peau se dilatent afin de favoriser les échanges thermiques avec l’extérieur. La transpiration augmente également. En s’évaporant à la surface de la peau, la sueur permet de refroidir l’organisme.
Mais ce mécanisme a ses limites. Lorsque l’air est très chaud, humide ou peu ventilé, l’évaporation devient moins efficace. Le corps peine alors à se refroidir, ce qui peut entraîner un épuisement lié à la chaleur, voire un coup de chaleur, une urgence médicale potentiellement grave.
Canicule : pourquoi certains supportent la chaleur… quand d’autres craquent ?
Deux personnes du même âge, vivant dans la même ville et en bonne santé peuvent ressentir les effets d’une journée à 35 °C de manière radicalement différente. L’une continuera ses activités presque normalement, tandis que l’autre souffrira rapidement de fatigue, de maux de tête, de vertiges ou de troubles du sommeil. Cette différence s’explique par une multitude de facteurs biologiques, souvent invisibles.
- Le premier est l’acclimatation. Une personne régulièrement exposée à la chaleur active plus rapidement ses mécanismes de refroidissement : elle commence à transpirer plus tôt, perd moins de sels minéraux et sollicite moins son système cardiovasculaire.
- La transpiration varie également fortement d’un individu à l’autre. Nous ne possédons pas tous le même nombre de glandes sudoripares ni la même capacité à produire de la sueur. Pourtant, c’est l’évaporation de cette sueur qui permet au corps d’évacuer l’excès de chaleur.
- Les hormones entrent aussi en jeu. Chez les femmes, les variations hormonales au cours du cycle menstruel, la grossesse ou la ménopause peuvent modifier la température corporelle et influencer la perception de la chaleur. Les hormones thyroïdiennes, qui régulent le métabolisme, jouent également un rôle important : lorsqu’elles sont produites en excès, elles augmentent la production de chaleur par l’organisme.
- La composition corporelle fait aussi la différence. La masse musculaire génère naturellement de la chaleur, tandis que la masse grasse agit comme un isolant thermique qui limite son évacuation. Les personnes en surpoids ou atteintes d’obésité sont ainsi davantage exposées au risque de surchauffe.
Enfin, des facteurs plus discrets peuvent faire basculer l’équilibre : une nuit trop courte, un niveau de stress élevé, une hydratation insuffisante, la prise de certains médicaments ou même une infection bénigne. En somme, la tolérance à la chaleur ne dépend pas d’un seul facteur, mais d’un subtil mélange entre notre physiologie, nos habitudes de vie et notre environnement. C’est ce qui explique pourquoi, face à une même canicule, certains semblent presque insensibles à la chaleur quand d’autres peinent à la supporter.
Canicule : pourquoi la chaleur nous affecte-t-elle différemment ?
Des tout-petits aux seniors, l’âge pèse lourd dans la balance
Face aux fortes chaleurs, l’âge constitue l’un des principaux facteurs de vulnérabilité. Chez les personnes âgées, l’organisme perd progressivement une partie de sa capacité d’adaptation. La sensation de soif diminue, la transpiration devient moins efficace et le corps met davantage de temps à évacuer l’excès de chaleur.
La déshydratation peut s’installer de façon insidieuse, parfois sans même provoquer de sensation de soif. Selon Santé publique France, les personnes de plus de 65 ans présentent un risque accru de complications liées à la chaleur, en particulier lorsqu’elles souffrent de maladies chroniques comme l’hypertension, le diabète, l’insuffisance cardiaque ou les maladies respiratoires.
À l’autre extrémité de la vie, les nourrissons et les jeunes enfants sont eux aussi particulièrement exposés. Leur système de thermorégulation n’est pas encore totalement mature et leur température corporelle augmente plus rapidement que celle des adultes. Aussi, les plus petits ne reconnaissent pas toujours les signes de la déshydratation et ne pensent pas spontanément à boire. Une vigilance accrue de l’entourage est donc indispensable, surtout lors des premières vagues de chaleur de l’été.
Les maladies chroniques compliquent l’adaptation à la chaleur
Le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’insuffisance rénale, les maladies respiratoires ou certaines pathologies neurologiques peuvent rendre les épisodes de chaleur plus difficiles à supporter. Les personnes atteintes de sclérose en plaques, par exemple, décrivent souvent une aggravation temporaire de leurs symptômes lorsque les températures grimpent. Le surpoids ou l’obésité peuvent également compliquer la régulation thermique. La masse graisseuse agit comme un isolant qui limite l’évacuation de la chaleur produite par le corps.
La santé mentale joue aussi un rôle. Le stress chronique, l’anxiété et le manque de sommeil réduisent les capacités d’adaptation de l’organisme. Car la chaleur ne fatigue pas uniquement le corps : elle affecte aussi le cerveau. Des nuits trop chaudes perturbent le sommeil profond, indispensable à la récupération physique et mentale. Résultat : la fatigue s’accumule, l’irritabilité augmente et les capacités de concentration diminuent.
Certains médicaments augmentent le risque
Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), de nombreux traitements peuvent modifier la manière dont l’organisme réagit à la chaleur. Les diurétiques, prescrits notamment contre l’hypertension artérielle ou l’insuffisance cardiaque, favorisent les pertes d’eau. Certains antidépresseurs, antipsychotiques, antihistaminiques ou médicaments contre la maladie de Parkinson peuvent diminuer la transpiration.
D’autres traitements, comme certains bêtabloquants, peuvent limiter l’adaptation cardiovasculaire à la chaleur. Il ne faut jamais interrompre un traitement sans avis médical. En cas de fortes chaleurs, il est en revanche conseillé de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien, surtout en présence d’une maladie chronique.
L’environnement dans lequel nous vivons fait la différence
Face aux fortes chaleurs, nous ne partons pas tous avec les mêmes chances. L’endroit où nous vivons joue un rôle majeur dans notre capacité à supporter les épisodes caniculaires. Habiter sous les toits, dans un logement mal isolé, dépourvu de volets ou traversé par peu de courants d’air peut transformer un appartement en véritable piège thermique.
L’exposition est également très différente d’un quartier à l’autre. Dans les grandes villes, le béton, l’asphalte et les façades minérales absorbent la chaleur tout au long de la journée avant de la restituer lentement une fois la nuit tombée. Les températures peinent ainsi à redescendre, même après le coucher du soleil. Ce phénomène, appelé « îlot de chaleur urbain », peut entraîner des écarts de plusieurs degrés entre le centre-ville et les zones plus végétalisées situées en périphérie.
Or, ces nuits trop chaudes privent l’organisme d’un temps de récupération essentiel. Lorsque la température ne baisse pas suffisamment, le corps continue de mobiliser son système de refroidissement pendant le sommeil, ce qui favorise la fatigue, les troubles du sommeil et l’épuisement. À l’inverse, la présence d’arbres, de parcs, de sols perméables ou de points d’eau contribue à rafraîchir naturellement l’environnement et à atténuer les effets des fortes chaleurs. Un rappel que, face au changement climatique, l’aménagement de nos villes devient aussi une question de santé publique.
Notre organisme peut apprendre à mieux supporter la chaleur
La capacité à supporter la chaleur n’est pas totalement innée. Notre organisme est capable de s’entraîner et de devenir plus performant lorsque les températures grimpent. Ce phénomène, appelé acclimatation, se met progressivement en place après plusieurs jours d’exposition à des températures élevées. Concrètement, le corps ajuste son fonctionnement pour éviter la surchauffe. Selon l’Assurance Maladie, cette adaptation nécessite généralement entre sept et quatorze jours. Au fil des jours, plusieurs changements physiologiques s’opèrent :
- la transpiration se déclenche plus rapidement ;
- la quantité de sueur produite augmente ;
- les pertes en sels minéraux diminuent ;
- la température corporelle reste plus stable ;
- le cœur travaille plus efficacement et se fatigue moins.
Ainsi, à température égale, la sensation d’inconfort diminue progressivement et l’organisme dépense moins d’énergie pour se refroidir. Cette capacité d’adaptation explique pourquoi les premières vagues de chaleur de l’année sont souvent les plus difficiles à supporter. Après plusieurs mois de températures modérées, notre « thermostat interne » doit se remettre en route.
À l’inverse, des épisodes caniculaires qui surviennent dès le printemps, se succèdent rapidement ou s’accompagnent de nuits très chaudes laissent peu de temps au corps pour s’adapter.
Attention toutefois, l’acclimatation ne rend pas invulnérable. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les femmes enceintes ou celles souffrant de maladies chroniques conservent un risque plus élevé de déshydratation et de complications, même après plusieurs jours de fortes chaleurs.
Canicule : les bons réflexes pour mieux supporter la chaleur
Face aux fortes chaleurs, il faut adapter les habitudes quotidiennes. Premier réflexe indispensable : boire régulièrement, sans attendre d’avoir soif. La sensation de soif apparaît souvent trop tard, lorsque l’organisme a déjà commencé à se déshydrater. Or, une perte d’eau même modérée peut entraîner des maux de tête, une fatigue inhabituelle, des vertiges, des difficultés de concentration ou une baisse des performances physiques.
Certaines boissons sont à consommer avec modération. L’alcool favorise la déshydratation, tandis que les boissons très sucrées peuvent accentuer la sensation de soif. Quant aux boissons caféinées, consommées en excès, elles peuvent augmenter les pertes hydriques chez certaines personnes.
L’assiette compte aussi. La digestion produit naturellement de la chaleur. Les repas copieux, riches en graisses ou très protéinés sollicitent davantage l’organisme, qui doit déjà fournir des efforts supplémentaires pour maintenir sa température autour de 37 °C. À l’inverse, privilégier des repas légers et fractionnés au cours de la journée aide le corps à mieux gérer les épisodes caniculaires. Quelques aliments sont particulièrement intéressants :
- les fruits riches en eau, comme la pastèque, le melon, les fraises ou les pêches ;
- les légumes crus, notamment le concombre, la tomate ou la laitue ;
- les soupes froides, les yaourts ou les compotes peu sucrées.
Enfin, le sommeil reste l’un des meilleurs alliés de notre organisme. La nuit est le moment où le corps récupère et abaisse naturellement sa température. Mais lorsque le thermomètre ne descend pas suffisamment, cette phase de récupération est perturbée. Pour favoriser un sommeil réparateur, il est recommandé d’aérer son logement tôt le matin et tard le soir, de fermer les volets en journée et de maintenir une température aussi fraîche que possible dans la chambre.
À SAVOIR
La couleur de vos urines peut être un bon indicateur de votre niveau d’hydratation. Selon l’Assurance Maladie et le ministère de la Santé, des urines claires à jaune pâle traduisent généralement une hydratation suffisante. À l’inverse, des urines foncées, peu abondantes ou accompagnées d’une sensation de fatigue peuvent être le signe d’un début de déshydratation.







