Prendre la pilule est devenu un geste tellement banal qu’on en oublierait presque qu’il s’agit d’un médicament. Et comme tout médicament, une contraception hormonale doit être adaptée à la personne qui l’utilise. Âge, tabagisme, tension artérielle, migraines, diabète, antécédents de thrombose… Autant d’éléments qui peuvent modifier son rapport bénéfice-risque.
La Fondation Agir pour le Cœur des Femmes tire justement la sonnette d’alarme en cette fin septembre 2026. Elle s’appuie sur les données recueillies auprès d’environ 15 000 femmes passées par le Bus du Cœur des Femmes, son dispositif itinérant de dépistage cardio-gynécologique. De fait, la Fondation constate une inadéquation fréquente entre le profil cardiovasculaire de certaines participantes et leur contraception œstroprogestative. Selon les données communiquées par la Fondation, 40,7 % des femmes concernées par une contraception œstroprogestative présentaient des facteurs de risque la rendant contre-indiquée. Et lorsque les antécédents cardiovasculaires familiaux sont ajoutés à l’évaluation, cette proportion atteint 59,8 % !
Une contraception œstroprogestative, c’est quoi exactement ?
Une contraception œstroprogestative, ou combinée, associe un œstrogène et un progestatif. La pilule combinée en est la forme la plus familière. Mais cette association hormonale existe également sous forme de patch ou d’anneau vaginal. Ces contraceptifs sont efficaces et restent parfaitement utilisables chez de nombreuses femmes. Le problème n’est donc pas la contraception œstroprogestative en elle-même, mais son utilisation chez une femme dont le profil médical augmente déjà le risque de complication vasculaire.
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle en effet que les contraceptifs hormonaux combinés sont associés à une augmentation du risque d’événements thromboemboliques, c’est-à-dire à la formation d’un caillot pouvant notamment provoquer une phlébite ou une embolie pulmonaire, mais également, dans le cas d’une thrombose artérielle, un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral (AVC). Ce risque reste rare, mais il justifie de rechercher les facteurs de risque individuels avant et pendant leur utilisation.
Contraception : quels facteurs augmentent le risque cardiovasculaire ?
Tabac, hypertension, migraines… des associations à surveiller
Une contraception parfaitement adaptée à une femme de 25 ans en bonne santé ne le sera pas nécessairement dix ou quinze ans plus tard si elle commence à fumer, développe une hypertension ou souffre de migraines. Plusieurs situations qui doivent être prises en compte avant de prescrire une contraception œstroprogestative. Parmi elles figurent notamment :
- les antécédents de thrombose veineuse ou artérielle,
- l’hypertension,
- le tabagisme,
- le diabète,
- l’obésité,
- certaines hyperlipidémies,
- les migraines.
Le niveau de risque de la pilule dépend toutefois de chaque situation. La présence isolée d’un facteur ne signifie donc pas automatiquement que toute contraception combinée est interdite. Certaines situations sont en revanche beaucoup plus nettes. Les contraceptifs œstroprogestatifs sont notamment contre-indiqués en cas de migraine avec aura, quel que soit l’âge. Idem chez certaines femmes ayant une hypertension importante, un antécédent thromboembolique ou un diabète accompagné de complications vasculaires.
Le tabac mérite lui aussi une attention particulière. Avant 35 ans, fumer n’entraîne pas systématiquement une contre-indication à la contraception œstroprogestative, même si le risque doit être évalué. Après 35 ans, en revanche, l’association tabac et œstroprogestatifs devient particulièrement problématique. Dans ce cas, il est recommandé de privilégier une contraception progestative seule ou une autre méthode contraceptive.
Pourquoi les œstrogènes peuvent-ils poser problème ?
Les œstrogènes contenus dans les contraceptifs combinés peuvent modifier certains mécanismes de la coagulation et favoriser la formation de caillots chez les personnes prédisposées. Ce caillot peut se former dans une veine profonde, généralement au niveau d’une jambe, C’est ce que l’on appelle la thrombose veineuse profonde ou, plus communément, une phlébite. S’il se détache et gagne les poumons, il peut provoquer une embolie pulmonaire.
Il existe également un risque de thrombose artérielle, susceptible d’entraîner un infarctus ou un AVC. Ce risque est notamment augmenté lorsque d’autres facteurs cardiovasculaires viennent s’ajouter comme le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète et hypercholesterolemia. Toutes les contraceptions combinées ne présentent d’ailleurs pas exactement le même profil concernant les thromboses veineuses. L’ANSM indique que les contraceptifs combinés contenant du lévonorgestrel, du norgestimate ou de la noréthistérone font partie de ceux associés au risque thromboembolique veineux le plus faible parmi les contraceptifs hormonaux combinés.
Le risque cardiovasculaire doit être réévalué régulièrement
Une contraception adaptée aujourd’hui ne le sera pas forcément toute la vie. Avec les années, l’état de santé évolue, de nouveaux facteurs de risque peuvent apparaître et modifier le rapport bénéfice-risque d’une contraception contenant des œstrogènes. D’où l’importance de ne pas renouveler une ordonnance par simple automatisme. Notre conseil: réévaluer régulièrement sa situation médicale, notamment lors du renouvellement de la contraception. L’occasion de vérifier que celle-ci reste adaptée, mais aussi de repérer un éventuel changement passé jusque-là sous les radars.
Les données du Bus du Cœur montrent justement tout l’intérêt de ce suivi. Selon les premières données de l’Observatoire national de la Santé des Femmes, portant sur 4 300 femmes dépistées en 2021 et 2022, 90 % présentaient au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire et 79 % n’avaient aucun suivi cardiovasculaire. Des chiffres qui concernent spécifiquement les femmes accueillies dans ce dispositif et ne peuvent donc pas être généralisés à l’ensemble des Françaises.
Faut-il arrêter sa pilule si l’on présente un facteur de risque ?
Non, surtout pas de sa propre initiative ! Avoir un facteur de risque cardiovasculaire ne signifie pas automatiquement que sa contraception est dangereuse ou contre-indiquée. Tout dépend du facteur concerné, de sa gravité, de l’âge, des éventuels autres risques associés et du contraceptif utilisé. Une femme concernée peut en revanche profiter de cette alerte pour faire le point avec son médecin, son gynécologue ou sa sage-femme, notamment si sa contraception est ancienne ou si sa santé a évolué depuis sa prescription.
Et lorsqu’une contraception contenant des œstrogènes n’est plus adaptée, cela ne signifie évidemment pas qu’il faut renoncer à toute contraception. Selon le profil médical, d’autres solutions peuvent être envisagées :
- pilule progestative seule,
- implant,
- dispositif intra-utérin hormonal ou au cuivre, notamment.
Le choix reste individuel et doit tenir compte à la fois des risques médicaux, des préférences de la femme et de ses besoins.
À SAVOIR
Selon l’ANSM, le risque de thrombose lié aux contraceptifs hormonaux combinés est plus élevé durant la première année d’utilisation, mais aussi lorsqu’une femme reprend cette contraception après une interruption d’au moins quatre semaines.




