Une ville noyée dans les particules fines, où la pollution fragilise le cerveau et favorise les maladies neurodégénératives chez ses habitants.
En Île-de-France, près de 80 % des habitants (soit environ 9,7 millions de personnes) sont exposés simultanément à des niveaux de pollution de l’air et sonore dépassant les recommandations de l’OMS. © Freepik

Une vaste étude américaine publiée en septembre 2025 dans Science établit un lien entre l’exposition chronique aux particules fines PM2,5 et le risque accru d’hospitalisation pour des synucléinopathies, comme la démence à corps de Lewy. Un signal fort qui relance le débat sur la qualité de l’air en France.

Respirer peut-il fragiliser notre cerveau à long terme ? La question, qui pouvait sembler provocatrice il y a encore quelques années, est désormais documentée. Le 4 septembre 2025, une équipe de la Johns Hopkins University a publié dans la revue Science une étude d’envergure exceptionnelle, portant sur 56,5 millions de bénéficiaires du programme Medicare aux États-Unis (2000–2014).

Résultat, l’exposition chronique aux particules fines PM2,5 est associée à un risque accru d’hospitalisation pour des synucléinopathies, un groupe de maladies neurodégénératives incluant la démence à corps de Lewy et la maladie de Parkinson.

Les chercheurs soulignent que le risque n’est pas le même selon les maladies :

  • +17 % pour la démence associée à Parkinson
  • +12 % pour la démence à corps de Lewy

Ces maladies partagent un mécanisme commun : l’accumulation d’une protéine, l’alpha-synucléine, sous forme d’amas anormaux dans les neurones. Ces dépôts perturbent le fonctionnement cérébral et entraînent troubles cognitifs, moteurs et comportementaux.

Parmi elles, trois principales pathologies :

La DCL est souvent confondue avec Alzheimer car elle provoque également des pertes de mémoire, mais elle s’accompagne plus fréquemment d’hallucinations visuelles et de fluctuations de la vigilance.

Des preuves renforcées par l’expérimentation

L’étude ne se limite pas aux statistiques : les chercheurs ont mené des tests sur la souris. Et seules les souris capables de produire de l’alpha-synucléine développent des dépôts cérébraux, une atrophie et un déclin cognitif lorsqu’elles sont exposées aux particules fines PM2,5.

Un mécanisme biologique plausible est donc identifié. Les particules fines déclencheraient ou accéléreraient la pathologie via la protéine alpha-synucléine.

Une tendance confirmée par une méta-analyse mondiale

Ces résultats font écho à une méta-analyse publiée en 2025 dans The Lancet Planetary Health, qui a compilé 51 études portant sur près de 29 millions de participants.

Elle conclut que l’exposition à certains polluants accroît le risque de démence (toutes causes confondues, pas seulement la DCL) :

  • +17 % par tranche de 10 µg/m³ de PM2,5
  • +3 % par tranche de 10 µg/m³ de NO₂
  • +13 % par µg/m³ de suie

Ces chiffres confirment que la pollution atmosphérique agit comme un facteur de risque majeur de maladies neurodégénératives.

En France, la démence à corps de Lewy concernerait environ 200 000 personnes, diagnostiquées ou non, selon la Fondation Recherche Alzheimer.

Côté pollution, Santé publique France estime que 40 000 décès prématurés par an sont liés aux particules fines PM2,5 dans l’Hexagone (rapport 2021). Les grandes agglomérations dépassent régulièrement les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui recommande depuis 2021 de ne pas dépasser 5 µg/m³ en moyenne annuelle.

Ces résultats scientifiques posent une question sociétale majeure : la pollution de l’air doit être considérée comme un déterminant de santé cérébrale, au même titre que le tabac ou l’alimentation.

Les chercheurs appellent à :

  • renforcer les normes de qualité de l’air,
  • accélérer la transition énergétique et la réduction du trafic automobile,
  • mieux informer les populations vulnérables.

Pour chacun, des gestes simples existent : privilégier les espaces verts, aérer aux heures de moindre circulation, ou utiliser un purificateur d’air. Mais seule une action collective pourra inverser la tendance.

À SAVOIR

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la démence dans son ensemble touche aujourd’hui plus de 55 millions de personnes dans le monde, avec près de 10 millions de nouveaux cas chaque année. Si Alzheimer reste la forme la plus fréquente, la démence à corps de Lewy est la troisième cause la plus courante après Alzheimer et la démence vasculaire.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentAlcool et cancer : pourquoi le risque augmente dès le premier verre ?
Article suivantVivre 100 ans ? Un rêve qui s’éloigne pour les générations nées après 1939
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici