Une femme qui boit un verre d'alcool sans savoir qu'il provoque des cancers, notamment du sein.
Un Français sur cinq ignore encore le lien entre alcool et cancer. © Freepik

On nous a longtemps dit que “tout est une question de modération”. Mais quand il s’agit d’alcool et de cancer, la réalité scientifique est bien plus brutale : dès le premier verre, le risque existe. Comment l’expliquer ? Quels cancers sont concernés ? Et pourquoi n’y a-t-il pas de consommation sans danger ? On fait le point.

En France, près de 41 000 nouveaux cas de cancer chaque année sont attribuables à la consommation d’alcool, selon Santé publique France. C’est l’un des tout premiers facteurs évitables, juste après le tabac.

Pourtant, d’après le Baromètre cancer 2021 de l’INCa, seulement un Français sur deux sait qu’un simple verre augmente déjà le risque de développer un cancer.

Autrement dit, non, le “petit verre de rouge” au repas n’est pas anodin. Et la science est aujourd’hui unanime : l’alcool est classé cancérogène avéré pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1988.

Contrairement à d’autres toxiques où l’on peut fixer une dose seuil, il n’existe pas de niveau de consommation d’alcool sans danger pour la santé. Le risque de cancer augmente de façon linéaire avec chaque verre, confirme l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

  • Cancer colorectal : un verre par jour augmente le risque de 7 %, selon une étude de référence publiée dans Annals of Oncology (2011).
  • Cancer du sein : le risque grimpe de 7 à 10 % dès une consommation inférieure à un verre par jour (étude British Journal of Cancer, 2015).

Moins on boit, mieux on se porte. C’est le message martelé par l’Institut national du cancer (INCa).

Comment l’alcool “fabrique” du cancer

L’alcool que nous consommons (l’éthanol) n’agit pas seul. C’est sa transformation dans le corps qui pose problème.

  • Acétaldéhyde, le principal produit de dégradation, est une molécule hautement toxique qui attaque directement l’ADN et empêche sa réparation.
  • L’alcool provoque aussi la formation de radicaux libres, responsables de mutations cellulaires.
  • Au niveau des muqueuses (bouche, gorge, œsophage), il agit comme un solvant qui rend la peau plus perméable aux autres cancérogènes, notamment le tabac.
  • Enfin, chez la femme, l’alcool augmente la production d’œstrogènes, ce qui peut stimuler la croissance de cellules cancéreuses du sein.

Le cocktail est redoutable, surtout lorsqu’il se combine avec le tabac. Selon l’INCa, un gros consommateur d’alcool et de cigarettes voit son risque de cancer de la bouche multiplié par 36.

Quels cancers sont concernés ?

La liste est longue, et là encore, elle surprend :

En clair, l’alcool est responsable de 7 localisations de cancers reconnues à ce jour, et contribue à environ 8 % des nouveaux cas en France selon les données de l’INCa.

En 2017, Santé publique France et l’INCa ont fixé des repères de consommation :

  • pas plus de 2 verres standard par jour,
  • et pas tous les jours.

Mais attention : ce n’est pas une “dose autorisée”. C’est seulement un repère de risque. Comme le rappelle le Dr Catherine Hill, épidémiologiste : « Le risque zéro n’existe pas, même avec un seul verre ».

La France reste l’un des pays les plus consommateurs. En 2023, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la quantité d’alcool pur mise à la consommation était de 10,35 litres par personne âgée de 15 ans ou plus. L’alcool est profondément ancré dans notre culture, associé à la convivialité, au patrimoine, au vin. Pourtant, la réalité est cruelle :

  • L’alcool est responsable de 16 000 décès par cancer par an en France.
  • C’est la 2e cause évitable de cancer derrière le tabac.

Face à ces chiffres, l’INCa appelle à une information claire et sans ambiguïté auprès du grand public : un message simple, “chaque verre compte”.

À SAVOIR 

Selon le World Cancer Research Fund (WCRF) et l’American Institute for Cancer Research (AICR), l’alcool est la principale cause évitable de cancer du sein chez la femme, devant même le surpoids et la sédentarité.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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