Une femme qui est en plein déni de grossesse vient de réaliser un test de grossesse.
Même en utilisant une pilule contraceptive ou un stérilet, il est possible de vivre un déni de grossesse, car ces méthodes contraceptives ne sont pas totalement infaillibles. © Freepik

Être enceinte sans s’en apercevoir… Cela paraît surréaliste. Pourtant, il existe une réalité complexe : le déni de grossesse. Dans certains cas exceptionnels, la future maman n’a aucune conscience de sa grossesse jusqu’à ce qu’elle soit révélée tardivement. Ce phénomène, souvent difficile à accepter, se produit environ une fois sur 500 naissances chaque année. Qu’est-ce qu’un déni de grossesse ? Quels sont les tests utilisés pour le diagnostiquer ? Quelles sont les explications psychologiques ? Plus d’explications avec le Dr Christine Dubost Alvarado, gynécologue à Villeurbanne (Rhône).

Selon l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse, on estime qu’entre 600 et 1800 grossesses sont touchées par ce phénomène chaque année en France. Pour ces femmes, l’annonce de la grossesse est souvent un choc, d’autant plus lorsque cette révélation survient seulement quelques heures avant l’accouchement.

Quand la réalité de la maternité reste invisible

Qu’est-ce qu’un déni de grossesse ?

Il s’agit d’un phénomène où une femme est enceinte sans en avoir conscience ni s’en rendre compte. Cela lui vaut le surnom de grossesse « invisible », qui contraste avec la grossesse nerveuse où une femme peut sembler enceinte sans l’être réellement. On distingue deux types de déni de grossesse :

  • Le déni de grossesse partiel : la reconnaissance de la grossesse intervient entre la quatorzième semaine et la fin de la grossesse ;
  • Le déni de grossesse total : la femme découvre qu’elle est enceinte le jour de l’accouchement (environ 38% des cas)

« Le déni de grossesse est une idée ou un état inconsciemment intolérable. Cela entraîne la mise en place d’un mécanisme visant à éviter la réalité de la grossesse. Ce mécanisme se traduit par des phénomènes corporels où les signes d’une grossesse sont pratiquement absents en raison de l’influence de l’inconscient », explique le Dr Christine Dubost Alvarado.

Par ailleurs, ce phénomène tardif exclut la possibilité d’avortement, qui n’est autorisé que jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse.

Quels sont les signes caractéristiques ?  

Comment imaginer qu’une femme puisse passer à côté d’une telle métamorphose de son corps et de ses émotions ? Tout simplement parce que le déni de grossesse se manifeste par la faible présence de symptômes classiques de la grossesse, comme les nausées, la prise de poids, les tensions mammaires et l’arrondissement du ventre. Ces signes peuvent être totalement absents ou mal interprétés par certaines femmes, ce qui rend la grossesse méconnue.

  • Les nausées sont absentes ;
  • Les règles ne sont pas retardées (elles peuvent se poursuivre normalement) ;
  • Aucune prise de poids ni d’arrondissement du ventre ;
  • La fatigue et les douleurs mammaires sont absentes ;
  • Il n’y a pas de besoin fréquent d’uriner ;
  • Les mouvements du fœtus ne sont pas ressentis : en général, une femme enceinte peut commencer à sentir les mouvements de son bébé à partir de la vingtième semaine de grossesse. En cas de dénis de grossesse, ces mouvements passent inaperçus ou sont confondus avec des troubles digestifs.

Existe-t-il des risques pour la mère et le fœtus ?

L’un des premiers risques réside dans les habitudes de vie de la femme. Une grossesse implique généralement des changements dans les habitudes quotidiennes. Cela inclut l’arrêt de la cigarette, de l’alcool, l’adaptation des médicaments, et des ajustements alimentaires. Le fait qu’une femme n’ait pas conscience de sa grossesse et continue à mener sa vie comme si de rien n’était, en consommant des substances ou aliments parfois nocifs, peut avoir des répercussions sur le bon développement du fœtus.

De plus, « le déni de grossesse empêche la construction d’un lien entre la mère et l’enfant à naître. Il s’agit d’un symptôme psychologique dont les femmes peuvent souffrir », affirme la gynécologue. Dans le cas d’un déni partiel, ce lien peut se former progressivement. Mais il peut être beaucoup plus complexe pour la mère de développer des liens affectifs avec son enfant lors d’un déni total. C’est pourquoi un accompagnement psychologique est souvent recommandé, afin de les aider à se remettre de cet évènement qui peut être perturbant.

Pour finir, sur le plan psychologique, il existe des risques pour le fœtus. Les dénis de grossesse sont associés à une plus grande fréquence d’accouchements prématurés, de retard de croissance intra-utérin et éventuellement de problèmes de développement.

Une réalité inconsciemment cachée

Comment peut-on expliquer un déni de grossesse ?

Il peut sembler presque impossible que le corps puisse dissimuler une évolution aussi transformationnelle qu’une grossesse. En réalité, il s’agit d’un mécanisme de défense psychologique, classé comme un trouble psychiatrique. Le cerveau de la femme adopte cette stratégie de défense inconsciente pour la protéger d’une angoisse ou d’un traumatisme. « Les dénis de grossesse sont souvent causés par des facteurs psychologiques liés à la sexualité, à l’idée de la maternité, à l’image du corps ou à des traumatismes antérieurs », ajoute le Dr Christine Dubost Alvarado.

De plus, bien que toute femme puisse faire un déni de grossesse, plusieurs facteurs connus peuvent augmenter les chances de son apparition :

  • Un contexte familial difficile marqué par un manque d’affection, des abus sexuels et/ou psychologiques pendant l’enfance ;
  • Une agression sexuelle ;
  • Des expériences passées de fausses couches ou d’interruption médicale de grossesse ;
  • Des grossesses rapprochées

Quels tests sont utilisés pour diagnostiquer un déni de grossesse ?

Tout d’abord, même en cas de déni de grossesse, un test de grossesse sera toujours positif.

De plus, un examen médical peut aider. Les symptômes peuvent parfois être trompeurs, mais l’imagerie médicale ne trompera pas, elle. Ainsi, un examen de routine chez le médecin ou le gynécologue, avec notamment une échographie, peut révéler à la femme qu’elle est enceinte.

La période qui suit la levée du déni de grossesse est tout aussi impressionnante que le déni en lui-même. En effet, cette prise de conscience libère complètement le corps. Il est fréquent de constater que le ventre de la femme enceinte s’arrondit en seulement quelques heures.

Dans le cas d’un déni de grossesse total, le moment de l’accouchement correspond à la levée du déni. Des douleurs abdominales intenses poussent la future mère à se rendre aux urgences. Dans certains cas, l’accouchement survient directement à domicile (0,6% des cas).

À SAVOIR

 Le déni de grossesse ne se limite pas qu’aux femmes qui n’ont jamais eu d’enfant. Même les femmes ayant déjà eu un ou plusieurs enfants peuvent vivre une grossesse de ce type.

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