Un médecin qui tient dans ses mains gantées le médicament du covid qui protège les vaisseaux sanguins, la dexaméthasone.
La dexaméthasone, corticoïde utilisé depuis 1961, figure sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS. © Adobe Stock

Un médicament familier des hôpitaux se retrouve à nouveau sous le feu des projecteurs. La dexaméthasone, corticoïde peu coûteux et utilisé depuis des décennies, ne se contente pas de calmer l’orage inflammatoire provoqué par le Covid-19. Selon une étude française, elle protégerait aussi nos vaisseaux sanguins, réduisant ainsi les risques de caillots parfois mortels. Une découverte qui change notre regard sur ce traitement, devenu malgré lui le symbole discret de la lutte contre la pandémie.

Dans les services de réanimation, la dexaméthasone n’a rien d’une nouveauté. Prescrite depuis longtemps contre certaines maladies inflammatoires ou auto-immunes, elle est entrée dans la bataille contre le Covid-19 en 2020.

Cette année-là, l’essai britannique RECOVERY, conduit par l’Université d’Oxford, avait montré que cette molécule réduisait la mortalité des patients les plus sévèrement atteints.

Moins 35 % de décès chez les patients sous ventilation mécanique, moins 20 % chez ceux sous oxygène (NEJM, 2020). En France, la Haute Autorité de Santé avait rapidement validé son usage. Dans un contexte d’incertitudes autour de nombreux traitements, la dexaméthasone apparaissait comme un repère solide.

Quand la Covid-19 révèle son vrai visage : une maladie vasculaire

Dès le printemps 2020, les médecins avaient compris que le Covid-19 n’était pas seulement une pneumonie virale. Les scanners montraient des poumons constellés de micro-caillots, et des patients développaient des complications thrombotiques graves. 

Cette réalité a changé le regard sur la maladie car le virus s’attaque aux poumons, mais aussi aux vaisseaux, déclenchant une double cascade inflammatoire et thrombotique.

Une nouvelle facette dévoilée par la recherche française

En septembre 2024, une équipe de l’Inserm, en collaboration avec l’AP-HP et Sorbonne Université, a publié dans la revue Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology une étude qui révèle un effet méconnu de la dexaméthasone. Au-delà de son action anti-inflammatoire, ce médicament semble aussi protéger les vaisseaux sanguins.

Cet effet prend tout son sens dans le contexte du Covid-19. Car la maladie ne touche pas seulement les poumons, elle fragilise aussi la paroi interne des vaisseaux (l’endothélium). Lorsque cette paroi est endommagée, elle favorise une coagulation excessive qui peut entraîner la formation de caillots dangereux et ainsi aggraver fortement l’état des patients.

Et c’est là que la dexaméthasone a prouvé son efficacité dans la protection contre les complications thromboemboliques (phlébites, embolies pulmonaires ou micro-thromboses) qui ont lourdement contribué à la mortalité de la maladie.

Aujourd’hui encore, la dexaméthasone reste réservée aux cas graves. Elle n’a aucun intérêt chez les patients atteints de formes légères et son usage en automédication peut être dangereux. Ses effets secondaires sont connus :

  • hausse du taux de sucre dans le sang,
  • fragilisation des os,
  • immunosuppression.

Elle doit être prescrite et suivie par un médecin. Cette nouvelle étude ne modifie pas encore les protocoles thérapeutiques, mais elle apporte un éclairage précieux sur la compréhension des mécanismes de la Covid-19 et sur les raisons de l’efficacité de ce traitement dans les formes sévères.

Cette piste vasculaire ouvre des horizons. D’autres maladies graves, comme le sepsis ou certaines pathologies auto-immunes, combinent inflammation et troubles de la coagulation. La dexaméthasone pourrait-elle y jouer un rôle protecteur similaire ? Les chercheurs restent prudents, mais la question est désormais posée.

L’histoire de la dexaméthasone illustre qu’un vieux médicament, abordable, peut encore surprendre et trouver une place centrale dans des situations médicales inédites.

À SAVOIR 

La dexaméthasone figure sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis plusieurs années, bien avant la pandémie de Covid-19. Cette liste recense les traitements considérés comme indispensables dans tous les systèmes de santé, car ils sont efficaces, sûrs et peu coûteux.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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