Diphtérie: une fillette de 4 ans meurt faute de vaccination

le 24 août 2026 à 17h52
La fillette de 4 ans et demi est décédée des suites d’une infection à la diphtérie.
Malgré les soins intensifs, la fillette a été placée sous ECMO pour assister temporairement son cœur et ses poumons. © Magnific
Une fillette de 4 ans et demi est morte à Palerme, en Italie, après avoir contracté la diphtérie. Ses parents avaient refusé de la faire vacciner, convaincus à tort que les vaccins pouvaient provoquer l’autisme.
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On la croyait presque rangée au rayon des maladies d’un autre temps. Pourtant, la diphtérie vient de frapper brutalement en Italie. Le 20 août 2026, à Palerme, en Sicile, Anna Rosa Bartolotta, une fillette de 4 ans et demi, est décédée après avoir contracté cette infection bactérienne devenue extrêmement rare dans les pays où la vaccination est largement pratiquée.

L’enfant avait d’abord présenté de la fièvre, des vomissements et une perte d’appétit. Après une première prise en charge hospitalière le 13 août, elle était rentrée chez elle. Mais son état s’est aggravé et elle a de nouveau été hospitalisée deux jours plus tard, avant d’être transférée en soins intensifs. Le diagnostic de diphtérie a ensuite été posé et la fillette est finalement décédée.

Une autopsie doit encore préciser les circonstances exactes de sa mort et la justice italienne enquête également sur sa prise en charge médicale. Ses parents font par ailleurs l’objet d’une enquête pour homicide involontaire par omission, la justice cherchant notamment à déterminer le rôle de l’absence de vaccination dans le décès. Car Anna Rosa n’avait pas reçu le vaccin contre la diphtérie.

Diphtérie : pourquoi la fillette n’était-elle pas vaccinée ? 

Ses parents craignaient que les vaccins provoquent l’autisme

Les parents de la fillette auraient choisi de ne pas la faire vacciner, convaincus qu’un vaccin était responsable de l’autisme d’un membre de leur famille. Une crainte qui ne repose pourtant sur aucune preuve scientifique solide. L’OMS l’a encore confirmé en décembre 2025. Son Comité consultatif mondial pour la sécurité des vaccins a examiné 31 études publiées entre 2010 et 2025. Sa conclusion est sans ambiguïté. Les données disponibles ne montrent aucun lien de causalité entre les vaccins et les troubles du spectre de l’autisme.

Et ce n’est pas faute d’avoir cherché. En 2019, une vaste étude danoise publiée dans Annals of Internal Medicine et menée auprès de 657 461 enfants n’avait constaté aucune augmentation du risque d’autisme après la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Y compris chez les enfants considérés comme plus à risque.

Mais alors, d’où vient cette idée ?

Il faut remonter à 1998. Cette année-là, une publication dans la revue médicale The Lancet suggère un lien entre le vaccin ROR et l’autisme. L’étude va connaître un immense retentissement, avant que de graves irrégularités ne soient mises au jour. L’article sera finalement retiré par la revue et les travaux à son origine discrédités.

Le mal, lui, était fait. Plus de vingt-cinq ans après, cette idée continue de circuler, notamment sur les réseaux sociaux, malgré l’accumulation des données scientifiques allant dans le sens inverse. Les évaluations menées par l’OMS en 2002, 2004, 2012 puis 2025 aboutissent toutes au même constat : les vaccins ne provoquent pas l’autisme.

La diphtérie, c’est quoi exactement ?

La diphtérie est une infection bactérienne, le plus souvent causée par Corynebacterium diphtheriae. Certaines souches de cette bactérie ont la particularité redoutable : elles peuvent fabriquer une toxine, autrement dit une substance capable d’endommager l’organisme. Ce sont notamment ces formes, dites « tox+ », qui font l’objet d’une surveillance étroite par Santé publique France. Lorsqu’elle touche les voies respiratoires, la maladie s’attaque principalement à la gorge et peut entraîner 

  • fièvre, 
  • difficultés à avaler, 
  • gonflement du cou,
  • formation de fausses membranes dans la gorge, susceptibles de gêner la respiration.

Mais le principal danger vient de la toxine. Une fois produite, celle-ci peut se diffuser dans l’organisme et atteindre notamment le cœur et le système nerveux, provoquant de graves complications. Derrière des premiers symptômes qui peuvent parfois ressembler à ceux d’une angine se cache une infection qui peut rapidement devenir beaucoup plus sérieuse. Sans traitement adapté et suffisamment précoce, la diphtérie peut être mortelle.

Une maladie rare en France, mais pas disparue

Selon les données de Santé publique France actualisées en mars 2026, 39 cas de diphtérie « tox+ » ont été signalés en France en 2025. C’est-à-dire des infections provoquées par des bactéries capables de produire la toxine responsable des formes les plus préoccupantes. Parmi eux, 22 cas étaient liés à Corynebacterium diphtheriae, la principale bactérie responsable de la diphtérie.

Quatorze ont été recensés dans l’Hexagone, sept à Mayotte et un en Guyane. Les 17 autres cas étaient dus à Corynebacterium ulcerans, une bactérie proche qui peut elle aussi produire la toxine diphtérique.

Dans l’Hexagone, les situations restent très ponctuelles. Parmi les 14 cas de C. diphtheriae recensés en 2025, cinq concernaient des voyageurs revenant d’Afrique ou des personnes en lien avec un voyageur, tandis que deux patients étaient récemment arrivés en France. Pour les sept autres cas, aucun lien avec un voyage ou un séjour à l’étranger n’a été identifié. Trois patients avaient moins de 18 ans.

Ces chiffres restent faibles, mais ils sont surveillés de près. Santé publique France rappelle qu’entre 2017 et 2021, seulement 3,4 cas de C. diphtheriae étaient recensés en moyenne chaque année dans l’Hexagone. Le niveau observé en 2025 reste donc supérieur à celui d’avant 2022. Même s’il est inférieur au nombre de cas enregistrés en 2022, 2023 et 2024.

Diphtérie : en France, les enfants sont très largement protégés

Si les formes graves de diphtérie sont devenues exceptionnelles chez les enfants français, la vaccination y est pour beaucoup. Le vaccin contre la diphtérie fait partie des vaccinations obligatoires chez le nourrisson. Il est administré dans un vaccin combiné protégeant également contre plusieurs autres infections. Le schéma vaccinal comprend une première dose à 2 mois, une deuxième à 4 mois, puis un rappel à 11 mois. Un nouveau rappel contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite est ensuite prévu à 6 ans, avant d’autres rappels au cours de la vie. Le calendrier vaccinal français permet également de rattraper les vaccinations lorsqu’elles n’ont pas été réalisées au moment prévu.

Et cette protection est aujourd’hui très largement suivie. Selon le bilan publié par Santé publique France en avril 2026, plus de 95 % des enfants âgés de 24 mois étaient vaccinés contre la diphtérie en France en 2025, comme contre le tétanos et la poliomyélite. C’est précisément cette couverture élevée qui contribue à maintenir la maladie à un niveau très faible.

À Palerme, un deuxième enfant touché par la diphtérie

Le décès de la fillette n’est pas un cas totalement isolé. Son cousin, lui aussi âgé de 4 ans, a également été testé positif à la diphtérie après avoir présenté des symptômes similaires. Hospitalisé à Palerme, son état de santé était toutefois en amélioration au 22 août. Cette deuxième contamination a conduit les autorités sanitaires locales à lancer une enquête épidémiologique. L’objectif est de comprendre comment les deux enfants ont été contaminés, de retracer leurs contacts et surtout d’identifier rapidement d’autres personnes qui auraient pu être exposées à la bactérie.

La vigilance s’est également resserrée autour de la famille. Selon les éléments communiqués en Italie, les frères et sœurs de la fillette n’étaient pas vaccinés non plus. Ils ont depuis reçu le vaccin. Des mesures préventives ont également été mises en place pour les professionnels de santé ayant été en contact avec l’enfant. La diphtérie respiratoire peut se transmettre d’une personne à l’autre. Principalement par les gouttelettes respiratoires émises lorsqu’une personne infectée tousse, éternue ou parle. Lorsqu’elle rencontre plusieurs personnes non ou insuffisamment vaccinées, la bactérie dispose alors d’un terrain plus favorable pour continuer à circuler.

À SAVOIR 

Le nom « diphtérie » vient du grec diphthera, qui signifie « membrane ». Il fait référence aux fausses membranes blanchâtres qui peuvent se former dans la gorge et, dans les formes graves, gêner la respiration.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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