La Macédoine du Nord connaît depuis plusieurs semaines une forte augmentation des infections par le virus du Nil occidental, également appelé West Nile Virus (WNV). Ce 21 août 2026, le ministre macédonien de la Santé, Azir Aliu, faisait état de 43 cas recensés dans le pays, contre seulement huit à la fin du mois de juillet. La majorité des infections récentes se concentre dans la région de Skopje, la capitale.
Le bilan humain s’est également alourdi. Le 22 août, la Clinique universitaire des maladies infectieuses de Skopje a annoncé un cinquième décès : celui d’un homme de 73 ans, hospitalisé depuis 22 jours dans un état grave et placé sous assistance respiratoire. Une vingtaine de malades étaient alors hospitalisés, essentiellement des personnes âgées présentant des formes sévères. Les autorités locales ont renforcé les opérations de lutte contre les moustiques et la surveillance des zones où ils prolifèrent.
Le virus du Nil occidental, c’est quoi exactement ?
Découvert pour la première fois en 1937 en Ouganda, dans le district de West Nile qui lui a donné son nom, il appartient à la famille des Flavivirus, comme les virus de la dengue ou de la fièvre jaune. Selon Santé publique France, il circule aujourd’hui dans différentes régions du monde et est régulièrement détecté en France, notamment autour du bassin méditerranéen. Son fonctionnement est assez simple à comprendre. Le virus circule avant tout entre les oiseaux et les moustiques. Un moustique pique un oiseau infecté, récupère le virus puis peut le transmettre lors d’une piqûre suivante.
Et non, le principal responsable n’est pas ici le fameux moustique tigre dont on entend parler chaque été. Le virus West Nile est principalement transmis par des moustiques du genre Culex, notamment Culex pipiens, une espèce très largement présente en France. Les oiseaux constituent le principal réservoir naturel du virus. Les humains et les chevaux peuvent être contaminés mais sont considérés comme des « hôtes accidentels ».
Plus simplement, nous pouvons attraper le virus, mais nous ne jouons normalement pas un rôle important dans sa circulation. La quantité de virus présente dans le sang d’une personne infectée est généralement insuffisante pour qu’un moustique se contamine en la piquant puis transmette à son tour la maladie. Santé publique France parle ainsi de « cul-de-sac épidémiologique ».
Explosion des cas de virus du Nil occidental : comment reconnaître la maladie ?
De 8 à 43 cas en quelques semaines
La progression est particulièrement rapide. Dans son point épidémiologique du 27 juillet 2026, l’Institut de santé publique de Macédoine du Nord ne recensait encore que huit cas depuis le début de l’année. Sept étaient considérés comme confirmés et un comme probable.
À cette date, le profil des patients était déjà assez parlant : sept étaient des hommes et un une femme, six avaient plus de 60 ans et les deux autres entre 50 et 59 ans. Surtout, les huit personnes avaient développé une forme neuro-invasive, autrement dit une infection ayant atteint le système nerveux, et avaient toutes été hospitalisées. Moins d’un mois plus tard, le nombre de cas recensés a donc été multiplié par plus de cinq.
Cette flambée contraste aussi avec les années précédentes. Selon l’Institut de santé publique macédonien, le virus a été identifié pour la première fois dans le pays en 2011. Entre cette date et la fin de l’année 2025, seulement 54 cas confirmés en laboratoire et cinq décès avaient été enregistrés.
Dans 80 % des cas, on ne remarque même rien
Selon Santé publique France, environ 80 % des personnes infectées ne présentent aucun symptôme ou très peu. Pour environ 20 % des personnes contaminées, l’infection ressemble plutôt à une mauvaise grippe :
- fièvre brutale,
- maux de tête,
- douleurs musculaires ou articulaires,
- parfois accompagnés d’une éruption cutanée.
Dans une petite proportion des cas, en revanche, la maladie change complètement de visage. Moins d’une personne infectée sur 100 développe une forme grave, dite neuro-invasive. Le virus peut alors atteindre le système nerveux et provoquer notamment une méningite, une encéphalite ou une méningo-encéphalite. Ces formes sont observées plus fréquemment chez les personnes âgées et peuvent laisser des séquelles, voire entraîner le décès. La situation macédonienne se distingue toutefois par la gravité des cas recensés. Dès la fin juillet, les huit premiers malades recensés dans le pays avaient tous développé une forme neuro-invasive.
Le virus du Nil occidental circule-t-il en France ?
Le virus est bien présent aussi cet été
La situation macédonienne paraît lointaine, mais le virus du Nil occidental circule déjà en France en 2026. Le 1er juillet, Santé publique France ne recensait encore aucun cas autochtone dans l’Hexagone. Le premier cas de l’année a ensuite été identifié dans les Pyrénées-Orientales au cours du mois de juillet. Au 10 août, six cas autochtones avaient été identifiés. Une semaine plus tard, le bilan avait triplé.
Selon le dernier bulletin national de Santé publique France publié le 19 août 2026, 18 cas autochtones d’infection par le virus West Nile avaient été identifiés au 17 août en France hexagonale. « Autochtone » signifie ici que les personnes ont été contaminées sur le territoire français, et non lors d’un voyage à l’étranger. Les cas ont été identifiés en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, en Occitanie, dans les Pyrénées-Orientales, l’Aude, la Haute-Garonne et le Gard, mais également en Île-de-France, dans l’Essonne et en Seine-Saint-Denis. Le phénomène ne se limite donc plus au traditionnel pourtour méditerranéen.
Une circulation qui s’étend en France
Cette extension géographique n’arrive d’ailleurs pas complètement par surprise. L’année 2025 avait déjà marqué un record en France, avec 62 cas de West Nile acquis par transmission vectorielle, selon le bilan publié par Santé publique France en mai 2026. Le précédent record remontait à 2023, avec 39 cas. Surtout, le virus avait été détecté dans des régions jusque-là épargnées. Des contaminations avaient ainsi été recensées pour la première fois en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Normandie. En 2026, le premier cas autochtone a été confirmé le 16 juillet dans les Pyrénées-Orientales. La personne, qui n’avait pas voyagé, avait donc été contaminée localement par un moustique infecté.
La présence de cas français en 2026 n’est donc pas une conséquence de la flambée observée en Macédoine du Nord, le virus circule localement dans plusieurs régions européennes, porté par son propre cycle entre oiseaux et moustiques. À l’échelle européenne, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) recensait, au 5 août 2026, 245 cas humains acquis localement dans sept pays : Italie, Grèce, Espagne, Macédoine du Nord, Roumanie, France et Allemagne. Ces données sont toutefois antérieures à la forte hausse enregistrée depuis en Macédoine du Nord.
Pas de vaccin humain ni de traitement spécifique
Pour l’heure, il n’existe aucun vaccin commercialisé pour protéger l’être humain contre le virus du Nil occidental, rappelle Santé publique France. Un vaccin existe en revanche pour les chevaux. Même constat côté médicaments, il n’existe pas de traitement antiviral spécifique permettant d’éliminer le virus. La prise en charge consiste donc à traiter les symptômes. Les formes neurologiques sévères nécessitent une hospitalisation et, dans les situations les plus graves, un passage en réanimation.
La meilleure arme reste donc nettement moins spectaculaire : éviter les piqûres de moustiques. Santé publique France recommande notamment de porter des vêtements couvrants, d’utiliser des répulsifs adaptés, des moustiquaires ou des diffuseurs électriques et de limiter les endroits favorables à la reproduction des moustiques autour des habitations. La surveillance ne concerne d’ailleurs pas uniquement les malades. Lorsqu’une circulation du virus est détectée, des mesures spécifiques peuvent également être prises pour sécuriser les dons de sang, d’organes, de tissus et de cellules, car de rares transmissions par transfusion ou transplantation sont possibles.
À SAVOIR
Le moyen de transport du virus sont les oiseaux migrateurs ! En parcourant parfois des milliers de kilomètres, certains oiseaux infectés peuvent contribuer à transporter le virus du Nil occidental d’une région à l’autre. Sur place, les moustiques prennent le relais en les piquant, puis entretiennent sa circulation.



