Payer des étudiants pour dormir davantage : des effets surprenants sur leur scolarité

le 21 septembre 2026 à 15h52
Un jeune Américain payé pour dormir.
Mémoire, concentration, humeur… Le sommeil est notre meilleur allié au quotidien. © Magnific
Aux États-Unis, des chercheurs ont payé des étudiants pour qu’ils dorment davantage pendant quatre semaines. Et ça marche ! Avec seulement 19 minutes de sommeil en plus par nuit, les jeunes ont aussi obtenu de meilleures notes à l’université.
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Réviser jusqu’au bout de la nuit, terminer un exposé à la dernière minute ou enchaîner les cafés pour tenir jusqu’aux examens… Pour de nombreux étudiants, le sommeil passe souvent au second plan. Mais à force de rogner sur leurs nuits, ils pourraient bien compromettre leurs chances de réussite.

Aux États-Unis, des chercheurs ont tenté une expérience pour le moins originale. Plutôt que de conseiller aux étudiants de se coucher plus tôt, ils ont décidé de les payer pour dormir davantage. Pendant quatre semaines, plusieurs centaines de jeunes ont ainsi reçu une récompense financière lorsqu’ils dormaient au moins sept heures par nuit.

L’objectif était de savoir si cette petite motivation pouvait les aider à changer leurs habitudes et, surtout, à obtenir de meilleures notes. Les résultats montrent qu’il suffit parfois de quelques minutes de sommeil supplémentaires pour faire la différence sur les bancs de l’université.

Dormir plus pour mieux réussir sa scolarité, une expérience américaine le confirme

Des étudiants payés cinq dollars pour dormir sept heures

Pour cette expérience, des chercheurs de trois universités américaines ont recruté plus de 1 100 étudiants de l’université de Pittsburgh, âgés en moyenne de 19 ans. Chaque participant a reçu un bracelet connecté Fitbit pour suivre son sommeil, ainsi qu’une application lui rappelant quand aller se coucher et lui indiquant combien de temps il avait dormi. Parmi eux, 468 étudiants ont été sélectionnés au hasard pour recevoir une récompense financière. Le principe était simple. Chaque nuit de semaine où ils dormaient au moins sept heures leur rapportait environ cinq dollars, soit un peu plus de quatre euros.

Pendant quatre semaines, les chercheurs ont suivi leurs nuits et leurs résultats universitaires, en les comparant à ceux des autres participants. Ils voulaient notamment savoir si la perspective de gagner quelques dollars pouvait pousser les étudiants à se coucher plus tôt et, surtout, si ces nuits plus longues pouvaient les aider à obtenir de meilleures notes. Car entre savoir qu’il faudrait dormir davantage et réussir à lâcher son téléphone ou ses révisions pour aller au lit, il y a parfois un monde.

Dormir 19 minutes de plus par nuit, ça change quoi ?

L’argent a fait son effet. Chez les étudiants rémunérés, la proportion de nuits d’au moins sept heures a augmenté de 26 % par rapport au groupe de comparaison. En moyenne, ils ont dormi 19 minutes de plus par nuit pendant les quatre semaines de l’expérience. Un gain qui peut sembler modeste, mais qui montre qu’une petite récompense peut suffire à encourager les jeunes à revoir leurs habitudes de sommeil.

Les chercheurs ont aussi constaté que les étudiants étaient plus motivés par une récompense immédiate que par de simples rappels ou la promesse d’être payés plus tard. Quelques dollars versés rapidement ont donc eu davantage d’effet que les conseils habituels pour les inciter à dormir plus longtemps. Mais le plus intéressant reste à venir. Ces quelques minutes de sommeil supplémentaires auraient des bénéfices sur leur scolarité. 

Quelques minutes de sommeil en plus pour de meilleures notes

Et les résultats ne se sont pas fait attendre ! Les étudiants rémunérés ont aussi obtenu de meilleures notes que les autres. Selon l’étude publiée dans le Journal of Political Economy, leur moyenne universitaire a progressé de 0,075 à 0,089 point sur l’échelle de notation américaine, généralement calculée sur 4 points. Une hausse qui peut sembler faible, mais qui est suffisamment nette pour que les chercheurs y voient un véritable effet de leur programme sur la réussite universitaire.

Attention toutefois, cela ne signifie pas que dormir 19 minutes de plus chaque nuit permet automatiquement de gagner des points à un examen. Les chercheurs ont évalué les effets d’un programme combinant suivi du sommeil, rappels et récompenses financières, sans pouvoir attribuer précisément chaque point gagné aux minutes de sommeil supplémentaires. L’expérience montre néanmoins qu’encourager les étudiants à mieux dormir peut aussi les aider à obtenir de meilleurs résultats. De quoi rappeler que sacrifier quelques heures de sommeil pour réviser jusqu’au bout de la nuit n’est pas toujours la meilleure stratégie pour réussir ses examens.

Payer les étudiants pour dormir : une solution durable ?

L’argent a encouragé les étudiants à dormir davantage, mais les effets se sont atténués une fois les récompenses supprimées. Pour mesurer leur évolution, les chercheurs ont continué à suivre leur sommeil après la fin de l’expérience. Selon l’étude publiée dans le Journal of Political Economy, les participants dormaient encore huit minutes de plus par nuit en moyenne au cours des semaines suivantes. Un gain bien plus modeste que les 19 minutes supplémentaires enregistrées pendant les quatre semaines rémunérées.

Autrement dit, l’argent a permis aux étudiants d’améliorer leurs habitudes de sommeil, mais ces progrès ont eu tendance à s’estomper une fois les paiements arrêtés. Une petite récompense peut donc donner un coup de pouce, sans forcément suffire à changer durablement les comportements. Reste que cette expérience a été menée dans une seule université américaine, sur une période relativement courte. Rien ne garantit donc que rémunérer des étudiants français produirait les mêmes résultats.

Pourquoi dormir davantage peut-il aider à mieux apprendre ?

Pendant que nous dormons, notre cerveau est loin d’être au repos ! Il profite de la nuit pour trier, organiser et renforcer les informations enregistrées au cours de la journée. Un travail essentiel pour retenir ses cours et être capable de les restituer le jour d’un examen. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le sommeil joue un rôle majeur dans la mémoire et l’apprentissage. Concrètement, une bonne nuit permet notamment de :

  • Mieux mémoriser ses cours. Le cerveau consolide les informations apprises pendant la journée, ce qui permet de les retenir plus longtemps.
  • Améliorer sa concentration. Un sommeil suffisant aide à rester attentif en cours et à mieux assimiler de nouvelles informations.
  • Faciliter les apprentissages. En dormant suffisamment, le cerveau est mieux préparé à enregistrer et à utiliser de nouvelles connaissances.

Une partie de ce travail se déroule pendant le sommeil lent profond, une phase durant laquelle le cerveau participe notamment à la consolidation des souvenirs. À l’inverse, passer une nuit blanche à réviser peut jouer de mauvais tours. Même si l’étudiant gagne quelques heures de travail, le manque de sommeil risque de perturber sa mémoire et sa concentration au moment de l’examen. L’expérience américaine vient ainsi rappeler qu’apprendre ne se résume pas au nombre d’heures passées devant ses cahiers. Le temps passé à dormir compte aussi !

En France, un étudiant sur trois rencontre des difficultés scolaires liées à son sommeil

Et les étudiants français ne sont pas épargnés ! Selon l’enquête Bien-être et santé des étudiants, menée au printemps 2024 par l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), les nuits des jeunes sont loin d’être toujours réparatrices. Parmi les 5 773 étudiants ayant répondu à l’enquête, seuls 45 % jugeaient leur sommeil de bonne ou très bonne qualité. À l’inverse, 21 % estimaient mal dormir et seulement la moitié déclaraient avoir des horaires de coucher et de lever réguliers.

Plus préoccupant encore, un étudiant sur trois déclarait avoir déjà rencontré des difficultés scolaires à cause de son sommeil. De quoi rappeler que les nuits trop courtes ne se traduisent pas seulement par quelques bâillements en amphithéâtre. Elles peuvent aussi compliquer les révisions, la concentration et la réussite aux examens. Et le manque de sommeil ne concerne pas uniquement les étudiants. D’après le Baromètre 2024 de Santé publique France, publié en décembre 2025, les adultes français âgés de 18 à 79 ans dorment en moyenne 7 heures et 32 minutes par jour. Parmi eux, 21,5 % dorment six heures ou moins par nuit en semaine.

Comment améliorer son sommeil sans être payé pour aller au lit ?

Un adulte dort en moyenne entre sept et huit heures par nuit, même si les besoins varient d’une personne à l’autre. L’essentiel est de disposer d’un temps de sommeil suffisant et de se réveiller reposé. Pour les étudiants qui souhaitent améliorer leurs habitudes, quelques changements peuvent faire la différence :

  • Conserver des horaires de coucher et de lever aussi réguliers que possible, y compris le week-end.
  • Prévoir suffisamment de temps pour dormir, plutôt que de repousser systématiquement l’heure du coucher.
  • Éviter de travailler sur son ordinateur ou de regarder des vidéos au lit, afin de réserver cet espace au sommeil.
  • Prêter attention aux premiers signes de fatigue, sans chercher systématiquement à repousser l’endormissement.
  • En cas de fatigue, privilégier une courte sieste en début d’après-midi plutôt qu’une longue sieste tardive susceptible de perturber la nuit suivante.

Ces conseils rejoignent les recommandations de l’Assurance maladie pour favoriser un sommeil régulier et réparateur. Bien entendu, les difficultés de sommeil ne relèvent pas toujours d’une simple question de volonté. Stress, horaires de travail, conditions de logement ou difficultés financières peuvent aussi empêcher les étudiants de dormir suffisamment. Santé publique France souligne notamment que les personnes confrontées à des difficultés financières déclarent, en moyenne, des durées de sommeil plus courtes que celles qui sont financièrement à l’aise.

À SAVOIR 

Une odeur pourrait vous aider à mieux retenir vos cours pendant votre sommeil ! Selon une revue scientifique publiée en avril 2024 dans npj Science of Learning, des chercheurs ont montré que des élèves qui apprenaient du vocabulaire en présence d’une odeur, puis retrouvaient cette même odeur pendant leur sommeil, obtenaient de meilleurs résultats aux tests de mémorisation. Le cerveau serait ainsi capable de réactiver certains souvenirs grâce à des odeurs associées à l’apprentissage. 

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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