Première au CHU de Montpellier : ce nouvel implant traite l’apnée du sommeil

le 17 septembre 2026 à 19h17
Les chirurgiens du CHU de Montpellier en train de poser l’implant à un patient souffrant d’apnée du sommeil.
Le petit boîtier est placé sous la peau au niveau de la poitrine et relié au nerf qui contrôle les mouvements de la langue. © Magnific
Pour la première fois, le CHU de Montpellier a posé un implant destiné à lutter contre l’apnée du sommeil. Présentée le 10 septembre, cette nouvelle technique stimule un nerf de la langue pendant la nuit pour maintenir les voies respiratoires ouvertes, sans masque de ventilation. Une alternative réservée à certains patients en échec avec les traitements habituels.
Sommaire

Le CHU de Montpellier élargit son arsenal contre l’apnée du sommeil. Depuis quelques mois, les équipes ORL de l’hôpital Gui de Chauliac proposent à certains patients un implant capable d’agir directement sur les mécanismes responsables des pauses respiratoires nocturnes. Une première pour l’établissement, officiellement présentée le 10 septembre 2026.

Cette nouvelle option s’adresse à des patients bien précis, atteints d’apnée obstructive du sommeil et chez lesquels les traitements habituels ne suffisent plus ou sont mal tolérés. C’est notamment le cas de la pression positive continue (PPC). Ce fameux masque porté la nuit qui envoie de l’air sous pression pour empêcher les voies respiratoires de se fermer.

Avec cet implant, pas de masque ni d’air envoyé pendant le sommeil. Un petit boîtier placé sous la peau délivre des impulsions électriques au nerf hypoglosse, qui commande certains mouvements de la langue. À chaque inspiration, celle-ci est stimulée afin de maintenir les voies respiratoires suffisamment ouvertes et éviter leur obstruction. 

Apnée du sommeil, que se passe-t-il vraiment pendant la nuit ?

Pendant le sommeil, les muscles se relâchent. Chez certaines personnes, ce relâchement favorise une obstruction répétée des voies aériennes supérieures, notamment au niveau du pharynx. L’air circule alors beaucoup plus difficilement, voire momentanément plus du tout. Lorsque la respiration s’interrompt, on parle d’apnée. Lorsqu’elle diminue fortement sans s’arrêter complètement, il s’agit d’une hypopnée. Ces événements peuvent se répéter de nombreuses fois au cours d’une même heure de sommeil et entraîner des micro-éveils dont le dormeur n’a pas forcément conscience.

Pour mesurer la gravité du problème, les médecins utilisent notamment l’indice d’apnées-hypopnées, ou IAH. Il correspond au nombre moyen d’apnées et d’hypopnées enregistrées par heure de sommeil. Une pression positive continue (PPC) est notamment recommandée lorsque cet indice atteint ou dépasse 30 événements par heure. Elle peut également être indiquée entre 15 et 30 événements par heure lorsque d’autres critères sont présents. Par exemple, une maladie cardiovasculaire ou respiratoire grave associée.

Et l’apnée du sommeil ne se résume pas aux ronflements. Les interruptions répétées de la respiration fragmentent le sommeil et peuvent favoriser une somnolence dans la journée. Elles sont également associées à des conséquences cardiovasculaires. Raison pour laquelle une apnée significative ne doit pas simplement être considérée comme une mauvaise nuit un peu bruyante.

Apnée du sommeil : comment fonctionne ce nouvel implant posé sous la peau ?

Un implant qui donne un petit coup de pouce à la langue

L’implant agit sur le nerf hypoglosse, le nerf qui commande une partie des mouvements de la langue. Pendant le sommeil, il lui envoie de légères impulsions électriques pour faire avancer la langue au bon moment. Et ainsi, éviter qu’elle ne contribue à bloquer le passage de l’air. Le dispositif INSPIRE IV, pris en charge en France pour certains patients, fonctionne grâce à plusieurs éléments placés sous la peau. Un petit boîtier génère les impulsions électriques, un capteur repère les mouvements liés à la respiration et une électrode stimule le nerf hypoglosse. Le patient dispose également d’une télécommande pour contrôler son implant.

Tout se joue ensuite automatiquement pendant la nuit. Lorsque le système détecte une inspiration, il déclenche une légère stimulation du nerf. Les muscles de la langue concernés se contractent alors et la déplacent vers l’avant. Ce qui aide à maintenir les voies respiratoires ouvertes au moment où l’air doit passer. Pas besoin, donc, de penser à chaque respiration. Le patient active simplement son implant avec sa télécommande avant de s’endormir et l’éteint au réveil. La puissance de la stimulation est réglée progressivement par l’équipe médicale pour trouver un niveau à la fois efficace et confortable.

Contrairement à la PPC, l’implant n’envoie donc pas d’air dans les voies respiratoires. Il intervient directement sur l’un des mécanismes responsables de leur obstruction, en stimulant la langue au rythme de la respiration pour laisser davantage de place au passage de l’air.

Pas question pour autant de remplacer tous les masques de PPC

La pression positive continue demeure un traitement central de l’apnée obstructive du sommeil. Elle permet d’obtenir d’excellents résultats dans les formes sévères. Son principe est relativement simple. Une machine reliée à un masque envoie de l’air légèrement pressurisé dans les voies respiratoires et évite ainsi leur fermeture pendant la nuit.

Mais le traitement peut être contraignant. Sécheresse du nez ou de la bouche, rhinite, irritation provoquée par le masque ou encore inconfort peuvent survenir. Chez certains patients, malgré différents réglages et changements de matériel, son utilisation reste difficile. Une autre possibilité est l’orthèse d’avancée mandibulaire. Cette sorte de gouttière portée pendant le sommeil maintient la mâchoire inférieure légèrement avancée afin de dégager les voies respiratoires. Là encore, tout le monde ne peut pas en bénéficier et son efficacité varie selon les patients. C’est lorsque ces solutions échouent ou ne peuvent pas être correctement suivies que la stimulation du nerf hypoglosse peut entrer en jeu.

Deux heures au bloc opératoire et une nuit à l’hôpital

Au CHU de Montpellier, l’implantation est réalisée au bloc ORL de l’hôpital Gui de Chauliac. L’intervention chirurgicale dure environ deux heures, selon l’établissement. Elle est suivie d’une courte hospitalisation, généralement d’une nuit. Une fois la phase de récupération passée, le travail n’est pas terminé pour autant. Le patient bénéficie d’un suivi permettant de régler progressivement l’intensité et les paramètres de stimulation en fonction de ses besoins.

Cette surveillance compte beaucoup. Il ne s’agit pas simplement de glisser un boîtier sous la peau et de rentrer chez soi avec un bouton marche-arrêt. Le dispositif doit être réglé pour obtenir une stimulation suffisamment efficace pour ouvrir les voies respiratoires, tout en restant supportable pendant le sommeil. La réglementation française prévoit d’ailleurs que les centres pratiquant cette implantation disposent d’une équipe pluridisciplinaire pour sélectionner et suivre les patients concernés.

Qui peut recevoir cet implant en France ?

Il ne suffit pas de souffrir d’apnée du sommeil et de trouver son masque pénible pour se faire poser un implant. En France, le système INSPIRE IV est pris en charge pour les patients présentant un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil modéré à sévère, avec un IAH compris entre 15 et 50 événements par heure, un indice de masse corporelle inférieur à 32 kg/m², et qui sont en échec de traitement par PPC mais aussi par orthèse d’avancée mandibulaire dans les indications prévues.

Le remboursement du dispositif en France n’est d’ailleurs pas tout récent. Un arrêté du 17 juillet 2024 l’a inscrit sur la liste des produits et prestations remboursables, avec une entrée en vigueur le 11 août 2024. Ses conditions de prise en charge ont ensuite été modifiées en 2025. Avant l’opération, une autre étape est déterminante. Le patient doit notamment passer une endoscopie sous sommeil induit. Concrètement, les médecins observent avec une petite caméra les voies respiratoires pendant un sommeil provoqué par sédation. Le but est de voir précisément comment et où elles se ferment.

La Haute Autorité de santé a rendu en avril 2025 un avis favorable au remboursement de cet examen lorsqu’il est réalisé avant la pose du stimulateur du nerf hypoglosse. Il permet notamment d’écarter les patients présentant un type particulier de fermeture complète et concentrique au niveau du voile du palais, chez lesquels cette stimulation n’est pas indiquée.

Est-ce vraiment efficace contre l’apnée du sommeil ?

L’implant proposé au CHU de Montpellier repose sur une technique déjà étudiée depuis plusieurs années. Dans une étude STAR publiée en 2014, 126 patients ont ainsi été traités par stimulation du nerf hypoglosse, le même principe utilisé aujourd’hui avec le dispositif Inspire.

Un an après l’implantation, le nombre médian d’apnées et d’hypopnées était passé de près de 30 par heure à 9, soit une baisse de 68 %. Les baisses d’oxygène pendant la nuit avaient également nettement diminué et les patients rapportaient moins de somnolence. Les résultats semblent aussi pouvoir durer. Cinq ans plus tard, trois patients évalués sur quatre répondaient toujours aux critères d’efficacité fixés par les chercheurs. L’implant ne fonctionne toutefois pas chez tout le monde, ce qui explique la sélection stricte des patients pouvant en bénéficier.

À SAVOIR 

Dormir sur le dos peut favoriser les apnées. Dans cette position, la langue et les tissus de la gorge ont davantage tendance à reculer et à gêner le passage de l’air.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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